Vatican : rencontre des évêques allemands avec la curie (141189)
Rome, 14novembre(APIC/CIP) Des divergences de vues sont apparues entre le
cardinal Ratzinger et le cardinal Wetter à propos des théologiens et du rôle de ces derniers, au cours de la deuxième journée de la visite des évêques allemands au Vatican. Cette journée a en outre été marquée par un incident. Le porte-parole de la Conférence des évêques allemands n’a pas eu
accès à la salle de presse du Vatican, alors que le directeur de celle-ci,
Joaquim Navarro Valls, s’est vu reprocher par les journalistes son incapacité de les renseigner avec précision sur l’Eglise en Allemagne .
On a craint un certain refroidissement de l’atmosphère après l’intervention du cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la
doctrine de la foi. Ce dernier a, en effet, parlé de "distorsion dans les
rapports entre le magistère pontifical et la théologie de langue allemande", puis a dénoncé une certaine "tendance de la théologie à prendre ses
distances par rapport à l’Eglise".
Le cardinal Ratzinger a en outre dit sa crainte que la théologie devienne dans l’Eglise "un puissant facteur anticlérical". Il s’est aussitôt mis
à montrer du doigt "l’affaiblissement du profil spirituel de la théologie".
Observant la spécialisation croissante des théologiens et l’accroissement
des postes d’enseignement ainsi que des instituts de formation, le cardinal
Ratzinger a même plaidé pour de "sages économies" en la matière en insistant de plus sur la nécessité de repenser le rôle des séminaires diocésains.
Le cardinal Friderich Wetter, qui a justement succédé au cardinal Ratzinger à l’archevêché de Munich, n’a pas partagé le point de vue de son
prédécesseur. Il a au contraire défendu les professeurs de théologie ouestallemands contre le reproche facile selon lequel la plupart d’entre eux seraient "animés par un esprit anticlérical" et auraient la manie de s’opposer à tout bout de champ à l’autorité du magistère. Non, a insisté le cardinal Wetter, "la très grande majorité des professeurs de théologie en Allemagne vivent en relation étroite avec l’Eglise et ils la servent dans la
recherche, dans l’enseignement et dans l’engagement qui en dérive".
De leur côté, les informateurs religieux accrédités au Vatican se sont
plaint de la politique d’information du Vatican sur cette importante rencontre d’évêques. Le porte-parole de l’épiscopat allemand n’a même pas eu
accès à la salle de presse du Vatican. Quant au directeur de la salle de
presse du Vatican, Joaquin Navarro Vals, qui participait aux rencontres de
l’épiscopat allemand, il s’est vu reprocher par les journalistes d’être incapable de les renseigner avec précision et aux moyens de sources sur la
situation de l’Eglise en Allemagne, dont il n’est pas familier.
Transmission de la foi dans une société sécularisée
Les questions portant sur l’enseignement de la religion dans les écoles
et sur la catéchèse paroissiale ont d’autre part été au centre des entretiens des évêques allemands dès le début de leur deuxième journée de rencontre au Vatican. Le texte du catéchisme, a précisé le cardinal Antonio
Innocenti, préfet de la Congrégation romaine pour le Clergé, devrait
communiquer la foi que l’Eglise vit en toute pureté et orthodoxie.
Au nom de l’épiscopat allemand, l’archevêque de Paderborn, Mgr Johannes
Joachim Degenhardt, a expliqué qu’en matière d’éducation religieuse, la
collaboration de jadis entre la famille, l’école et la paroisse n’existait
presque plus. La plupart des enfants catholiques ouest-allemands ont grandi
dans des familles dont la pratique religieuse "est réduite ou carrément
nulle". Il y a cependant des perspectives et des évolutions porteuses
d’espoirs, a relevé l’archevêque. Et de citer, pour commencer, le fait que
la plupart des enfants et des jeunes peuvent, grâce au cours de religion
qu’ils reçoivent, entendre parler de l’Evangile et de la foi de l’Eglise.
En fait, les difficultés que rencontrent la catéchèse et l’enseignement
de la religion en Allemagne font partie d’une crise générale qui affecte la
transmission de la foi dans une société sécularisée. L’archevêque a montré,
par ailleurs, que la formation et le sens ecclésial des professeurs de religion étaient de loin plus poussés que chez la plupart des catholiques :
87% de ces professeurs participent à l’eucharistie dominicale et nombre
d’entre eux exercent des responsabilités en paroisse.
Outre l’enseignement de la religion, les évêques allemands ont également
fait le point sur l’évolution des services pastoraux au cours des dernières
années. L’évêque d’Osnabrück, Mgr Ludwig Averkamp, a ainsi montré au pape
et aux représentants de la curie romaine entourant les évêques allemands,
que le nombre des prêtres en République fédérale d’Allemagne était passé en
dix ans de 21’020 à 19’758. Mais, dans le même temps, s’est empressé
d’ajouter Mgr Averkamp, le nombre des diacres permanents et des
collaborateurs laïcs n’a cessé de s’accroître. L’évêque a notamment donné
le chiffre des travailleurs pastoraux, qui sont passés de 284 à 1’339 en
dix ans, bien que tout le monde n’ait pas encore compris que des animateurs
pastoraux laïcs et rémunérés ne sont pas des "prêtres de substitution" mais
ont un rôle spécifique à jouer dans l’animation de la vie ecclésiale.
(apic/cip/kna/bd/pr)