Visite pastorale de Jean Paul II au Mexique (080590)
Rome/Mexico, 8mai(APIC) "L’Eglise est avec les pauvres et contre les faux
prophètes". Tel est le message que Jean Paul II a voulu adresser aux quelque trois millions de personnes, selon les sources locales, venues l’acclamer à Chalco lundi matin dans la banlieue la plus pauvre de la capitale mexicaine. Cet immense quartier est en effet un des exemples les plus typiques de l’urbanisation sauvage où des centaines de milliers de Mexicains
sont arrivés, ne trouvant rien de ce qui permet une vie humaine acceptable.
C’est à eux qu’a choisi de s’adresser Jean Paul II pour la deuxième journée
de sa visite au Mexique.
L’homélie prononcée par le pape au cours d’une messe célébrée lundi à
10h15 (18h15) était basée sur la parabole du bon Pasteur - "l’ami des pauvres et des déshérités" -. Faisant appel à une conscience sociale de solidarité, Jean Paul II a affirmé que l’"on ne peut pas vivre et dormir tranquille quand des milliers de nos frères très proches manquent de tout ce
qui est indispensable pour mener une vie humaine digne". Mais cette parabole du bon Pasteur prêt au sacrifice pour ses brebis est là pour démontrer,
selon Jean Paul II, l’existence de faux pasteurs et de mercenaires.
"Plusieurs de ceux-ci, au cours de l’histoire, a poursuivi le pape, se
sont succédé en prétendant conduire le peuple vers une terre de promesse et
de liberté en faisant abstraction de Dieu". A l’heure de la vérité, a-t-il
dit, "ils se sont montrés faux pasteurs au service non pas du bien, de la
vérité, mais d’idéologies et de systèmes qui se retournent contre l’homme".
A ce point de l’histoire, au moment où nous assistons à de profondes transformations sociales et à de nouvelles configurations de beaucoup de régions
de la planète, "il faut proclamer que c’est l’Eglise qui a toujours levé sa
voix en agissant pour la défense de l’homme, mais surtout des plus faibles", a relevé le pape. Aujourd’hui comme hier, l’Eglise, tout en évitant
toute discrimination, "veut être la voix de ceux qui n’en ont pas et témoigner de la dignité de l’homme". A ce propos, Jean Paul II a renouvelé
l’appel à approfondir la pensée sociale de l’Eglise et son enseignement
pour appliquer ses principes et son action à travers tout le Mexique.
La période contestée de la colonisation
De Veracruz, où il est arrivé dans l’après-midi de ce lundi 7 mai, la
nuit de mardi en Europe, Jean Paul II a choisi de parler de l’arrivée du
christianisme en Amérique. Il l’a fait sur l’esplanade en face de la mer
d’où la nouvelle religion est arrivée il y a cinq siècles avec les colonisateurs venus d’Espagne. C’est là d’ailleurs une des contestations qui revient le plus souvent en Amérique latine: le catholicisme est arrivé dans
le Nouveau monde à travers une culture portée par les armes et qui a commençé par détruire les lieux et les objets de culte des religions traditionnelles.
Mais pour Jean Paul II, c’est de la rencontre entre races et cultures
différentes que dérive la forme actuelle du Mexique. "La découverte, la
conquête et l’évangélisation occupent une place décisive et lumineuse dans
son ensemble", a ainsi affirmé le pape, qui n’a pas oublié de citer aussi
les ombres de la conquête: "Car dans le fleuve de l’histoire, on se trouve
devant des confluences mystérieuses de péchés et de grâces qui finissent
toujours par triompher du pouvoir du péché".
Aujourd’hui cependant, cette évangélisation a besoin d’un nouveau souffle, a dit Jean Paul II, qui a rappelé qu’en 1992 tous les évêques de
l’Amérique latine se retrouveront à Saint Domingue pour réfléchir sur la
situation actuelle de l’Eglise dans leurs pays. Une évangélisation, a-t-il
précisé, qui doit être comprise dans sa juste dimension. L’Eglise mexicaine
peut toutefois aujourd’hui se glorifier d’être une communauté vivante et
ouverte au futur, a poursuivi Jean Paul II, avant de rappeler que les
catholiques mexicains représentent un quart de l’Eglise d’Amérique latine.
L’oeuvre d’évangélisation et de catéchisme est "l’instrument pour donner
de nouvelles raisons à la foi et pour faire rencontrer le Seigneur aux secteurs déchristianisés". Et c’est aussi par là que "l’activité de prosélytisme des sectes pourra être freinée en même temps que l’ambiguïté et la
confusion qu’elle entraîne", a conclu le pape. (apic/al/pr)