World Vision International s’installe prochainement à Lausanne (240388)
Lausanne/Zurich, 24mars(APIC) En mai ou en juin prochain, l’oeuvre d’entraide chrétienne d’origine américaine "World Vision International" - qui
se consacre principalement à récolter de l’argent pour des parrainages
d’enfants dans le tiers-monde - va ouvrir un bureau à Lausanne pour la
Suisse romande. Les oeuvres d’entraide traditionnelles des Eglises suissescomme Pain pour le Prochain et l’Action de Carême - ne sont guère enthousiastes devant l’arrivée d’une telle concurrence : en effet, "World Vision"
ne partage pas la même conception du développement que les organisations
établies (elle affirme ne pas "faire de politique") et se refuse à collaborer avec elles.
Selon ses propres données comptables, "World Vision International" à Zurich a récolté l’an dernier auprès du public suisse quelque 3,15 millions
de francs. Elle a dépensé à peu près la même somme (3,16 millions), dont
environ 2,13 millions ont été consacrés à des projets et des mesures d’aide. Le reste a été dépensé pour la surveillance et la planification de projets (près de 100’000 francs), frais de personnel (plus de 300’000 francs),
la publicité (près de 300’000 francs) et l’administration (335’000 francs).
Coûteuse publicité
A Lausanne, Fernand Pythoud, secrétaire romand de l’Action de Carême,
estime que la part réservée par cette organisation aux frais de personnel,
d’administration, de gestion des projets et de publicité sont très élevés :
"Pour les deux grandes oeuvres d’Eglise - Action de Carême et Pain pour le
Prochain - ces frais sont en-dessous de 10 %, y compris la gestion des projets : si on nous donne 1 franc, il y a 90 centimes qui partent sur le terrain. La Coopération technique de la Confédération (DDA) compte 8 % du prix
d’un projet pour sa gestion".
"Ce qui est surtout gênant, affirme Fernand Pythoud, c’est leur optique
en matière de développement; c’est une concurrence qui a des options fondamentalement opposées aux nôtres". Si les évêques allemands ont mis en garde
contre cette organisation - affirmant à la mi-mars que c’était une organisation en contact étroit avec des sectes américaines et qui manquait de
transparence financière, "ce n’est pas pour rien", relève le secrétaire romand de l’Action de Carême.
L’Eglise catholique contre l’oecuménisme ?
Répliquant au récent communiqué de la Conférence épiscopale allemande,
"World Vision International" à Oberursel (Hochtaunuskreis) en Allemagne c’est M. Manfred W. Kohl à Oberursel qui est directeur de l’oeuvre pour
l’Allemagne, mais également pour l’Autriche et la Suisse - a qualifié cette
prise de position de "diffamatoire". L’oeuvre d’entraide visée a affirmé
qu’elle a plus de 4’000 projets dans quelque 80 pays du tiers-monde et
qu’elle travaille avec 140 partenaires qui recouvrent tout le spectre des
Eglises chrétiennes et Eglises libres : anglicans, luthériens, salutistes,
baptistes, évangéliques-méthodistes, voire même catholiques-romains... Elle
reproche aux évêques allemands que leur "critique destructive" se base sur
des analyses de l’Institut central allemand pour les questions sociales
(DZI) à Berlin, qui serait juge et partie, puisque soutenu par l’oeuvre
d’entraide catholique "Misereor", une concurrente!
"Nous ne sommes pas une secte"
Selon Andreas Vögelin, responsable du bureau de Zurich - ou travaillent
une dizaine d’employés - "World Vision International" trouve son origine
dans le fondamentalisme protestant nord-américain, mais n’est pas une secte, c’est une oeuvre chrétienne supra-confessionnelle. La preuve : il est
lui-même méthodiste, tandis que certains de ses collaborateurs appartiennent à l’Eglise catholique ou aux Eglises nationales protestantes. Si
"World Vision" est venue en Suisse en 1983, alors qu’il y a déjà beaucoup
d’autres oeuvres d’entraide, c’est "parce que la Suisse est un pays très
riche", souligne le responsable du bureau zurichois.
"Nous sommes là pour récolter de l’argent pour aider les pauvres du
tiers-monde, précise-t-il, pas pour faire de la politique; ce n’est pas
notre affaire de participer aux discussions sur la dette du tiers-monde,
par ex. Nous ne sommes pas les ’avocats’ des pauvres, nous voulons les aider... Comme chrétiens, nous n’avons pas à prendre position politiquement.
Nous sommes ’neutres’ du point de vue politique comme du point de vue confessionnel". Et d’admettre que cette conception plutôt caritative de l’aide
au tiers-monde peut rendre difficile la collaboration avec les oeuvres
d’entraide traditionnelles.
Concernant les campagnes publicitaires de "World Vision" - considérées
comme "agressives" par Hans Ott, secrétaire central de Pain pour le Prochain parce qu’elles utiliseraient des images de pauvres enfants affamés,
images auxquelles les oeuvres traditionnelles n’ont plus recours depuis
longtemps - Andreas Vöglin estime que "le marketing est toujours bon quand
il a du succès". (apic/be)