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    Un million de jeunes pour vivre l’universalité de l’Eglise

    VIe Journée mondiale de la Jeunesse à Czestochowa (200891)

    De notre envoyée spéciale à Czestochowa Geneviève Cornet

    Fribourg, 20août(APIC) "C’est plus qu’extraordinaire ! Il n’y a pas de

    mots pour dire ce que j’ai vécu ! C’est divin ! Partout j’ai croisé des visages radieux et rencontré la joie. C’est déjà le Royaume de Dieu sur cette

    terre !" Le garçon qui s’exprime au micro dans le car qui le ramène de

    Czestochowa ce jeudi 15 août est rayonnant: il vient de vivre une expérience de foi unique qui l’a transformé au plus profond de lui-même. Il n’est

    pas le seul à chercher ses mots: avec lui, 400 Suisses qui ont fait le déplacement de Jasna Gora pour répondre à l’appel du pape à vivre la VIe

    Journée mondiale de la Jeunesse dans son pays natal. "Je ne suis plus le

    même qu’avant", témoigne Cyrille, les larmes aux yeux: c’est que chacun a

    trouvé à Czestochowa plus qu’il n’osait espérer.

    Tous sont revenus avec au coeur une lumière pour le quotidien, qu’il a

    bien fallu reprendre une fois rentré. Car au-delà de la découverte d’un

    pays de l’Est - la plupart s’y rendaient pour la première fois -, au-delà

    des longues heures de car et des journées de marche, au-delà des célébrations à Czestochowa avec le pape, l’aventure était intérieure, au secret du

    coeur, dans un dialogue vrai avec Dieu présent en chacun. Il ne s’agissait

    pas simplement de marcher, il fallait découvrir "qu’on peut aussi prier

    avec les pieds, la souffrance, la sueur"; il ne suffisait pas de participer

    à la veillée et à la messe solennelle de l’Assomption près de l’icône de la

    Vierge Noire, il fallait "vivre l’universalité de l’Eglise et la solidarité". Expériences fortes, faites dans le dépouillement quotidien et la confiance.

    Se mettre en route dans la confiance

    L’aventure a commencé pour les Suisses mercredi 7 août au départ de

    Sion, Martigny Genève et Lugano. Quelque 150 romands et près de 180 Tessinois s’embarquaient ce jour-là pour un périple de 10 jours, accompagnés de

    l’évêque de Lugano, Mgr Eugenio Corecco. Leur but: rejoindre le 15 août un

    million de jeunes venus de tous les continents pour participer, à l’invitation de Jean Paul II, à la VIe Journée mondiale de la Jeunesse au sanctuaire marial polonais de Czestochowa sur le thème "Vous avez reçu un esprit de

    fils" (Rm 8, 15). Deux jours de car jusqu’à Cracovie, puis quatre jours et

    demi de marche, enfin une veillée de prière avec le pape et la messe solennelle de l’Assomption, le lendemain, sur la colline de Jasna Gora les attendaient.

    Comme prévu... l’imprévu fait toujours partie du voyage ! Il n’a pas

    manqué aux Suisses: le deuxième jour déjà, la remorque de l’un des cars romands se détachait pour se renverser sur la route, retardant les pèlerins,

    qui l’ont pris avec le sourire. En fait, l’incident fut une chance pour

    eux: s’il a "soudé le groupe dès le départ", il a aussi permis la rencontre

    avec une famille slovaque venue les secourir et la découverte, surprenante,

    de l’hospitalité en Europe de l’Est. L’imprévu fut de la partie jusqu’au

    bout de la route: trois heures d’attente à la frontière - vécues dans la

    bonne humeur -, qui les ont forcés à renoncer à l’accueil dans des familles

    polonaises à Cracovie et à "dormir" dans le car.

    On ne pouvait être plus près: les Suisses se sont en effet réveillés sur

    le lieu de départ de la marche. Ils devaient parcourir les quelque 120 kilomètres séparant Cracovie de Czestochowa en quatre jours et demi. Après la

    messe d’ouverture présidée par Mgr Albin Malysiak, évêque auxiliaire de

    Cracovie, les pèlerins se sont mis en marche dans une ville en liesse. Ils

    étaient plus de 20’000 à quitter Cracovie, Polonais en tête, suivis des

    Suisses.

    Marcher vers un but commun pour rencontrer l’autre

    La marche restera pour les jeunes Suisses un temps fort de partage et de

    prière. Emerveillement devant la Création, rencontre de l’autre et de Dieu

    ont été les trois axes de cette aventure, tentée d’abord "pour se rapprocher de soi-même et se convertir", devait affirmer Mgr Corecco dans une homélie prononcée en cours de route. Les pèlerins ont conjugué effort physique et quête spirituelle, invités à réfléchir sur les dons de Dieu déposés

    en eux ainsi que sur quelques symboles de la foi chrétienne: la croix, la

    lumière et l’icône. Les Suisses ont porté une grande croix de bois, se relayant par équipes de deux au long des kilomètres.

