Yverdon : journée des socialistes chrétiens
Fribourg, 27 janvier(APIC) Les socialistes chrétiens romands se sont interrogé samedi à Yverdon sur les rapports Nord-Sud. Gabrielle Nanchen présidente de Swissaid, Mario Carera coordinateur de la communauté de travail
des oeuvres d’entraides suisses et Angeline Frankhauser, directrice de
l’Oeuvre suisse d’entraide ouvrière ont apporté le point de vue des organisations non gouvernementales. Madeleine Strub-Jaccoud et le pasteur Pierre
Genton on apporté leur témoignage de délégués aux rassemblements "Justice,
Paix et Sauvegarde de la Création" de Bâle et de Séoul. Point fort de la
journée: le regard du Sud peut nous apporter beaucoup.
Gabrielle Nanchen, a montré en rappelant son itinéraire personnel comment le tiers-monde peut nous apprendre à changer notre regard. La présidente de Swissaid, a raconté avec beaucoup de charme, comment à 8 ans elle
faisait le sacrifice de chocolat et de sucreries pendant le carême en faveur "des pauvres petits noirs d’Afrique qui avaient besoin de nous pour
tout, "même pour aller au paradis".
Dans les années 60 vint la découverte de l’apartheid, "Ce fut la cause
de mon premier engagement politique", avouera l’ancienne conseillère nationale, une manif lors du comptoir de Martigny dont l’Afrique du Sud etait
l’hôte d’honneur. "Mais je ne connaissais alors aucun noir".
"Les Africaines m’ont fait découvrir une autre façon d’être femme"
Plus tard à l’époque où elle est conseillère nationale, Gabrielle
Nanchen participe en tant que délégué suisse à plusieurs congrès féministes. La rencontre avec des femmes africaines fut importante, ce sont elles
qui changèrent son regard sur la "féminitude". "Elles n’imitaient ni les
Européennes, ni les hommes, elles étaient simplement elles-mêmes... elles
étaient libres". Des amitiés profondes se nouent mais elles débouchent parfois sur de cruelles déceptions lorsqu’elle reçoit par exemple une lettre
d’une amie du Kenya qui lui demande de l’argent. L’éternel rapport donateur
-assisté a repris le dessus. "Je n’ai pas répondu..."
Tout en s’occupant de sa famille Gabrielle Nanchen s’est intéressée ces
dernières années de façon plus directe encore au Tiers-monde en participant
à la Commission Nord-Sud du Conseil de l’Europe entre 1987 et 1989, et asumant des mandats pour la direction de la coopération au développement et de
l’aide humanitaire (DDA) puis en reprenant la présidence de Swissaid en
1990.
Des ethnologues du tiers-monde pour se pencher sur l’Occident
Pour Gabrielle Nanchen le Sud peut apporter beaucoup au Nord. Le tiers
monde peut nous apprendre à accepter la souffrance et l’espérance dans un
monde où tout est calculé, prévu, le tiers monde peut nous apporter des valeurs éthiques comme l’espérance concrète remplie de luttes, le sens de la
communauté ou tout simplement le sourire.
Une des utopies de Gabrielle Nanchen serait que les oeuvres d’entraide
financent des études faites par des gens du tiers-monde sur l’évolution de
notre société occidentale, comme les ethnologues européens ont fait des
études sur les autres civilisations. Cela ne serait pas inutile.
Une nouvelle politique suisse du développement
Pour Mario Carera, coordinateur des oeuvres d’entraide (Action de Carême, Pain pour le Prochain, Swissaid, Helvetas) quelques éléments sont
fondmentaux pour une nouvelle conception de la politique d’aide au tiersmonde. Le premier souci doit être celui de la globalité. Actuellement chaque aspect du développement (économique, social, ecologique, financier
etc.) est traité séparément par des personnes et des adminsistrations différentes et en vue de buts souvent divergents. Il est primordial de dépasser cette politique à courte-vue pour une vision globale à long terme.
L’intégration de tous les acteurs de cette politique: organisations non
gouvernementales, Eglises, économie, administrations fédérales et organisations écologiques est le deuxième point fort de cette politique.
Le troisième aspect est une discussion ouverte et franche lors des conflits d’intérêts. Par exemple les problèmes posés par la Garantie des risques à l’exportation GRE, les questions de l’agriculture et du GATT, le secret bancaire ou encore le protectionnisme industriel.
Malgré les difficultés Mario Carera reste optimiste, pour lui l’évolution de la démocratie et des droits de l’homme va dans le bon sens.
Pour des études d’impact social
Angeline Frankhauser, conseillère nationale socialiste de Bâle et directrice de l’Oeuvre suisse d’entraide ouvrière, après avoir présenté les diverses activités de son organisation, a souhaité particulièrement qu’à côté
des études d’impacts sur l’environnement on institue aussi des études sur
l’impact social des grands projets de développement.
Rassemblements de Bâle et Séoul des lueurs d’espoir
Madeleine Strub-Jaccoud, secrétaire du comité oecuménique suisse "Justice, Paix et Sauvegarde de la Création" a parlé de l’engagement des Eglises
dans le processus du développement. Les Eglises doivent aider les Etats et
les organisations à faire une analyse et à trouver un ordre économique mondial plus juste. Avec au départ la conviction que la première des fidélités
est dûe à Dieu et que toutes les autres loyautés sont secondaires. Cela implique la lutte contre toutes les formes de discrimination. Madeleine
Strub-Jaccoud a avoué que c’est souvent difficile à faire passer dans les
communautés trop repliées sur elles-mêmes ainsi que dans les organes dirigeants souvent trop respectueux de l’ordre établi.
Le pasteur Pierre Genton a dressé un constat assez sévère de de la rencontre oecuménique de Séoul. "Seule notre foi commune en Dieu a sauvé la
rencontre de l’éclatement" a-il estimé. Plusieurs points de rupture sont
apparus: au niveau théologique entre les tenants d’une théologie "éternelle", essentiellement orthodoxes, et les tenants d’une théologie propre à
une époque et un contexte donnés. Autre désaccord sur la question de
l’èconomie de marché entre les délégués de l’Est à peine sortis de l’oppression communiste et les délégués du tiers-monde opprimés par le capitalisme. Autre problème encore la place de l’écologie dans le développement
considérée par certains comme un luxe pour pays riches.
La rencontre de Séoul a néanmoins contribué à ouvrir les pistes de la
réflexion et de l’action futures. "Les partis et les Eglises souffrent de
la même érosion, il s’agit de trouver un langage sobre et vrai qui sonne
juste". a conclu le pasteur Genton. (apic/mp)
Encadré
Les socialistes chrétiens ont déjà une longue histoire derrière eux. Dès
1910 les premiers groupes de socialistes chrétiens naissent dans le Jura et
à Lausanne, et c’est en 1914 qu’est fondé la Fédération romande des socialistes chrétiens. On trouve parmi eux des protestants de plusieurs dénominations, mais pas de catholiques, car le socialisme n’a pas encore pris
pied dans les cantons catholiques. Situation qui a plus ou moins perduré
jusqu’à nos jours, le mouvement chrétien-social s’étant développé paralellement. Sous le slogan "socialiste parce que chrétien", le mouvement
édite un périodique "L’espoir du monde" qui poursuit la réflexion sur des
thèmes sociaux et politiques. Le mouvement qui compte environ 400 membres
répartis dans toute la Suisse-romande, en majorité militants au parti socialiste est actuellement présidé par Pierre Aguet, conseiller national socialiste de Vevey.