Vers la paix au Nicaragua et au Salvador? (240591)
Washington entrave l’enquête sur le massacre des jésuites
Zurich, 24mai(APIC) En bloquant des documents, Washington entrave l’enquête sur le massacre des jésuites de l’UCA. Mais L’Instruction contre les
militaires auteurs du massacre commis le 16 novembre 1989 contre les six
jésuites de l’Université centro-americaine (UCA) du Salvador, de la cuisinière de l’établissement et de sa fille se poursuit. Le Père jésuite Miguel
Francesco Estrada, recteur de l’UCA de San Salvador et successeur du Père
Ignacio Ellacuria, assassiné le 16 novembre, a fait le point sur cette affaire. Avec le Père Cesar Jerez, son homologue de l’UCA de Managua (Nicaragua), il était l’hôte mercredi à Zurich de l’Entraide protestante Suisse
(EPER).
Le gouvernement et l’armée du Salvador sont intéressés à ce que se poursuive l’instruction en cours sur le massacre de ces huit personnes assassinées par des membres de l’armée. Ils le font non par amour de la justice,
mais pour récupérer des fonds bloqués par la Communauté européenne notamment, jusqu’à ce que soit éclaircie cette affaire, a affirmé le P. Estrada.
Neuf militaires sont actuellement inculpés, dont le principal accusé, le
colonel Guillermo Benavides, directeur de l’école militaire de San Salvador
au moment des faits. Mais l’instruction pourrait prendre passablement de
temps: "nous n’en sommes qu’à la seconde phase d’un processus qui en compte
quatre jusqu’au jugement puis à une éventuelle condamnation, explique le
recteur de l’UCA. Sans compter les difficultés rencontrées pour la mener à
bien: un des inculpés a disparu, on ignore ce qu’il est devenu; des documents exigés par la justice salvadorienne, une vingtaine, tous d’une importance capitale pour l’établissement de la vérité, sont retenus par Washington qui prétend qu’ils mettent en danger la sécurité des Etats-Unis. Les
pressions enfin: deux procureurs ont choisi de démissioner. Ils reprochent
à leurs supérieurs d’empêcher la poursuite de l’enquête. Selon eux, il leur
a été interdit "d’interroger certains témoins". Reste que les inculpés bénéficient d’une liberté provisoire et que le colonel Benavides en profite
pour se rendre chaque fin de week-end à la plage. Pas pour se laver des
soupçons.
Les lampistes et les intouchables
Pour le Père Estrada, il ne fait pas de doute que les responsables intellectuels de ce massacre, ceux qui en ont ordonné l’exécution sont à rechercher en haut lieu, au Salvador au ailleurs. Les lampistes d’un côté,
les intouchables de l’autres. l’ARENA, au pouvoir, a la main lourde sur le
Salvador. L’ARENA, un parti politique que le Père Ellacuria subdivisait en
trois tendances: les escadrons de la mort; les militaire pour qui tout doit
s’arranger par les armes; les "civiques" enfin, plus portés au dialogue.
De dialogue, il en est évidemment question en ce moment alors que se
sont engagées des négociations entre la guérilla d’un côté, le gouvernement
et l’armée du Salvador de l’autre. Le Père Estrada doute que Washington admette des concessions trop élevées octroyées par le Salvador à la guérilla, mais estime que les points soulevés à la table de négociation,
peuvent apporter la paix s’ils sont menés à bien.
La restructuration de l’armée, du système policier, du mode électoral
ainsi que des réformes économiques et sociales sont actuellement discutées.
Il est clair que l’armée, véritable pouvoir au Salvador, doit voir son importance réduite, elle qui est responsable de tant de tortures et de la
disparition de plusieurs milliers de personnes, relève le recteur qui ajoute que les Eglises, les organisations populaires et l’UCA exercent des
pressions pour qu’une issue pacifique sorte des négociations en cours:
"Nous voulons une paix basée sur la justice sociale et que se résolvent les
problèmes de santé, ce à quoi s’emploie l’UCA qui vient de se donner pour
objectif la création d’un Institut centre americain de la santé pour la recherche, l’analyse et la prévention".
Nicaragua: une année après les élections
Du Nicaragua, de la situation du pays plus d’une année après la défaite
des sandinistes aux élections, il a a aussi été question. Deux points positifs et une ombre: le Nicaragua n’a plus de guerre formelle, et si le front
sandiniste a accepté sa défaite, la coalition qui a mis au pouvoir Violeta
Chamorro se rend maintenant compte du fait que le pays est ingouvernable
sans l’appui des sandinistes. "On pourrait s’acheminer vers un consensus,
vers la réconciliation", estime le Père Jerez. Une ombre toutefois au tableau: l’économie est toujours plus désastreuse. Et puis, ajoute-t-il, je
crois que la hiérarchie de l’Eglise, dont le cardinal Obando, est en train
de se rendre compte que "la partie de l’Eglise associée à la gauche, mal
jugée, n’est pas aussi mauvaise que cela".
Cela ne veut pas dire que les divisions de l’Eglise se sont estompées,
même si celles-ci ont été plus fortes dans le passé, explique le Père Jerez
qui ne voit pas dans l’attribution par l’UCA du titre de docteur honoris
causa à Daniel Ortega un défi au cardinal Obando. "Le cardinal a certes appuyé la coalision contre le front sandiniste. Et plus que Violeta Chamorro,
c’est bien le vice-président, Virgilio Godoy, sympathisant de la "contra",
que Mgr Obando a soutenu". En donnant ce titre à l’ex-président, nous avons
tenu à le récompenser pour avoir eu le mérite de permettre des élections
libres et démocratiques au Nicaragua". (apic/pr)