Violence et médiocrité dans le programmes de TV pour enfants (240690)
Paris/Bruxelles, 22juin(APIC) En France, comme dans beaucoup d’autres
pays du reste, enfants et adolescents passent davantage de temps devant la
télévision qu’à l’école. La violence et la médiocrité contenues dans les
programmes créés pour les enfants dépassent de plus en plus les limites de
la décence. Producteurs américains et japonais notamment se surpassent dans
l’art de produire des émissions désolantes, et les chaînes de TV dans celui
de se moquer des gens: meurtres en tous genres, viols et mauvais (es) animateurs (trices). Rien en réalité n’est épargné aux écoliers-téléspectateurs. C’est la logique des marchands d’images qui triomphe. Une logique
qui inquiète plus d’une personne et association.
L’"éducommunication" est-elle nécessaire? pour le savoir, il suffit
d’observer ce qui se passe dans un pays où elle n’est pas répandue - la
France par exemple - à un moment où la télévision connaît un développement
considérable, en particulier sous forme de chaînes commerciales (La France
compte sept chaînes, dont trois publiques, trois commerciales et une payante). Dans un dossier publié à propos du livre de Ségolène Royal, "Le rasle-bol des bébés zappeurs" paru aux éditions Robert Laffont, l’Association
catholique internationale pour la radio et la télévision (UNDA) publie dans
son dernier bulletin un dossier. Dossier dans lequel elle fait remarquer
que "la qualité des programmes TV pour enfants est exécrable et que les parents ne savent comment appréhender le problème. Heureusement, fait remarquer UNDA, Ségolène vint et brandit l’étendart de la révolte".
Ségolène Royal, trente-cinq ans, trois enfants, est députée, diplômée de
l’Ecole Nationale d’Administration et de Sciences-Po. Elle a été conseiller
à la présidence de la République française. En 1988, elle jette un pavé
dans la mare en lançant à la tribune de l’Assemblée nationale un "trop,
c’est trop", dénonçant la montée des programmes de violence à la télévision. A la condescendance des députés de droite comme de gauche s’oppose
alors le formidable écho qu’elle recueille chez les téléspectateurs. Ce qui
la conduit une fois encore à poser le débat en l’approfondissant.
Si beaucoup de parents s’inquiètent à juste titre des difficultés scolaires de leurs enfants, ils ont en revanche le sentiment d’être impuissants devant la médiocrité et la violence des programmes, surtout sur les
chaînes commerciales.
Télé-massacre
"Reconnaissons à l’hebdomadaire français "Le Point" d’avoir eu le mérite
d’entreprendre une "comptabilité" de la violence en publiant le 24 octobre
1988 une enquête portant sur le bilan d’une semaine de programmes à l’initiative de téléspectateurs. Le constat est accablant. Ces téléspectateurs
expérimentés sont, en effet, revenus de cette semaine-télé abrutis et effarés par des visions d’enfer. Ils on vu chaque jour plus de meutres et
d’agressions diverses qu’il ne s’en commet en un an dans une ville comme
Paris. Ils ont vu des vampires violer une femme, des robots tueurs, des
Spielvan, Capitan Power, Bioman, des policiers, des assassins, des suicidés, des fous, des nains flirter avec des femmes obèses. Et puis, comme
s’ils y étaient, des hommes en assassiner d’autres à Haïti et, s’ils ont
surpris un taureau s’acharner sur un torero, ils n’ont pas bien su si
c’était de la réalité ou de la fiction".
Au total, ces téléspectateurs ont recensé: 670 meutres, 15 viols, dont
ceux de deux enfants, 20 scènes de sexe, 27 de torture, 13 tentatives de
strangulation. Banale et macabre découverte: les chaînes commerciales réalisent que le sexe fait vendre et plus encore le mélange sexe et violence. "Rien d’étonnant donc que TFI, la Cinq et Canal+ se taillent, dans ce
palmarès, la part du lion, suivis de près par M6, qui d’ailleurs rediffuse
fréquemment les plus mauvais films de la Cinq".
Les enfants, "ça coûte pas cher et ça peut rapporter gros"
La seule logique des marchands d’images triomphe, c’est-à-dire celle du
moindre coût, et elle guide le contenu de ce qui est donné en pâture à raison de deux ou trois heures par jours à "des bébés zappeurs dont le seul
pouvoir se résume à la pression d’un bouton".
L’exemple de la première chaîne française, privatisée, est éloquent.
"TFI a concédé l’ensemble de ses émissions pour la jeunesse à un producteur
privé indépendant, ’AB Productions’, avec lequel travaille l’’animatrice’
Dorothée. Or, la convention qui donne à cette société un monopole total
pendant trois ans ne règle que les questions de gros sous. Pas un mot sur
le contenu des émissions. Pas même une recommandation pour que soient évités les excès de violence et de niaiserie. La logique d’’AB Productions’
est simple: pour gagner davantage d’argent, il faut acheter au moindre prix
chez les grossistes japonais notamment tout ce qui fera le fond de la programmation, et débiter des kilomètres de pellicule déversant la peur, le
sang et les larmes. Le tout entrecoupés de publicité et entrelardé de petites saynètes affligeantes de bêtise".
Mauvaises émissions et mauvaises publicités à moindre frais. Rien n’est
décidement épargné aux enfants. Et encore moins aux parents sachant que les
enfants représentent un énorme marché potentiel. Ces derniers "pèseraient
400 milliards de francs françaias en influençant 15% des dépenses des ménages de l’Hexagone. Par conséquent, la publicité qui leur est destinée ne
peut que se développer. Tout le secteur de l’alimentation est à l’affût,
mais aussi celui de l’habillement et des jouets. Malgré la manne que représente les retombées publicitaires, les émissions pour enfants ne bénéficient guère de la générosité des chaînes. Le raisonnement est hélas trivial
et se résume cyniquement ainsi: puisque les enfants aiment tout et regarde
tout, pourquoi se fatiguer? Pourquoi faire un effort?"
Etats-Unis et Japon: l’épouvantail
L’avenir, ou plutôt les projections d’avenir ne sont pas pour rassurer.
Déjà que Les chaînes sont envahies par les produits nippons et américains.
"La surenchère dans le sexe et le sang que connaissent les télévisions américaines fait partie de notre paysage audio-visuel. Cette évolution n’est
pas achevée car, logiquement, si notre système devait évoluer selon la seule loi du profit nous devrions ’rattraper’ dans quelques années celui d’Outre-Atlantique, où 80% des programmes sont composés de scènes de violence".
Quant au système japonais, pudibond sur certains aspects (comme en témoignent les récentes affaires politiques), il est très permissif en matière de violence et de pornographie, allant jusqu’à mettre en scène des adolescents ou des enfants. Une prolifération de publications et de films vidéo utilise des fillettes âgées de huit à quinze ans. Mélange de naïveté et
de perversité, voire d’extrême violence, vision reprise par les séries et
dessins animés japonais.
Reste la question que nombre de personnes et d’associations se posent.
Jusqu’où cette escalade et jusqu’à quand faudra-t-il ingurgiter ces émissions. Car à l’évidence il existe des enfants qui peuvent se dispenser des
dessins animés japonais, tout comme il existe des télévisions pour enfants
sans monstres répugnants, sans dessins animés nullissimes, sans pitreries
affligeantes. Encore faut-il réagir pour que ces dernières s’imposent. Encore faut-il pour cela renoncer au "modèle" américain et japonais dont nous
n’avons que faire en Europe. Sans parler du reste du monde, loin d’être
épargné lui aussi. (apic/unda/pr)