    Marcher en Eglise, c’est aussi communier à la même Parole et au même

    pain et recevoir le pardon dans une démarche sacramentelle. L’eucharistie

    célébrée chaque matin a réuni des pèlerins de différentes nationalités dans

    une même prière. Le sacrement du pardon proposé aux jeunes Suisses le dernier jour de marche a été pour beaucoup un des sommets du pèlerinage.

    Marcher pour se purifier et expérimenter ses limites

    On ne marche pas seul lorsque l’on va à Czestochowa: les Suisses l’ont

    expérimenté en voyant se dérouler à perte de vue la longue banderole multicolore des pèlerins dans une campagne polonaise aussi pauvre qu’accueillante. Des compagnons de route nous sont donnés, lieu privilégié d’un partage

    en profondeur: "Impossible de cheminer des heures et des heures côte à côte

    sans se parler: la marche nous obligeait à faire le premier pas vers l’autre". Expérience aussi de ses limites et appel à se dépasser, gage d’une

    découverte unique: "La marche m’a appris la persévérance"; "La marche, purification de mes idées reçues"; "J’ai découvert qu’on peut aussi prier

    avec les pieds, la souffrance, la sueur. Ce pèlerinage est une richesse

    pour ma vie de foi". Pas facile de quitter son confort matériel et même

    spirituel pour vivre un dépouillement bien réel et une précarité de tous

    les instants: "Pour le prêtre que je suis, Czestochowa a été une leçon,

    m’ôtant la sécurité de mes temps d’oraison. J’ai ainsi mieux réalisé que

    les structures sont faites pour servir et que le Seigneur est plus grand".

    Marcher vers Czestochowa, capitale spirituelle de la Pologne, c’est aussi expérimenter l’accueil des habitants: outre l’eau et le sirop servis sur

    le bord de la route, la soupe offerte lors des haltes dans les villages en

    signe de solidarité. Une grande pauvreté certes - les pèlerins traversaient

    l’une des régions les plus défavorisées de la Pologne -, mais une hospitalité jamais vécue par les Suisses, manifestant un étonnement sans bornes:

    "Les gens sont fantastiques ! C’est vraiment la fête ! Ce n’est pas en

    Suisse qu’on verrait ça !". Découverte d’une autre mentalité, qui a profondément marqué les jeunes Suisses et transformé leur vision du monde. Moment

    fort également, la marche durant une demi-journée avec les jeunes Polonais:

    l’occasion de mieux se connaître et de découvrir, au-delà des différences

    et des difficutés de communication, les richesses de l’autre.

    Première étape pour les Suisses à Czestochowa: un moment de prière devant

    l’icône de la Vierge Noire, intense pour la plupart: s’il a "transformé"

    Nicolas, cet instant de grâce en a fait pleurer plus d’un. Le lendemain,

    l’eucharistie a rassemblé Romands et Tessinois autour de Mgr Corecco et de

    l’évêque de Coire, Mgr Wolfgang Haas.

    Ensemble pour bâtir une nouvelle "civilisation de l’amour"

    Jamais les Suisses n’avaient connu cela, même ceux qui ont vécu la rencontre de Saint-Jacques de Compostelle en 1989: un million de jeunes de

    tous les continents massés aux pieds de la Vierge Noire sur la colline de

    Jasna Gora pour répondre à l’appel de Jean Paul II à participer à la VIe

    Journée mondiale de la Jeunesse. Jeunes de l’Est - plus de 100’000, deux

    fois plus nombreux que prévu - et de l’Ouest réunis dans une même prière et

    une même espérance pour être les artisans de la nouvelle "civilisation de

    l’amour" demandée par le pape. La ferveur emplissait les coeurs, les sourires éclairaient les visages et la foule communiquait, au-delà des paroles,

    par les gestes et la musique. "Czestochowa, c’est un autre monde !", s’est

    exclamé Jean-Marie, ému. Jean Paul II était attendu par les jeunes, qui lui

    ont réservé une véritable ovation à son arrivée le 14 août en fin d’aprèsmidi.

    Ensemble, ils ont vécu une veillée de prière en trois temps sur l’appel

    de Jasna Gora: Marie, je suis proche de toi; je me souviens de toi; je

    veille. Trois temps, trois symboles apportés par les jeunes au pied de

    l’immense autel dressé devant la forteresse de Jasna Gora: la croix de

    l’Année Sainte, remise aux jeunes par le pape en 1984; la Bible avec un

    cierge allumé; une reproduction de l’icône de la Vierge Noire. Jean Paul II

    a lancé une mise en garde contre la tentation de vivre comme si Dieu n’existait pas et exhorté les jeunes à veiller, c’est-à-dire à "être des hommes

    de conscience. Ne pas étouffer cette conscience et ne pas la déformer; appeler par leur nom le bien et le mal, ne pas les confondre; faire croître

    le bien en moi et me corriger du mal". A cette catéchèse du pape répondaient des témoignages venus des divers continents. Le courant a passé entre

    Jean Paul II et la jeunesse du monde, faisant de ce temps de prière un authentique dialogue.

