Yverdon: séminaire sur les défavorisés du marché du logement (281190)
Yverdon, 28novembre(APIC) La crise du logement en Suisse est bien réelle.
Pénurie de logements, hausses des taux hypothécaires et loyers élevés pour
ne citer que quelques exemples témoignent d’un profond malaise. Un séminaire - le 4e du genre - organisé au niveau technique par l’Institut de recherche sur l’environnement construit de Lausanne (IREC) a rassemblé jeudi
à Yverdon un parterre de personnalités - romandes pour la plupart - interessées à divers titres au problème. Il a permis de faire le point sur les
activités de la Commission fédérale de recherche pour le logement (CRL). En
particulier sur son rapport intitulé "Groupes défavorisés sur le marché du
logement", thème du séminaire.
Le CRL a été mis sur pied en 1976, sur la base de la loi fédérale encourageant la construction et l’accession à la propriété de logements. L’étude
présentée jeudi a été effectuée dans le cadre des analyses du marché du logement afin de procurer aux autorités, aux administrations et aux milieux
concernés une image aussi complète et différenciée que possible de la situation actuelle sur le marché du logement.
L’étude en question, sur les retombées de la crise du logement, se limite à certains groupes qui en font en premier les frais: les familles monoparentales, les jeunes ménages, les familles nombreuses, les étrangers, la
jeunesse, les sans-emploi, les toxicomanes et autres marginalisés, pour
lesquels l’accès à un logement devient de plus en plus problématique. Certes les opinions divergent quant à l’étendue et aux causes du phénomène,
comme elles divergent en ce qui concerne les critères et le seuil de la
pauvreté. Mais les manifestations de l’existence de cette pauvreté sont
évidentes sur le marché du logement, a insisté Yolande North, sociologue et
membre de la CRL.
Selon cette dernière, deux raisons ont incité la CRL à consacrer une
étude particulière à ce problème: la pauvreté en Suisse existe bel et bien
et elle n’est pas seulement un résidu du passé destiné à disparaître de
lui-même sous l’effet de la croissance économique et du progrès social; la
politique du logement en Suisse doit être dorénavant mieux ciblée.
Dans les premières pages de l’étude, les auteurs présentent 7 thèses à
propos de la discrimination dont sont victimes les groupes sociaux étudiés.
L’une de celle-ci souligne que "la mise à l’écart des groupes défavorisés
dans la société et leurs problèmes sur le marché du logement se conditionnent mutuellement". Et Yolande North de constater à ce sujet: "les groupes
qui sont défavorisés sur le marché du logement le sont généralement aussi
dans d’autres domaines tout aussi fondamentaux de la réalité sociale. La
pauvreté et la marginalité qui lui est souvent liée constituent un cercle
vicieux dont il est difficile de sortir".
La pointe de l’iceberg?
Quant à Anna Kellerhals, de Pro Familia, elle a constaté dans son rapport "qu’il y a suffisamment de travail pour les Turcs, mais pas de logements pour eux. Elle remarque que les différentes organisations d’entraide
se font concurrence, chacune cherchant des logements; qu’il existe parmi
les groupes marginaux une hiérarchie: au bas de l’échelle figurent les toxicomanes et les détenus libérés, encore qu’un simple cambrioleur a plus de
chance de trouver un logement qu’un délinquant libéré d’un centre psychiatrique. Catégorique, Anna Kellerhals met en garde contre le danger de
l’étiquetage et la formation de ghettos, en relevant qu’il n’est pas sain
de tirer des familles de leur milieu habituel pour les transplanter dans
des structures nouvelles. Et de citer l’exemple de "l’assainissement des
centres-villes d’où des familles établies depuis des lustres ont été chassées en raison de la cherté des nouveaux loyers".
Deux intervenants, Olivier Juillard et François Ramseyer, ont alimenté
le débat de ce séminaire par des exemples concrets: le premier en expliquant le cas du "Contrat de confiance" en vigueur à Genève qui "a permis,
sans toutefois résoudre le problème de fond, de détendre l’atmosphère explosive créée par le mouvement violent d’occupation de logements vacants à
Genève et de donner une légalité apparente à l’illégalité de cette occupation (problème du squattage); le second en présentant l’étude de promotion
du projet "Mulot" approuvé par le Grand Conseil vaudois au printemps 1987.
Un projet qui vise notamment à donner aux personnes âgées et/ou handicapées
la possibilité d’accéder au marché du logement à des conditions adaptées à
leur situation physique et financière.
Une table ronde animée par Gérard Chevalier, chef du Service de l’environnement, de l’hygiène et du logement de la ville de Lausanne, a permis de
soulever un certain nombre de problèmes et de questions. Pour Philippe Biéler, secrétaire romande de l’ASLOCA (Association suisse des locataires), le
rapport du CRL n’est que la pointe de l’iceberg puisque, selon lui, 80% de
la population est margnialisée dans le domaine du logement. En 18 mois, at-il fait remarquer en lançant un appel pour la création urgente d’un plan
d’action national en matière de logements: les loyers ont en moyenne augmenté de 15%, soit deux fois plus que le coût réel de la vie. Un constat
que partage Arnold Christen, responsable du mouvement ATD Quart monde, qui
a souligné la détresse et la peur vécues par des milliers de familles: peur
de l’expulsion, précarité de la situation et insécurité quotidienne. Sans
parler des problèmes liés à des logements sur-occupés alors que tant d’appartements sont en réalité sous-occupés. A quand dans la Constitution fédérale le droit à l’accès au logement?, ont lancé les participants. (apic/pr)