Vietnam : a propos de la condamnation à la detention (041187)
Rome, 4novembre(APIC/CIP) C’est par une brève communication venue de Hanoi que l’on a appris il y a quelques jours la condamnation à la détention
a perpétuité de deux prêtres catholiques, à l’issue du premier procès
public de catholiques tenus depuis une dizaine d’annees. Lors de ce procès,
qui s’est déroulé le 29 octobre, vingt- et-un collaborateurs des deux religieux ont été condamnés à des peines allant de cinq à vingt ans de réclusion.
Les deux prêtres, les PP. Tran Dinh Thu, 81 ans, et Nguyen Chau Dat, appartiennent à la Congrégation de Marie corédemptrice. Ils vivaient au couvent de Thu Duc, dans la périphérie septentrionale de Ho-Chi Minh ville
(ex-Saigon). Ils sont accusés d’avoir caché dans leur couvent des armes et
du matériel de propagande subversive.
Ces condamnations attirent une nouvelle fois l’attention sur la persécution à laquelle l’Eglise doit faire face dans de nombreux pays, question
soulevée à plusieurs reprises au cours du récent Synode sur les laïcs.
Au Vietnam, le gouvernement et les évêques entretiennent d’assez bonnes
relations. Après la condamnation des deux religieux maristes, la curie archiépiscopale de Ho-Chi-Minh ville a publié un communiqué, cité du reste
par le journal de l’armée vietnamienne, appelant ’’tous les catholiques à
étudier et à observer les politiques de l’Etat’’. De leur côté, les autorités ont fait à plusieurs reprises des déclarations proclamant la liberté
religieuse.
En réalité, les croyants sont en butte à l’oppression, qu’ils soient
catholiques ou bouddhistes.
Le couvent de Thu Duc, situé dans une région ou les catholiques sont
très nombreux, est l’unique centre de formation religieuse extra-paroissial
ayant subsisté dans l’ancienne capitale du Sud- Vietnam. En juin 1983, en
effet, les autorités avaient fermé le centre tenu par les Jésuites.
Le 15 mars dernier, la police a fait irruption dans le couvent de Thu
Duc et, après avoir dispersé la soixantaine de laïcs qui s’y trouvaient, a
arrêté deux prêtres. Elle a procédé à une perquisition qui lui a permis de
mettre la main sur une vieille machine à polycopier, du papier et de
l’encre, ainsi que dix-neuf sacs de riz. Le lendemain, tout le matériel
séquestré a été emporté par un camion.
L’intervention de la police n’a pas laissé la population indifférente.
Les premiers incidents se sont produits très vite. Une foule nombreuse de
chrétiens s’est rassemblée autour du couvent. Beaucoup étaient armés de
bâtons et de pierres, d’autres ne portaient que leur chapelet. La foule
s’est vite heurtée à la police et plusieurs policiers ont été blessés durant les affrontements. Des prêtres des environs sont alors intervenus pour
demander aux gens de rentrer chez eux, mais en vain.
le 17 mars, une foule de quelque dix mille personnes s’est rassemblée au
couvent pour empêcher la police d’y pénétrer. Un agent en civil qui s’était
infiltré dans la foule a été repéré et battu à mort. Le 19 mars, l’armée a
du intervenir pour parvenir enfin à disperser les manifestants. Plusieurs
parmi ceux-ci ont été arrêtés.
Ces manifestations expliquent le caractère et la sévérité des peines
prononcées le 19 octobre.
Il faut préciser que ce n’est pas la première fois que la Congrégation
des Maristes Rédempteurs est en butte à la persécution. Dans le passé,
quinze religieux ont été arrêtés et ont disparu. L’un d’entre eux est mort
en prison après avoir été torturé. Une dizaine de religieux sont toujours
en prison actuellement, notamment le Supérieur général de la Congrégation.
Toutes les maisons de la Congrégation ont été confisquées, à l’exception du
couvent de Thu Duc, ou vivent une quarantaine de religieux. (apic/cip/cor)