    Relever les défis de demain

    Le lendemain, tous étaient présents pour la messe solennelle de l’Assomption, célébrée par Jean Paul II en présence du président polonais Lech

    Walesa, 12 cardinaux, 220 évêques et près de 2’000 prêtres. Saluant les

    jeunes d’Europe de l’Est, le pape a reconnu publiquement leur appartenance

    au Christ et leur communion avec l’Eglise. Il a appelé tous les jeunes à

    devenir les artisans d’une nouvelle "civilisation de l’amour" fondée sur la

    doctrine sociale de l’Eglise et à relever les défis de demain: promouvoir

    le respect de la liberté religieuse et un développement à visage humain,

    protéger la vie naissante et la famille, mettre en valeurs les particularismes culturels et sauvegarder un environnement toujours plus menacé. "Le

    vieux continent compte sur vous pour construire la ’maison commune’. Vous

    êtes l’Eglise de demain, l’Eglise de l’espérance", a lancé Jean Paul II.

    Dans un message adressé aux jeunes à l’issue de la célébration, il les a

    invités à grandir en témoins du Christ en marchant à sa suite: chemin

    étroit, mais qui conduit à la vraie joie.

    Pour les jeunes Suisses, ces deux jours resteront inoubliables: par les

    paroles fortes de Jean Paul II, mais aussi pour avoir côtoyé des jeunes de

    tous pays. Couchés à minuit, levés à deux heures, ils ont vécu des instants

    uniques, pris dans une ambiance qu’ils ne sont pas prêts d’oublier: les

    rues de Czestochowa en fête, débordant de jeunes, dont la plupart avaient

    décidé de passer la nuit sur place pour être bien situés lors de la messe

    du lendemain; bousculades, panique aussi, lorsque la foule se faisait trop

    dense. "Il y avait tant de sacs de couchage qu’on ne savait plus où mettre

    les pieds !", ont témoigné plusieurs d’entre eux. "Si c’avait été la sortie

    d’un match de football, a affirmé un responsable, il y aurait eu des

    morts".

    L’après-Czestochowa: témoigner et s’engager

    Les témoignages ont afflué lors du retour en car: c’est que Czestochowa

    a été pour tous une expérience très forte, qui a réveillé des énergies multiples. Découverte, pour certains, de l’universalité de l’Eglise, avec le

    sentiment de l’avoir vécue concrètement: "pour Nicole, "tous ces jeunes

    réunis, c’est ça l’Eglise, et c’est très beau !"; pour Sandra, "penser que

    tous ont reçu Dieu en eux, c’est vraiment l’Eglise"; Dominique, lui, a "découvert l’Eglise sous un angle nouveau"; "A Czestochowa, j’ai vu une Eglise

    en marche", témoigne l’un des responsables. Pour d’autres, découverte de

    soi-même: "Ce pèlerinage m’a interpellé et m’a fait prendre conscience que

    j’ai quelque chose à changer dans ma vie", affirme Claude; "je partais

    sceptique; maintenant, je recommencerais tout de suite, j’oserai plus parler de Dieu dans ma vie de tous les jours", relève Nicolas; "en venant,

    j’avais des doutes. Maintenant je me dis que le Christ doit exister", renchérit Jacques; "j’ai vécu une libération qui m’a permis de marcher dans la

    confiance totale en Marie", ajoute un des responsables.

    L’entraide vécue au jour le jour, dans la précarité et l’effort, a marqué les pèlerins suisses: "j’ai expérimenté que quand le Christ est là,

    tout est plus léger, tout est plus simple. J’ai constaté que le but commun

    rassemble et qu’il est important d’aller vers les autres", relève PierreAlain, enthousiaste; "pour Claude, "des liens d’amitié se sont tissés, qui

    m’aideront à avancer sur le chemin de la foi"; Floriane et François ont

    pour leur part apprécié les "gestes simples de solidarité" et "les petits

    actes concrets d’attention à l’autre".

    Ce qui va changer dans leur vie ? Chacun retrouvera les siens avec une

    foi renouvelée et un désir de s’engager en paroisse ou dans un mouvement.

    D’abord, ils parleront de ce qu’ils ont vécu, pour communiquer à ceux qui

    sont restés la joie et l’espérance de Czestochowa: "ce que j’ai vécu, j’ai

    envie de le faire découvrir aux autres, car il faut oser proclamer JésusChrist", affirme Dominique; Fabien sera désormais "plus attentif à l’oeuvre

    de Dieu dans la nature et dans les autres", persuadé qu’"il faut apprendre

    à mieux communiquer, s’engager, aller vers les autres". Ils ont déjà prévu

    de se revoir, au mois de novembre, autour d’un montage audio-visuel qu’ils

    réaliseront en petites équipes. Et dans la prière, chaque semaine, pour

    garder vive la flamme de Czestochowa. (apic/Geneviève Cornet)

    Des photos peuvent être obtenues auprès de l’agence APIC

    Centre catholique des médias Cath-Info

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