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    La pression du gouvernement communiste se relâche

    Vietnam: L’Eglise a surmonté le traditionnel clivage Nord-Sud (171290)

    Interview de Mgr Nguyen Minh Nhât, président de la Conférence épiscopale

    Paris, 17décembre(APIC) La pression des autorités communistes sur l’Eglise catholique au Vietnam se relâche et son espace de liberté s’est peu à

    peu étendu ces dernières années, affirme Mgr Nguyen Minh Nhât, président de

    la Conférence épiscopale du Vietnam depuis décembre 1989. De passage la semaine dernière dans la capitale française après sa visite "ad limina" au

    Vatican, Mgr Nguyen Minh Nhât a décrit la situation de l’Eglise du Vietnam

    à la demande d’"Eglises d’Asie" (EDA), l’Agence d’information des Missions

    Etrangères de Paris.

    Le fonctionnement de la Conférence épiscopale du Vietnam n’est pas encore parfait, admet son président. C’est ainsi que deux membres du Conseil

    permanent, Mgr Nguyen Huy Mai, décédé le 4 août dernier, et Mgr Huynh Van

    Nghi n’ont pas reçu l’approbation du gouvernement pour exercer leur mandat.

    On leur a reproché d’être en difficulté avec les autorités locales. Les

    Commissions que crée la Conférence épiscopale doivent jouir aussi d’une autorisation spéciale du Bureau des Affaires religieuses. Au mois de décembre

    dernier, cette autorisation a été refusée à la Commission des oeuvres sociales que les évêques du Vietnam voulaient mettre en place.

    Il reste toujours aussi difficile de réunir la Conférence épiscopale.

    Les évêques n’ont qu’une assemblée annuelle et une réunion du Conseil permanent. Il leur faut, chaque fois, demander une autorisation des autorités

    qui fixent, elles-mêmes, le lieu et la date. Le Bureau des Affaires religieuses tient beaucoup à ce que cette réunion ait lieu à Hanoi: "C’est là,

    nous a-t-on fait savoir, que doivent se discuter les choses". Malgré tout

    la Conférence épiscopale devient un instrument de plus en plus efficace au

    service des 25 diocèses de l’Eglise du Vietnam - un instrument de coordination et d’unification - en premier lieu au sein de l’épiscopat lui-même qui

    a mainteant surmonté le traditionnel clivage Nord-Sud.

    EDA:Récemment, une délégation du Vatican, conduite par le cardinal Roger

    Etchegaray, s’est rendue au Vietnam. Comment évaluez-vous cette visite officielle ?

    Mgr NguyenMinhNhât:Nous avons été extrêmement réconfortés par la récente visite du cardinal Etchegaray au Vietnam. Sa personnalité et la sympathie qu’il a manifestée à notre pays ont fait une très profonde impression,

    non seulement dans notre Eglise mais aussi chez les non-chrétiens. Les

    journaux ont parlé de lui, et les autorités civiles ont été séduites par

    son sens de la négociation et sa compréhension. Peu avant son retour à Rome, il a publiquement manifesté l’amour qu’il porte au Vietnam "ce pays de

    fleuves et de mer".

    Citant un de nos proverbes: "On peut sonder le fond des fleuves, mais où

    est la perche qui sondera le coeur de l’homme?", il a déclaré avoir appris

    à connaître, durant son voyage, la profondeur du coeur vietnamien et a invité ses interlocuteurs à découvrir le coeur de l’Eglise. Deux administrateurs apostoliques, qui avaient été nommés par le Vatican sans autorisation

    préalable du gouvernement, ont aussi été reconnus par celui-ci à l’occasion

    du voyage de la délégation romaine.

    EDA:L’attitude du gouvernement vis-à-vis de l’Eglise a-t-elle évolué ces

    dernières années?

    MgrNguyenMinhNhât:Depuis le 6e Congrès du Parti communiste vietnamien,

    en décembre 1986, l’espace de liberté de l’Eglise catholique au Vietnam

    s’est peu à peu étendu. Les évêques peuvent désormais circuler plus facilement dans leurs diocèses respectifs. Il y a quelques années, pour chacun de

    mes déplacements j’étais obligé de faire tamponner dix fois par 10 services

    différents, mon autorisation de circuler. Aujourd’hui il me suffit d’envoyer mon secrétaire informer l’autorité locale de l’endroit où je désire me

    rendre. Ces deux dernières années, j’ai eu aussi la joie d’ordonner de nouveaux prêtres pour mon diocèse, dix l’an dernier, et cinq cette année.

