Consentement cookies

Ce site utilise des services tiers qui nécessitent votre consentement. En savoir plus

Aller au contenu
Advertisement
  • Flash Info

    Carême 2026 Découvrez les initiatives diocésaines
    Synode sur la synodalité Les conclusions du processus synodal attendues prochainement
    no_image

    Vingt ans d’épiscopat pour Mgr Pierre Mamie (061088)

    (APIC) C’est le 6 octobre 1968, il y a exactement vingt ans, que Mgr Pierre

    Mamie recevait à Fribourg l’ordination épiscopale des mains du cardinal

    Journet. Il devait succéder deux ans plus tard à Mgr François Charrière à

    la tête du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg. A l’occasion de cet anniversaire, Mgr Mamie a fait part à l’agence APIC de ses soucis et de ses

    attentes de pasteur pour l’Eglise universelle à la veille de l’an 2’000.

    Originaire de Bonfol, dans le canton du Jura, bourgeois de Gruyères

    depuis huit ans, Mgr Mamie est né le 4 mars 1920 à La Chaux-de-Fonds, dans

    une famille chrétienne de milieu modeste. Si l’on remonte quatre siècles

    plus tôt, les ancêtres de Mgr Mamie étaient Toscans, c’étaient des

    banquiers très probablement d’origine juive. Ils ont émigré dans le canton

    de Neuchâtel, puis dans le Jura.

    Apic : Mgr Mamie, vous avez passé votre enfance dans un milieu modeste ?

    Mgr Mamie : Ma famille est à la fois paysanne, du côté des grands parents,

    et horlogère. Dans la famille de mon père comme celle de ma mère, tout le

    monde était horloger ou horloger et paysan, sauf mon père - parce qu’il

    était orphelin - qui était simple employé de commerce. Je suis né à La

    Chaux-de-Fonds et j’ai fait mes écoles dans cette ville jusqu’à l’âge de

    douze ans, avant d’aller au Collège St-Michel à Fribourg.

    Tout enfant, j’ai passé à travers la crise horlogère de 1927/28; mon

    père n’était pas au chômage, mais on vivait très simplement. Mon père était

    un employé vraiment peu payé. Il fallait toujours tout compter à la maison,

    mais je n’ai jamais eu faim. Je n’ai aucune amertume. Mais d’avoir fait

    toutes mes études en étant obligé de demander des subsides à l’évêque depuis l’âge de 12 ans, pour un jeune garçon, c’était humiliant. Les rudesses

    de la vie, je sais à peu près ce que c’est, mais j’ai eu une enfance très

    heureuse et surtout, des parents très chrétiens. Sur le plan de l’argent,

    il y avait peu, sur le plan de la foi, par contre, vraiment beaucoup. Je ne

    dirais pas que c’était le paradis, mais c’était vraiment une période de

    grand bonheur d’enfant.

    Apic : C’est peut-être cela qui a facilité votre choix de devenir prêtre ?

    Mgr Mamie : Cela, c’est Dieu qui le sait, mais je sais que ma mère, d’une

    manière plus visible que mon père, était fidèle à la messe quasi-quotidienne. Mon père était un grand croyant, mais le montrait moins. Et c’est à dix

    ans j’ai décidé de devenir prêtre. Ce qui était central, c’était le goût de

    l’eucharistie et de la messe.

    Apic: Pour en venir à votre diocèse, il y a, côté ombre, le "cas Lefebvre"?

    Mgr Mamie : Ce n’est pas une ombre. C’était une blessure antérieure à mon

    arrivée à l’évêché. Il ne faut jamais oublier, à mon avis, que la rupture

    de Mgr Lefebvre date du Concile, quand il a refusé les textes conciliaires

    sur la liberté religieuse et l’oecuménisme, et certaines autres orientations fondamentales. Il y a bien eu des maladresses de notre part et des

    abus de certains qui ont fait que des diocésains sont partis chez Mgr Lefebvre. Mais il ne faut jamais oublier que tout ce qu’a fait Mgr Lefebvre

    et ses amis date d’avant les abus et les maladresses. C’est une opposition

    d’abord d’ordre doctrinal, sur la nature de l’Eglise, sur la nature de la

    tradition, sur le rôle de l’histoire dans l’Eglise, et aussi d’ordre politique.

