Vietnam: attitude nouvelle des autorités face à la religion (250891)
Paris, 25août(APIC) Le point de vue officiel sur la religion s’est infléchi ces dernières années au Vietnam. Ce que vient de confirmer le récent
congrès du Parti communiste du pays, écrit "Eglises d’Asie", l’agence d’information des Missions étrangères de Paris, qui s’interroge toutefois sur
l’inspiration qui l’emportera dans la pratique. De son côté, Amnesty International vient de publier la liste de 41 prisonniers d’opinion au Vietnam, au nombre desquels figurent six prêtres catholiques et huit moines
bouddhistes.
C’est à partir des années 1987-1988 que des membres influents du Parti
ont développé de nouvelles idées sur la religion dans certains de leurs
écrits, avant de les exprimer dans des interventions publiques, comme celle
de Tran Bach Dang lors du 7e plénum réuni en mars 1990. Ce changement d’attitude a également fait l’objet d’une communication officielle aux évêques
lors de la visite du cardinal Roger Etchegaray effectuée au Vietnam en novembre dernier.
Le rapport politique, approuvé le 27 juin dernier dans le cadre du 7e
congrès du Parti communiste vietnamien, entérine, semble-t-il, cette nouvelle façon d’envisager le sentiment religieux et le rôle des religions à
l’intérieur de la société civile, estime "Eglises d’Asie". A tous les congrès précédents, le rapport politique ne manquait jamais d’aborder la politique religieuse du Parti, observe l’agence, mais toujours pour réaffirmer
la liberté de croyance, inciter les fidèles de toutes les religions à collaborer à l’édification du pays, et aussi pour les mettre en garde contre
l’utilisation de la religion à des fins "réactionnaires".
Le ton change
Dans le dernier rapport, le ton a sensiblement changé. On y trouve
d’abord une reconnaissance officielle du sentiment religieux comme donnée
quasi parmanente de la mentalité populaire: "Les croyances et les religions
constituent le besoin spirituel d’une grande partie du peuple, besoin qui
subsistera encore longtemps". Le dépérissement de la religion est donc reporté à une date ultérieure...
Comme cela avait déjà été officiellement signifié aux évêques lors de la
visite du cardinal Etchegaray, l’accent est mis aujourd’hui sur l’utilité
sociale de la religion: "La morale religieuse contient de nombreux éléments
particulièrement accordés à l’oeuvre d’édification d’une société nouvelle",
affirme le rapport politique, qui invite par ailleurs les cadres politiques
et administratifs à "abandonner toute étroitesse d’esprit, tout préjugé et
toute discrimination à l’égard de nos compatriotes croyants".
Un tournant, des questions
Pour "Eglises d’Asie", il est indéniable que, dans le domaine religieux,
le 7e congrès marque un tournant par rapport aux conceptions qui avaient
cours il y a seulement cinq ou six ans et qui, d’ailleurs, sont encore diffusées dans l’enseignement secondaire".
Pourtant, le rapport politique garde toujours les traces de l’inspiration qui prévalait autrefois. Par exemple dans le passage où "sont interdites toutes les activités qui portent tort à la liberté de croyance ou qui
utilisent la religion pour saboter l’indépendance nationale, s’opposer au
socialisme, empêcher les fidèles d’accomplir leurs devoirs civiques".
"Au lendemain du 7e congrès du Parti, conclut ’Eglises d’Asie", on peut
se demander quelle est l’inspiration qui triomphera dans la pratique future. Pour le moment, on peut seulement affirmer que, dans le cas du nouveau
décret réglementant les activités religieuses, c’est encore la tendance la
plus rétrograde qui se manifeste". (apic/eda/cip/pr)