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    Un rayonnement plus grand dans la cité.

    Vaud: Notre-Dame de Lausanne érigée en basilique mineure (270892)

    Lausanne, 27août(APIC) A l’occasion du bicentenaire de la reprise du culte catholique à Lausanne, le Pape Jean Paul II vient d’ériger l’église Notre-Dame au rang de basilique mineure. Dans une interview accordée à Evangile et Mission que nous reproduisons ci-dessous, l’abbé Claude Ducarroz, curé de la paroisse, explique le sens de cet événement.

    M. le curé Claude Ducarroz, qu’est-ce qu’une basilique?

    C.D: Le mot "basilique" vient du grec "basileus" qui signifie l’empereur

    ou le roi. La basilique fut d’abord un vaste édifice rectangulaire se terminant par une abside en demi-cercle. Cette salle abritait les activités

    publiques des citoyens. On y rendait la justice au nom de l’empereur. Quand

    le christianisme est devenu religion de l’empire romain après l’édit de Milan en 313, certaines basiliques ont été transformées en églises. Le plus

    souvent, on a construit de nouveaux sanctuaires sur le modèle architectural

    de ces premières basiliques, à savoir trois nefs séparées par deux séries

    de colonnes culminant dans un choeur en hémcycle. A Rome, il existe quatre

    grandes basiliques appelées majeures: Saint-Jean de Latran, Saint-Pierre au

    Vatican, Sainte-Marie-Majeure et Saint-Paul-hors-les-Murs. Ailleurs dans le

    monde, les basiliques sont appelées "mineures", un peu comme les petites

    soeurs des premières.

    Pourquoi telle église peut-elle devenir basilique?

    C.D: Pour ma part, je vois trois raisons possibles. L’une est historique. C’est le cas, par exemple, de la basilique de Saint-Maurice qui est

    liée à de longs siècles de culte chrétien autour des reliques de Saint-Maurice et de ses compagnons martyrisés à Agaune en 290 déjà. Ailleurs, il

    s’agit de mettre en évidence une grande église de pèlerinage. Nous pensons

    spontanément à la célèbre basilique de l’Abbaye d’Einsiedeln, "Notre-Dame

    des Ermites", le plus important lieu de pèlerinage marial en Suisse. Enfin

    on peut signaler une troisième cause. Dans les grandes villes, il y a souvent une église principale particulièrement ancienne. Elle est alors honorée

    du titre de basilique. C’est ainsi qu’à Genève, l’église Notre-Dame en face

    de la gare a reçu une distinction en 1954 déjà. Cette question me donne

    l’occasion d’une précision: il ne faut pas confondre une basilique avec une

    cathédrale. La cathédrale est l’église de l’évêque d’un diocèse, là où il a

    son siège officiel, en grec "cathedra". S’il arrive que certaines basiliques soient aussi des cathédrales - nous songeons aussitôt à la basilique

    Notre-Dame de Paris -, la plupart des basiliques ne le sont pas. Fribourg

    est un bon exemple de ce fait. C’est l’église Notre-Dame - la plus ancienne

    église de la ville - qui est basilique depuis 1932, et non pas la cathédrale Saint-Nicolas, érigée comme telle en 1924.

    Alors pourquoi croyez-vous que Notre-Dame de Lausanne est devenue

    basilique maintenant?

    C.D: Je pense que, dans son cas, les trois raisons évoquées auparavant

    se rejoignent. Notre-Dame de Lausanne est la première et la principale

    église catholique de la cité, au centre de la Romandie. Consacrée en 1835,

    cette église est demeurée le seul sanctuaire catholique à Lausanne jusqu’en

    1916. Or actuellement, Lausanne compte dix paroisses avec leurs églises,

    sans compter les missions linguistiques. Par ailleurs, du point de vue historique, Notre-Dame de Lausanne fut, jusqu’à la Réforme protestante de

    1536, un lieu de pèlerinage très fréquenté. Nous avons gardé quelque chose

    de cette tradition lorsque l’on voit la statue de Notre-Dame toujours très

    fleurie et illuminée, signe d’une grande ferveur qui rapproche du Christ

    puisque c’est Lui qui nous a donnés à Marie du haut de sa Croix. En fait,

    l’événement invoqué de manière plus immédiate, c’est la commémoration de

    l’arrivée à Lausanne de la fondatrice, la baronne d’Olcah, le 24 mai 1792.

