Voyage de Jean Paul II à Malte (270590)
priorités dans l’ordre économique mondial
La Valette, 27mai(APIC) A son arrivée à Malte, vendredi après-midi, Jean
Paul II, après avoir embrassé le sol, a été accueilli par le président Censu Tabone et le Premier ministre Edward Fenech-Adam, tous deux membres du
Parti Nationaliste (démocratie chrétienne), qui a récemment mis un terme à
seize ans d’hégémonie du Parti travailliste et à une longue présence qui a
abouti à de graves tensions avec l’Eglise catholique.
De l’aéroport international de Luqa, le pape, qui effectue à Malte son
48e voyage pastoral hors d’Italie, s’est rendu à la cathédrale de La Valette pour une première rencontre avec le clergé, les religieux et religieuses, devant lesquels il a évoqué la longue tradition chrétienne de "l’île
de la prédication de saint Paul, une île de foi, d’héroïsme et de dévotion". L’Apôtre des Gentils débarqua en effet sur l’île à la suite d’un
naufrage, alors qu’il était en route pour Rome, et y inaugura l’évangélisation, en 60 de notre ère.
Le pape a encore indiqué que l’Eglise de Malte "exerce sa mission pastorale dans une situation sociale et culturelle qui, sous certains aspects,
présente des difficultés".
Un nouveaux consensus
En début de soirée de ce premier jour, Jean Paul II a gagné le Palais où
résidaient naguère les Grands Maîtres de l’Ordre des Chevaliers de Malte
(avant d’en être chassés par Napoléon en 1798), pour rendre visite au président Tabone et au Premier ministre, avec lesquels il a eu un entretien
privé. Il a ensuite prononcé un discours en présence de ses hôtes, mais
également des représentants du gouvernement, de la magistrature, du Parlement et du corps diplomatique.
Se référant aux changements survenus à l’Est, Jean Paul II a relevé que
"nous assistons aujourd’hui à un consensus toujours plus grand autour de
l’idée que la vie sociale et politique des nations doit être fondée sur le
respect absolu de la dignité inaliénable et le droit de toute personne humaine, quelles que soit sa race, ses convictions religieuses et ses opinions politiques".
Affirmant que l’Eglise, de son côté, s’engage à sauvegarder son autonomie, le pape s’est réjoui "des résultats positifs du dialogue constant entre le gouvernement maltais et le Saint-Siège". Le 16 novembre 1989, en effet, alors que les travaillistes étaient déjà renvoyés dans l’opposition, a
été signé entre le Saint-Siège et la république de Malte un accord sur
l’instruction et l’éducation religieuse dans l’enseignement officiel. Jean
Paul II s’est dit confiant quant à l’avenir, d’autres accords devant encore
être signés sur des matières d’intérêt commun, "en respectant les plus
hauts principes de liberté, de justice et de démocratie".
Visite au plus ancien sanctuaire marial de l’île
Au deuxième jour de sa visite à Malte, samedi, Jean Paul II a visité à
Mellieha le plus ancien sanctuaire marial de l’île, dont l’église, en
partie souterraine, conserve une fresque dédiée à la Vierge. Il s’est
adressé aux familles des centaines de missionnaires maltais - prêtres,
religieuses et laïcs - à l’oeuvre dans le monde entier. Le pape a souligné
le rôle essentiel de la famille dans l’éveil des vocations, avant de
visiter un second sanctuaire marial, celui de Ta’Pinu, sur l’île de Gozo.
Au cours de la messe célébrée devant la basilique, construite entre 1920 et
1931, il a une fois encore souligné le rôle essentiel de la famille,
"cellule première et vitale de la société". La santé spirituelle des
familles, a-t-il ajouté, "sera toujours la mesure fondamentale de la force
d’une société". Il a souhaité encore que la Vierge puisse guider ceux qui
ont une part de responsabilité dans le bien-être public, afin qu’ils
puissent notamment "respecter et soutenir la vie familiale par des lois
sages et prudentes".
S’exprimant devant un groupe d’environ 700 personnes, le pape a encore
souligné que sans la foi vivante, des édifices comme la cathédrale de Victoria seraient "vides et sans vie". "Vous êtes l’édifice de Dieu", a dit le
pape, en citant l’Apôtre Paul. Sur l’île de Gozo, où 98,9% de la population
est catholique, le pape a invité les gens à vivre l’Evangile avec "une perfection et une plénitude toujours plus grandes, de sorte que le faible, le
marginalisé et le sceptique ne s’éloignent pas du christ".
Rencontre avec les ouvriers
Le pape est ensuite retourné en bateau à l’île de Malte en passant devant les îles de Saint-Paul où l’Apôtre aurait fait naufrage. A la place de
Sainte-Marguerite de Cottonera, nom utilisé pour désigner trois villes,
Jean Paul II a eu une rencontre avec les travailleurs. En expliquant pourquoi
l’Eglise prêche la doctrine sociale, le pape a déclaré que les problèmes de
la société ne peuvent être séparés des responsabilités morales et éthiques
de tous les intéressés. Ayant indiqué que l’histoire des rapports de travail s’est souvent transformée en lutte sociale entre patrons et travailleurs, Jean Paul II a observé qu’"aujourd’hui, avec l’ouverture de nombreuses frontières, il devient toujours plus évident que "même si l’exigence de la justice peut être contrastée et différée, elle ne peut quand même
pas être supprimée".
"Les systèmes construits sur des mensonges à propos de la nature spirituelle de l’homme et des relations humaines, ne peuvent durer", a-t-il
poursuivi. Et d’affirmer: "La personne humaine est le centre et la norme de
tout le procès économique". Il a indiqué la nécessité d’un changement des
priorités dans l’ordre économique mondial si "on veut que la réalité du
travail soit vraiment au service des personnes et ne les opprime pas avec
de nouvelles formes d’esclavages". Le pape a en outre précisé que le chômage, étant donné que le travail est synonyme de dignité pour celui qui s’engage, "est un problème terrible qui isole les personnes psychologiquement
et socialement".
En parlant des droits et des devoirs des travailleurs, Jean Paul II a
relevé qu’une société qui cherche le bien-être authentique de ses membres
doit procurer les moyens nécessaires pour soutenir les familles. (apic/cipjt/pr)