VOYAGE DU PAPE EN AFRIQUE
Fribourg 24août(APIC) A son retour d’Afrique des Grands Lacs, Jean-Paul
II s’arrêtera une vingtaine d’heures à Yamoussoukro, capitale de la Côte
d’Ivoire. Le président Houphouët-Boigny (85 ans) a fait de son village natal la nouvelle capitale du pays et a voulu la doter d’une gigantesque basilique.
La basilique de Yamoussoukro
Celle-ci, dont le coût de construction frise les 10 milliards de francs
belges, a été érigée sur un terrain de 130 hectares. Elle peut accueillir
7’000 fidèles en places assises, tandis qu’un déambulatoire peut recevoir
11’000 autres personnes. La coupole pèse 310 tonnes et une croix de 1449
mètres de haut domine l’édifice. En avril 1989, le Président ivoirien, reçu
en audience au Vatican, a fait don de la basilique au pape. Celui-ci a accepté le cadeau, tout en soulignant la nécessité de promouvoir une aide
substantielle en faveur de la population locale. Jean-Paul II consacrera la
basilique, dédiée à Notre-Dame de la Paix, et bénira la première pierre
d’un hôpital.
L’initiative du Pésident ivoirien a suscité de nombreuses critiques, en
raison de la disproportion entre la dépense et la pauvreté de la plus grande partie de la population. Certains ont été jusqu’à reprocher au pape
d’avoir accepté pareil cadeau. En réalité, les critiques ouvertes proviennent surtout des milieux européens, car les Africains admettent très difficilement qu’un haut personnage (civil ou religieux) soit critiqué publiquement.
Au cours de la récente assemblée du symposium des conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM), tenue à Lomé, un observateur européen a fait remarquer que les bienfaiteurs pourraient bien réduire leurs
dons en raison du gaspillage de cette construction. Mise au point de Mgr
Agré, évêque ivoirien: "Vous pouvez dire aux bienfaiteurs européens que
leur argent n’est pas entré dans la basilique. Celle-ci est l’oeuvre du
Président de notre pays. Nous ne sommes pas ses trésoriers pour voir si
c’est bien lui qui a payé. Je peux en tout cas vous dire que la décision de
construire cette église n’a en rien relevé de notre conférence épiscopale.
Aucun évêque ivoirien n’a eu son mot à dire, ni dans la conception ni dans
l’exécution. Je ne suis pas un défenseur de la basilique. Je sais qu’on aurait pu faire autre chose avec cet argent. Mais je demande avec insistance
que l’on accepte la différence de notre sensibilité. D’autres gouvernants
utilisent d’énormes sommes d’argent pour le foot-ball, pour l’opéra ou pour
la construction des chars d’assaut et d’avions de guerre (pour eux-mêmes ou
pour les vendre à d’autres)".
Le Synode africain
Au cours de son bref séjour en Côte d’Ivoire, Jean-Paul II présidera
également une réunion du conseil préparatoire du Synode africain. Certains
commentateurs estiment que cette réunion, composée de délégués de toute
l’Afrique,a pour but principal de rendre panafricain l’événement de Yamoussoukro. En effet, le Synode africain est maintenant entré dans une phase
dont les acteurs principaux ne sont plus au sommet de l’Eglise, mais à la
base. Les "Lineamenta" et leurs 81 questions, rendus publics à Lomé le 24
juillet dernier, doivent maintenant être travaillés par toutes les communautés chrétiennes d’Afrique et les réponses sont attendues à Rome pour fin
novembre 1991
Les évêques face à la crise sociale
La Côte d’Ivoire a connu une situation difficile au cours de ces derniers mois. Tout a commencé voici trois ans avec le bras de fer entre le
pays et le marché international du cacao. Pendant un an et demi
(1987-1988), la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, a essayé de tenir tête aux négociants chocolatiers. Les répercussions sociales
n’ont pas été immédiates, mais des troubles graves ont marqué le début de
l’année 1990: grève des étudiants, manifestations des élèves du secondaire
(l’année scolaire a été finalement annulée purement et simplement - on
l’appelle "année blanche"), grève des travailleurs, violences diverses et
destructions.
Les évêques ivoiriens ont fait lire dans les églises une lettre pastorale intitulée "La politique au service du pays (regard de foi et d’espérance)", le 29 juillet dernier. Le document rappelle les secousses récentes
qui ont traversé le pays: "Le temps du ’miracle ivoirien’ est clos... Il a
fait place maintenant au ’mal ivoirien’... Notre économie est disloquée...
Nous avons parfois géré avec beaucoup de légèreté et de malhonnêteté les
immenses richesses que la Providence a mises à notre disposition". La lettre se veut surtout une invitation positive adressée à tous pour "relever
nos défis dans la sérénité, la paix, l’amour de la patrie et l’unité nationale".
L’Eglise en Côte d’Ivoire
Yamoussoukro est la seule étape du pape en Côte d’Ivoire, qu’il a déjà
visitée à deux reprises et qui, avec ce troisième voyage, sera le seul pays
africain à l’ avoir accueilli par trois fois.
Le pays compte douze diocèses, tous dirigés par des évêques ivoiriens.
L’archevêque d’Abidjan, Mgr Yago, a été créé cardinal en 1983. Sur une population de 12 millions d’habitants, il y a environ 15% de catholiques.
L’Eglise est animée par 420 prêtres, parmi lesquels les autochtones (168)
sont minoritaires (40%). 107 grands séminaristes se préparent au sacerdoce.
Du côté des religieux, les frères locaux sont 19 sur 80 (23%), tandis que
les religieuses ivoiriennes sont 96 sur 551 (17%). (apic/cip/gar)