    Il y a donc exactement 200 ans, les catholiques pouvaient à nouveau, et librement, vivre leur foi grâce au rayonnement de cette femme, par ailleurs

    une laïque, une étrangère et une réfugiée ce qui - soit dit en passant est un signe qui doit nous faire réfléchir tout spécialement dans notre

    contexte ecclésial et social d’aujourd’hui. La place des laïcs, des femmes,

    des étrangers et des réfugiés dans notre Eglise, ce n’est pas un sujet brûlant d’actualité?

    Dites-nous comment les choses se sont passés pour aboutir à la basilique

    d’aujourd’hui.

    C.D: L’idée est venue de quelques paroissiens particulièrement fervents

    qui ont insisté pour qu’une démarche soit entreprise dans ce sens à l’occasion de notre jubilé (1792-1992). Nous avons discuté dans les instances paroissiales, à savoir l’équipe pastorale, le conseil de paroisse et le conseil pastoral. D’un seul coeur en juin 1991, nous avons écrit à notre évêque qui s’est montré aussitôt très favorable. Il a sollicité cette faveur

    auprès des discatères du Vatican, non sans avoir obtenu l’accord du Conseil

    épiscopal et de la Conférence des évêques suisses, comme c’est exigé par le

    droit en vigueur. Il ne nous reste plus qu’à attendre. Et la bonne nouvelle

    nous est arrivé officiellement le 17 juillet de cette année.

    Dans un climat oecuménique assez difficile, un tel événement ne pourrait-il pas être mal interprêté?

    C.D: Je n’aurais jamais acquiescé à cette idée - qui n’est pas venue de

    moi - si j’avais senti des réticences ou une source de malentendus du côté

    de l’église protestante. Bien avant toute démarche à Rome, en septembre de

    l’an dernier déjà, j’ai rencontré le président du conseil synodal de

    l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud, comme Mgr Mamie m’avait

    suggéré de le faire. Je l’ai informé de nos intentions et je lui ai expliqué le sens de cette initiative. Après avoir consulté le conseil synodal,

    le pasteur Jean-Paul Perrin nous a fait savoir - à Mgr Bullet et à moi -même - qu’il ne voyait aucun inconvénient à ce projet considéré comme interne

    à notre Eglise.

    Pratiquement, qu’est-ce que la nouvelle basilique peut apporter à la vie

    concrète de votre communauté chrétienne?

    C.D: Excellente question! Sincèrement, je ne crois pas que cette dignité

    - comme le nomme le document de Rome - va changer beaucoup de choses. Nous

    n’allons pas attrapé la grosse tête à cause de la basilique. J’y vois plutôt la confirmation et le renforcement de la pastorale que nous essayons

    d’animer au coeur de Lausanne, tous ensemble, prêtres, mais aussi religieuses et laïcs. Nous allons nous engager encore davantage pour que Notre-Dame

    soit un centre de rayonnement chrétien au service de toute l’agglomération,

    avec un esprit d’accueil envers tous ceux qui passent dans et autour de

    notre église. Ils sont nombreux et variés. Nous le ferons dans une profonde

    communion de prière avec le pape qui préside au service de l’unité et à la

    diffusion de l’Evangile dans notre Eglise catholique. Avoir une basilique

    pour église nous relie davantage à l’Eglise et aux églises de Rome. J’ajoute une chose, même si c’est difficile à comprendre et aussi à expliquer

    pour des non-catholiques: je souhaite que cet événement soit perçu comme un

    hommage que le pape rend non seulement à notre Eglise, mais aussi à toute

    la population de la ville de Lausanne et du canton de Vaud. Ce serait magnifique si, peu à peu, notre basilique était regardée ainsi. Dans cette

    intention, j’ai informé des démarches en cours les autorités de notre ville

    et de notre canton en février dernier déjà.

    Avez-vous déjà pensé à une fête spéciale pour marquer l’événement?

    C.D: Il y aura certainement une célébration, mais c’est à notre évêque

    de décider, en lien avec les instances de notre Eglise dans le cantons de

    Vaud et en ville de Lausanne. Notre paroisse sera heureuse de collaborer,

    bien sûr. Je voudrais pour ma part que la fête soit belle, mais simple et

    ouverte à tous. Nous ne céderons pas aux sirènes d’un triomphalisme désuet.

    Ce sera une vraie "fête d’Eglise" dans l’esprit du concile Vatican II, probablement à l’occasion de la fête de l’Immaculée Conception en décembre

    prochain. (apic/eem/siv/ak).

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