Jean Paul II répond à "Il Tempo"
Rome, 9mai(APIC/CIP) "Au fil du temps, j’ai perçu toujours plus clairement l’utilité de ces voyages apostoliques pour la mise en oeuvre du Concile": c’est la leçon que tire Jean Paul II de ses 41 visites pastorales hors
d’Italie, dans une interview que publie le 9 mai le quotidien romain "Il
Tempo" (centre-droite). Cette interview a été réalisée dans l’avion qui ramenait le pape de son récent périple en Afrique.
Jean Paul II s’en explique: "En Europe, en particulier, s’étaient créées
deux tendances, qui ont produit de mauvais fruits". Soit un courant conservateur, "symbolisé par Mgr Lefebvre, mais pas uniquement par lui", et un
courant progressiste, "qui misait déjà sur le Concile Vatican III". Le pape, qui estime avoir évité de se laisser entraîner dans la confrontation
entre "droite" et "gauche", pense que ses pèlerinages ont servi à introduire un élément d’équilibre dans la réalisation des réformes conciliaires et
à faire en sorte que ces deux tendances, "bien que pas entièrement disparues, ont aujourd’hui été mises en marge".
Jean Paul II ne nie pas que les rencontres avec les autorités civiles
qui figurent au programme de ses voyages sont parfois délicates et qu’il
s’est sans doute trouvé en face de "pécheurs". Mais faut-il les éviter? Le
pape est d’avis qu’on ne peut ignorer la dimension politique de la vie,
spécialement de la vie d’une nation. "Quand je me suis rendu pour la première fois en Afrique, ajoute-il, j’étais heureux de voir des peuples qui,
quelques années auparavant, étaient encore soumis au pouvoir colonial,
jouir de leur souveraineté. Probablement une souveraineté imparfaite, devant encore être traduite dans des principes démocratiques, mais du moins
ces peuples étaient-ils maîtres chez eux".
Un dialogue
"Mon origine, l’histoire de mon peuple, l’expérience de ma patrie m’ont
facilité beaucoup de choses, dit encore Jean Paul II, (...) surtout à
comprendre les situations d’injustice" dans le tiers-monde.
Certains n’en critiquent pas moins ses voyages. Jean Paul II ne l’ignore
pas, mais il pense que, le plus souvent, on peut attribuer ce fait à "des
préjugés". "En Occident, il y en a qui disent: "Le pape ne devrait pas participer à autant de célébrations, rassembler autant de monde, car c’est du
triomphaliste, un obstacle sur la route de l’oecuménisme. Ce serait bien
mieux s’il venait pour dialoguer". "Mais c’est ce que je fais chaque jour
avec les personnes que je rencontre, poursuit Jean Paul II. Je le fais
précisément lors de mes visites apostoliques... Ne s’agit-il pas là d’un
dialogue? La préparation d’un voyage, le voyage lui-même ne sont-ils un
dialogue?" Le pape se refuse à faire un bilan de ses voyages. Il préfère
regarder vers le futur: "Je continuerai tant que la Providence m’en donnera
les forces". (apic/cip/jt/pr)