Votations du 17 mai: Les réserves du cardinal Henri Schwery (060592)
Sion, 6mai(APIC) Parmi les sept objets soumis à la votation populaire le
17 mai prochain, l’article constitutionnel sur la procréation assistée et
le génie génétique ainsi que la révision du Code pénal en matière sexuelle
ne laissent pas l’Eglise catholique indifférente. Dans un communiqué publié
mercredi, l’Information diocésaine de Sion relève les réserves du cardinal
Schwery à propos de ces deux objets, en soulignant leurs lacunes en matière
de dignité du mariage et de la famille et de protection de la jeunesse.
Les domaines touchés par ces deux objets concernent le respect de la vie
humaine et la protection des jeunes, et dans cette votation, les chrétiens
engagent leur responsabilité morale et leur foi. Si ces articles améliorent
la situation légale actuelle sur certains points, "ils ouvrent la porte à
des abus dont chacun doit mesurer l’étendue". Le cardinal Schwery, s’il en
reconnaît les apports positifs, ne peut accepter "en son âme et conscience"
la totalité des textes soumis au vote.
L’article constitutionnel (art. 24 decies) sur la procréation assistée
et le génie génétique, affirme le communiqué, serait, s’il était accepté,
la première réglementation dans ce domaine en Suisse. Il protège certes la
dignité humaine, la personnalité et la famille, l’homme et son environnement, interdit le principe des mères porteuses ainsi que toute intervention
dans le patrimoine génétique humain et refuse tout commerce de ce patrimoine et de produits résultant d’embryons. Mais il blesse, estime le cardinal
Schwery, l’intégrité physique de tout être humain et la dignité du mariage
Des conséquences inacceptables
Dire oui le 17 mai à cet article constitutionnel serait, selon l’évêque
de Sion, inscrire dans la Constitution la possibilité de législations ultérieures ne respectant pas les valeurs fondamentales et autorisant la fécondation "in vitro" et la production d’embryons surnuméraires, procédés inacceptables aux yeux de l’Eglise; la procréation assistée dans les couples
non mariés, mettant en péril la stabilité de la famille et la croissance
harmonieuse de l’enfant; enfin l’insémination artificielle avec des gamètes
provenant d’un donneur étranger, c’est-à-dire autre que l’époux, avec toutes les conséquences psychologiques et humaines qu’une telle manipulation
entraîne pour l’enfant.
L’évêque de Sion l’a affirmé dans l’homélie qu’il a prononcée le jour de
Pâques: "Je ne peux approuver ni la soi-disant science, ni la peu avouée
recherche de juteux bénéfices, aux dépens de la vie humaine. Nous ne pouvons autoriser qui ce soit à trafiquer la vie humaine à ses débuts, ni à
condamner à mort comme des cobayes des êtres à peine nés en éprouvette,
qu’on appelle embryons et qui demeurent nos frères et soeurs(...) Au nom de
quelle aberration limiterait-on pour nos semblables la qualité de frère et
de soeur à la durée en jours ou en heures de leur aventure humaine parmi
nous ?" Le cardinal Schwery demande aux couples concernés de renoncer
spontanément à la procréation assistée pour s’ouvrir à d’autres types de
fécondité où ils expriment leur dignité d’époux. Il exhorte enfin chacun à
s’engager en faveur du respect de la vie sans recourir à des moyens qui
desservent la cause qu’il voudrait servir.
Mieux protéger la jeunesse
Quant à la révision du Code pénal en matière sexuelle, le cardinal
Schwery se montre également réservé, tout en jugeant opportun l’effort
d’adaptation des lois dans ce domaine. Si la femme est mieux protégée contre la violence exercée dans le mariage - le viol entre époux est expressément déclaré punissable -, et les abus sexuels perpétrés contre des personnes incapables de discernement et de résistance et en situation de dépendance liée aux rapports de travail ou d’éducation sont dénoncés, la révision, de l’avis de l’évêque de Sion, ne va pas assez loin dans la protection de la jeunesse.
Ainsi, les questions, note le communiqué, sont nombreuses: la protection
des jeunes de moins de 16 ans en matière de rapports sexuels et d’attentats
à la pudeur n’est-elle pas menacée ? Ne pas punir les relations sexuelles
librement consenties entre jeunes ayant à peu près le même âge (pas plus de
trois ans de différence), n’est-ce pas encourager les "amours juvéniles" et
donc mettre en péril la responsabilité et l’autorité des parents ? N’est-ce
pas risquer d’augmenter le nombre de grossesses précoces et par conséquent
d’avortements ? Cette libéralisation est-elle opportune dans le contexte
actuel de la lutte contre le sida ? Enfin, ce projet est-il compatible avec
la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant, qui doit
prochainement être adoptée par le Parlement suisse ?
Face à ces interrogations, l’évêque de Sion en appelle à tous ceux qui
ont une responsabilité dans l’éducation - parents, école, institutions,
Eglise - pour qu’ils transmettent aux enfants et aux jeunes les vraies et
belles valeurs de l’amour et de la sexualité. Il encourage les autorités
politiques à continuer à travailler à l’amélioration des lois qui ne
donneraient pas satisfaction dans ce domaine. Conscient que le droit pénal
n’est pas un code de morale, il rappelle cependant qu’un acte légalement
permis peut être éthiquement défendu. (apic/id/cor/fxa/be)