Vietnam: mise en garde du Saint-Siège (211092)
Hanoï, 21octobre(APIC) Au mois de mai 1992, peu de temps avant la venue
de la délégation vietnamienne officielle à Rome, une lettre signée du cardinal Angelo Sodano, secrétaire d’Etat, a été adressée au président de la
Conférence épiscopale du Vietnam et transmise pour information aux autorités du pays. Elle priait les évêques de mettre en garde les prêtres et les
religieux de leur diocèse contre une éventuelle adhésion au "Comité d’union
du catholicisme vienamien", informe le dernier bulletin "Eglises d’Asie".
Fondée en 1983 à Hanoï sous le nom de "Comité d’union des catholiques
patriotes", l’association a changé de nom lors de son deuxième congrès à
Hanoï et adopté son actuelle appellation. Les statuts du Comité précise
qu’il est membre du Front patriotique, qu’il se soumet à ses directives et
qu’il est chargé de les diffuser dans les milieux catholiques. Au NordVietnam, où le Comité a pris la succession d’une association nommée "Comité de liaison des catholiques patriotes", fondée en 1954, il est encore aujourd’hui fort peu implanté. C’est à Hô Chi Minh-Ville qu’il a connu son
plus grand développement à cause du jeune âge et du dynamisme de ses membres. Il y publie un hebdomadaire et s’est imposé dans le diocèse grâce à
ses rapports étroits avec les autorités civiles. Depuis le début de l’année
1992, il s’efforce de créer des comités locaux dans d’autres diocèses du
Sud où l’association était absente. C’est ainsi que des comités viennent
d’être fondés dans les diocèses de Dalat et de Ban Mê Thuôt.
Inconciliables avec l’état clérical
Bien que le contenu de la lettre de la secrétairerie d’Etat n’ait pas
été divulgué par le Vatican, on sait cependant qu’elle s’appuie sur une déclaration de la Congrégation pour le clergé du 8 mars 1982, dont elle reprend une partie du contenu. C’est le troisième paragraphe de ce document
qui semble concerner le Comité d’union. Il y est affirmé que "sont sans aucun doute inconciliables avec l’état clérical et donc interdites à tous les
membres du clergé, les associations de clercs, même érigées ou constituées
uniquement sur le plan civil, qui, directement, de manière ouverte ou détournée, poursuivent des finalités touchant à la politique, même si elles
se présentent sous l’apparence extérieure de vouloir favoriser des idéaux
humanitaires, la paix et le progrès social".
Dès 1983, Mgr Nguyen Kim Dien, archevêque de Huê, s’était appuyé sur
cette déclaration pour s’opposer à la fondation du Comité qu’il considérait
comme un instrument de l’Etat pour contrôler l’Eglise et y introduire la
division. En 1984, le cadre qui lui a fait subir un interrogatoire de 50
jours lui avait répliqué que l’application de cette déclaration romaine au
Vietnam constituait une violation de la loi. Il avait ajouté que "s’opposer
au Comité d’union, c’était s’opposer à l’Etat".
Selon des nouvelles en provenance du Vietnam, le président de la Conférence épiscopale a lui-même adressé un exemplaire de cette lettre à tous
les évêques du Vietnam. Dans beaucoup de diocèses, elle est aujourd’hui
largement connue du clergé et des laïcs. De même source, on laisse entendre
que l’Etat vietnamien profiterait de la réunion de la Conférence épiscopale
pour manifester sa mauvaise humeur à ce sujet. Cette réunion, qui devait
initialement se tenir à Hô Chi Minh-Ville au mois de mai, a été reportée
plusieurs fois. Elle devait débuter le 12 octobre à Hanoï. (apic/eda/pr)