Rome, 30septembre(APIC) A la fin du mois d’aout dernier un éminent idéologue de la République Démocratique Allemande franchit incognito les portes
du Vatican. Le but de sa mission était de sonder les intentions du SaintSiège au sujet d’un projet extremement ambitieux : organiser à Leningrad ou
meme à Moscou un grand Symposium culturel catholico-marxiste dans la ligne
de l’expérience entreprise l’an dernier à Budapest du 8 au 10 octobre sous
les auspices du Secrétariat romain pour les non-croyants et de l’Académie
hongroise des sciences. Lorsqu’après une longue matinée d’étroits colloques
l’idéologue d’Allemagne de l’Est remit les pieds en territoire italien pour
se diriger vers l’aéroport de Fiumicino,son visage laissait entrevoir un
certain désappointement : il venait de prendre acte de ce que, au moins
pour l’instant, la mise en oeuvre du projet demeurait fort éloignée, les
négociations en étant au point mort. C’est ce que rapporte dans son premier
numéro la revue "Trente Jours dans l’Eglise et dans le monde", qui ensuite
réfléchit au sujet.
Pourtant seulement quelques mois auparavant il semblait qu’il n’y aurait
qu’un pas à franchir pour que cette hypothèse devienne réalité. Certains
organes de presse étaient meme allés jusqu’à avancer le thème ("Dieu est-il
mort ?"), le lieu (Leningrad), et la date (avant la fin de l’année) de cet
événement historique. Que s’est-il donc passé ? "Les deux parties, explique
un membre officiel du Vatican, ont préféré mettre un frein, pour l’heure, à
la course au dialogue commencée à Budapest".
Réticences du coté soviétique
A Moscou les résistances idéologiques de la vieille garde du Parti sont
encore vives : le thème de l’existence de Dieu, d’abord proposé par le
Secrétariat pour les non-croyants, a été considéré comme une "provocation"
par ces milieux.La seule hypothèse qui ferait l’unanimité au Kremlin serait
celle d’un Symposium sur "La Valeur de la paix à l’ère nucléaire", qui
pourrait se dérouler à Moscou.
Rome craint l’exploitation politique de cette affaire
Mais à Rome on refuse tout simplement d’envisager une pareille chose :
on craint à juste titre l’exploitation politique de cette affaire. Aligner
les Eglises chrétiennes sur le mouvement pacifiste international à sens
unique est une tactique déjà usée qui ne peut certainement pas piéger un
pape venant de l’Est. Le but du dialogue, précise-t-on au Vatican, est
d’élargir les espaces de liberté religieuse dans les pays du socialisme
réel, non pas de faire la propagande en Occident du new look de Gorbatchev.
Les soupçons de voir l’opération dialogue conçue et réalisée du coté soviétique comme une campagne promotionnelle d’une image libérale à destination
de l’étranger n’ont certes pas été apaisés par le comportement de la presse
soviétique au cours du précédent Symposium à Budapest.
Rome exige la transparence
Dans la capitale hongroise, ou le directeur de l’Institut pour l’athéisme scientifique de Moscou s’était rendu en personne, aucun journal situé
dans la mouvance de la nouvelle ligne de Gorbatchev n’a fourni la moindre
information sur le Symposium aux lecteurs soviétiques, pas meme une ligne !
Cela n’a guère plus aux responsables du Secrétariat romain, qui posent
désormais comme condition d’une éventuelle reprise du dialogue catholicomarxiste la plus grande transparence et objectivité possible dans l’information, y compris sur le territoire soviétique. Singulier paradoxe : le Vatican invite Gorbatchev à etre cohérent jusqu’au bout dans sa politique de
"Glasnost". (apic/ddt/cor)