    Je n’aime pas dire "ombre", j’aime mieux dire que c’est une épreuve

    qu’il a fallu porter, traverser, et qui est encore ces mois-ci plus pénible

    qu’il y a vingt ans. Mais il y a un côté bénéfique, c’est comme pour l’oecuménisme, il y a des épreuves qui sont telles qu’elles vous obligent, si

    vous n’en n’aviez pas envie, à prier davantage, parce que ce qui est en

    cause est vraiment surhumain...

    Apic : Vous ne voyez pas actuellement de perspectives se dessiner ?

    Mgr Mamie : Ces jours-ci, je dirais que c’est un peu le brouillard, car si

    je me réjouis beaucoup avec ceux qui se sont réconciliés avec Rome, avec le

    pape, avec le Saint-Siège, la difficulté pour moi, c’est que ceux qui se

    réconcilient, qui veulent rester dans l’unité de l’Eglise doivent aussi

    retrouver une réconciliation avec leurs évêques. Et c’est ma difficulté

    principale, et je ne suis pas le seul. Il ne suffit pas de se réconcilier

    avec Rome - c’est l’essentiel, c’est vital - mais la vie de l’Eglise ne se

    conçoit pas sans union avec l’évêque, et l’obéissance au pape ne suffit

    pas. Et cela, c’est la difficulté actuelle de ceux que je connais, au moins

    quelques’uns, qui se réconcilient avec Rome et qui, semble-t-il, ont plus

    de peine à reconnaître la mission propre des évêques qui n’a pas changé.

    Apic : La charge pastorale pour un diocèse comme le vôtre n’est-elle pas

    trop lourde ? Qu’en est-il d’un éventuel redécoupage ?

    Mgr Mamie : Le Concile et les Synodes diocésains ont demandé une restructuration là ou c’était nécessaire. Notre diocèse est concerné, parce que je

    pense que cela ne devrait pas toujours rester ainsi. Je prépare le terrain,

    mais il y a l’histoire, l’histoire de nos divisions, les dialogues avec les

    frères réformés pour qu’ils nous comprennent mieux, pour qu’ils ne soient

    pas blessés par la création d’un diocèse par exemple à Genève, ou ailleurs.

    Ils le savent, je prépare ce terrain, mais je pense que ce n’est pas moi

    qui le verrai. Mais je souhaiterais que mon ou mes successeurs aient une

    charge pastorale plus humaine à porter. Même avec deux auxiliaires, c’est

    trop. Mais pour l’instant, avec un évêque auxiliaire à Lausanne et un autre

    à Genève, cela fonctionne assez bien, étant donné la qualité de ces deux

    frères.

    L’autre point qui fait que la charge n’est pas trop lourde, grâce à Mgr

    Bullet, entre autres, c’est le nombre de laïcs engagés dans le diocèse :

    plusieurs milliers de catéchistes, d’hommes ou de femmes qui prennent une

    heure par semaine pour apprendre à vivre de la foi et connaître la foi.

    C’est là une très grande richesse. Il m’arrive de dire que la diminution

    des prêtres, qui s’explique de différentes façons, est peut-être aussi une

    épreuve par laquelle Dieu nous a fait passer pour que les prêtres apprennent à prendre leur juste place et pas toute la place. C’était une occasion à saisir, on l’a saisie. Je souhaite maintenant qu’il y ait toujours

    plus de laïcs engagés, mais le manque de prêtres est une évidence, d’autant

    plus que, plus il y a de laïcs engagés, plus ils auront besoin des prêtres

    dont la mission particulière est complémentaire ou réciproque dans le service de l’Eglise.

    Apic : Le petit nombre des vocations sacerdotales reste préoccupant ?

    Mgr Mamie : C’est vrai que notre diocèse manque de prêtres, il faudrait

    avoir dix nouveaux prêtres par année au moins. Et si mes proches collaborateurs sont d’accord, j’en donne cinq aux missions. Au total, il y en sept

    qui entrent cette année au séminaire diocésain, dont six pour le diocèse.