    Se sont aussi relâchés, en partie, la pression et le contrôle exercés

    sur le clergé. Les prêtres et religieux, prisonniers ou en rééducation, ont

    dans leur grande majorité, été rendus à la liberté. Il reste cependant encore un certain nombre de prêtres en prison, en particulier le supérieur

    général de la congrégation de Marie co-rédemptrice et son assistant. Le Père Thu, le supérieur général, âgé de 83 ans, s’est montré très courageux et

    a refusé d’être libéré s’il n’était pas autorisé à revenir dans son monastère.

    Il faut ajouter que les prêtres, anciens prisonniers ou rééduqués, n’ont

    pas la permission d’exercer leur ministère. Par exemple, sur les 274 prêtres que compte mon diocèse, 38 sont dans ce cas. La Conférence épiscopale

    a souvent demandé au gouvernement de retirer cette interdiction de ministère. Selon les réponses qui nous ont été faites, on exige de ces prêtres un

    certain nombre de conditions: ils doivent avoir recouvré leurs droits civiques, avoir fait la preuve qu’ils se sont amendés, être pris en charge par

    un évêque qui doit faire une demande aux autorités en précisant le poste

    qu’il lui confiera.

    La relève du clergé n’est pas encore assurée

    MgrNguyenMinhNhât:Pour ce qui concerne la situation du clergé, en

    cette année 1990, les perspectives sont meilleures qu’autrefois. Certes les

    difficultés subsistent encore: depuis 1985, mon diocèse a perdu 89 prêtres;

    la relève n’a été assurée que par 15 nouveaux prêtres. Dispersés dans le

    diocèse, nous avons pourtant 300 séminaristes, dont 80 ont achevé leurs

    études de théologie sans que nous ayons encore l’autorisation de les ordonner prêtres. Mais notre diocèse reste privilégié par rapport à certains

    diocèses du Nord-Vietnam. Dans le diocèse de Lang Son, à la frontière chinoise, il n’y a qu’un seul prêtre. Son évêque, Mgr Vincent de Paul Pham Van

    Du, nommé depuis plus de 30 ans, vient seulement d’être reconnu par les autorités, grâce à l’intervention du cardinal Etchegaray. Le diocèse de Bac

    Ninh a deux évêques; mais il n’a que deux prêtres officiels pour une population de 90’000 catholiques.

    Faire preuve de patriotisme

    Malgré tout, la situation s’améliore. Quatre séminaires fonctionnent déjà au Vietnam. Un cinquième sera ouvert à Nha Trang l’an prochain. Un autre

    est prévu à Hué, lorsque la situation du diocèse, actuellement sans archevêque, sera réglée. Il y a certes de nombreuses limitations. Sur 50 candidats que j’avais présentés pour le grand séminaire de Hô Chi Minh-Ville,

    les autorités n’en ont retenu que 11. De plus, les critères du gouvernement

    ne sont pas exactement les nôtres. Nous ne les connaissons d’ailleurs pas

    très clairement: nous savons seulement que les candidats doivent avoir

    moins de 30 ans, avoir terminé leurs études secondaires, avoir accompli

    leur service militaire ou civil. Ils doivent, eux et leurs familles, avoir

    fait preuve de patriotisme.

    Pour le moment, dans chacun des séminaires du Vietnam, seule une classe

    fonctionne. A Hô Chi Minh-Ville, il avait été prévu un recrutement tous les

    3 ans. Mais voilà déjà quatre ans qu’il n’a pas pu avoir lieu. Le recrutement et la formation du corps professoral constitue aussi pour nous, un

    problème sérieux. Pour le moment, il n’est pas question d’envoyer des prêtres dans des universités occidentales. Pour le pays, cette formation ne

    constitue pas une priorité.

    Foi, ferveur et persévérance

    Pour caractériser l’attitude du peuple chrétien au Vietnam, trois termes

    s’imposent: la foi, la ferveur, la persévérance. Le peuple chrétien, aujourd’hui, peut avec moins d’entraves qu’autrefois, vivre selon ses convictions profondes. Cependant, il y a encore des limites dans la libéralisation générale que l’on observe depuis le 6ème Congrès. Il fut une époque où

    dans certains endroits, le culte n’était autorisé que le dimanche et pendant une heure seulement. Tout devait se faire durant cette heure là: eucharistie, catéchèse, etc. Ce n’est plus le cas. Cependant officiellement,

    la catéchèse est toujours limitée à l’église, quelquefois au presbytère.