    Il y a longtemps qu’on n’en avait pas eu autant. Il y aura de plus en plus

    de prêtres âgés; leur âge moyen, est dans la soixantaine. S’il n’y a pas de

    jeune clergé, le nombre de prêtres diminuera. Mais là, je n’ai personnellement pas de doute. Je refuse absolument que l’on dise "comme nous aurons de

    moins en moins de prêtres...". Je n’ai jamais voulu employer cette formule,

    car il y a toujours l’espérance.

    Apic : Quel doit être le profil de l’évêque à la veille de l’an 2’000

    Mgr Mamie : Selon les données de la démographie mondiale, on dit qu’en l’an

    2’000, la moitié de la population du monde sera faite de garçons et de filles de moins de vingt ans. Donc, le problème majeur, c’est la foi des jeunes: qui sera Jésus Christ pour ces jeunes qui sont en train de naître ou

    qui sont déjà nés et qui auront vingt ans dans dix-quinze ans. Le problème

    fondamental pour nous, c’est que nous avons à leur apporter et annoncer

    Jésus Christ. Il faut que l’on sache le leur présenter d’une manière qui

    soit fidèle à l’Evangile, mais, si j’ose dire, avec un visage séduisant

    pour eux. Sans trahir le visage du Christ... Peut-être que nous avons des

    questions à nous poser en particulier dans la liturgie. Est-ce que nous

    leur donnons envie de cette Eglise, de cette liturgie, de ce Dieu ? Il faut

    rester intégralement fidèle à la doctrine, mais il faudrait trouver les

    mots justes pour annoncer Jésus Christ dans un langage qui soit toujours

    fidèle, mais qui rende la vérité aimable.

    Je suis comme le pape; des rencontres que j’ai avec Jean Paul II, on

    sent qu’il a une solide confiance : une fin de siècle et un début de siècle

    nouveaux, pleins de promesses, grâce aussi à Marie. Car je ne pense pas que

    l’homme pourra se nourrir seulement de conquêtes spatiales et de conquêtes

    sportives.

    Apic : Et le problème de la division des chrétiens ?

    Mgr Mamie : La division des chrétiens est un problème pastoral majeur chez

    nous. D’une part, il y a la sécularisation, il y a beaucoup de gens qui

    semblent pouvoir vivre sans Dieu. Que font les chrétiens pour annoncer

    Jésus Christ à ce monde-là alors que les chrétiens sont divisés. Là encore,

    je suis en union totale avec le pape Jean Paul II en disant qu’il est plus

    que jamais urgent que les chrétiens soient unis pour porter témoignage de

    Jésus dans ce monde qui est en train de perdre Jésus. En regardant en arrière, je dirais que quand j’étais enfant, pour moi, un protestant, c’était

    vraiment un autre. Avec tout ce que j’ai vécu avec eux, un protestant maintenant, c’est, en toute vérité, un frère ou une soeur.

    Il me semble que les Eglises chrétiennes de chez nous, par rapport à

    l’unité visible que nous désirons et que Dieu nous donnera, sont dans un

    état de fiançailles. Ce qui fait que l’on ne peut pas vivre comme des gens

    définitivement unis et tout partager, en particulier l’eucharistie. Parfois, je pense que ces fiançailles durent trop longtemps. Mais la pleine

    communion ne dépend pas que de nous... Depuis Jean XXIII, les dialogues oecuméniques n’ont pas cessé et je ne vois pas ce que nous pourrions faire de

    plus en restant fidèle à notre Eglise. Comme me le disait un évêque

    luthérien récemment à la rencontre d’Erfurt, "il ne nous reste plus qu’une

    chose à faire, on n’a pas assez prié. Parce que ce qui nous manque, il

    semble que cela ne dépend plus de nous, c’est au-dessus de nos forces. Il

    faut que Dieu nous fasse don de cette unité".

    Propos recueillis par Jacques Berset et Evelyn Graf

    Centre catholique des médias Cath-Info

    Les droits de l'ensemble des contenus de ce site sont déposés à Cath-Info. Toute diffusion de texte, de son ou d'image sur quelque support que ce soit est payante. L'enregistrement dans d'autres bases de données est interdit.

    Actualités liées

    Articles les plus lus