    Nous manquons aussi cruellement de publications religieuses, de livres de

    théologie, de spiritualité...Les seules publications officielles de l’Eglise sont les calendriers liturgiques annuels.

    J’éprouve beaucoup d’admiration pour mes compatriotes chrétiens du Vietnam. Ils sont forts, vaillants et joyeux; ils ont fait preuve de courage,

    de force et de fidélité. Il me semble que leurs frères non chrétiens leur

    reconnaissent ces mêmes qualités et les estiment. D’ailleurs les conversions sont nombreuses aujourd’hui, même s’il m’est impossible de fournir

    des statistiques.

    EDA:L’expression de Mgr Nguyên Kim Diên, en 1979, "Le catholique, un

    citoyen de second rang", est-elle encore juste aujourd’hui?

    MgrNguyenMinhNhât:Il me semble que l’opinion des autorités de l’Etat a

    évolué en ce domaine aussi. Lors d’une rencontre avec le Chef de l’Action

    populaire et le représentant du Bureau des Affaires religieuses, à l’occasion de la visite de la délégation romaine, il m’a été dit: "La religion

    n’est pas un épiphénomène, mais une réalité qui doit être prise en compte.

    Il ne fait pas de doute que la religion rend les hommes meilleurs: elle

    leur apprend à respecter la loi et l’ordre. Elle contribue beaucoup au bien

    commun. C’est pourquoi il ne doit pas y avoir de vexations contre les religions".

    Ce jugement est vrai en ce qui concerne les catholiques. Ils ont beaucoup contribué au bien commun du Vietnam. L’action des religieuses dans le

    domaine de la santé, de l’éducation, des oeuvres sociales est reconnue de

    tous. Certes, on ne les voit pas encore nombreux parmi l’administration et

    parmi les cadres. Mais désormais, ils peuvent achever leurs études secondaires et s’inscrire à l’Université. Par ailleurs, pour les postes délicats

    qui exigent probité et honnêteté, on fera tout naturellement davantage confiance à un catholique, à plus forte raison à une religieuse.

    EDA:Nous avons beaucoup entendu parler des lettres publiques et des sermons du Père Chân Tin à Hô Chi Minh-Ville, critiquant sévèrement le régime

    ainsi que le Comité d’union des catholiques patriotes. Représente-t-il

    l’opinion générale des catholiques du Vietnam ?

    MgrNguyenMinhNhât:J’ai moi-même rencontré le Père Chân Tin. Il me semble qu’il a dit la vérité et que beaucoup de catholiques l’ont approuvé.

    Sans doute, a-t-il parlé trop fort! Il a été mis en résidence surveillée,

    mais la peine aurait été beaucoup plus lourde il y a quelques années. Ici

    aussi, nous pouvons constater une évolution.

    Le Comité d’union des catholiques patriotes : un instrument de l’Etat

    Quant au Comité d’union des catholiques patriotes, il détient l’unique

    journal catholique du Sud-Vietnam: "Le Catholicisme et la Nation". Cependant l’un comme l’autre doivent être considérés plutôt comme des organes de

    l’Etat. Les articles du journal sont toujours en faveur de la politique

    gouvernementale et sont très souvent critiques vis-à-vis de l’Eglise. Ils

    ne donnent pas une idée juste de l’Eglise du Vietnam. Cependant on peut y

    trouver les lettres communes de la Conférence épiscopale et les déclarations des évêques.

    Lors de la préparation du deuxième Congrès du Comité d’union des catholiques patriotes, deux de ses représentants m’ont apporté une lettre dans

    laquelle ils se plaignaient d’être soupçonnés à la fois par le gouvernement

    qui voyait dans leur mouvement un moyen détourné de développer l’Eglise

    catholique, et par la hiérarchie catholique qui les considérait comme un

    instrument de contôle du gouvernement. Je leur ai répondu que ces soupçons

    étaient fondés. Ils doivent faire en sorte de retrouver la confiance du

    peuple chrétien. Ils doivent se faire le reflet des besoins et des aspirations des catholiques vietnamiens aurès des autorités. Il me semble que

    j’ai été entendu puisque dans ses résolutions, le Congrès a beaucoup insisté sur ce rôle. (apic/eda/ba)

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