Vingt ans après "Populorum progressio", Jean Paul II
actualise l’enseignement social du pape Paul VI
Rome, 19février(APIC) Le pape Jean Paul II a saisi l’occasion du vingtième anniversaire de l’encyclique de Paul VI "Populorum progressio" sur le
développement des peuples pour actualiser l’enseignement social du pape
Paul VI. Dans la septième encyclique de son pontificat, intitulée "Sollicitudo rei sociali", présentée vendredi par le cardinal Roger Etchegaray,
président de la Commission pontificale "Justice et Paix", le pape fait une
analyse approfondie de la situation économique et politique actuelle et indique que la division du monde en deux blocs opposés, Est et Ouest, est
l’une des causes principales du sous-développement, précisément en raison
de ses conséquences dans les rapports Nord-Sud.
Le pape dénonce également la production, l’accumulation et le commerce
des armes comme un facteur extrêmement négatif pour le développement.
L’analyse des obstacles d’ordre moral au développement conduit Jean Paul II
à une lecture théologique des problèmes actuels du développement considéré
uniquement sous l’angle matériel, ce qui a pour conséquence le surdéveloppement au Nord et le sous-développement au Sud. Le pape dénonce alors "le
désir exclusif de profit et la soif de pouvoir absolu" en tant que péchés
personnels qui mènent à des "structures de péché", provoquant à leur tour
d’autres péchés, ce qui rend parfois très difficile le vrai changement des
mentalités ou la conversion qu’exige le développement authentique.
La solidarité, un devoir moral
A la lumière de l’enseignement toujours valable de l’Encyclique "Populorum progressio" en matière de développement, considéré dans ses diverses
dimensions économiques, sociales, culturelles et morales, le pape a voulu
examiner à vingt années de distance la situation du monde dans l’intention
d’actualiser et d’approfondir encore la notion de développement, mais surtout de montrer à tous, chrétiens ou non, l’urgence et la nécessité d’un
engagement solidaire pour un développement à la mesure de l’homme, présenté
comme un "devoir moral" fondé sur l’interdépendance entre les hommes et les
peuples. Par cette encyclique, le pape veut encore réaffirmer la continuité
de la doctrine sociale de l’Eglise en même temps que son renouvellement
continuel.
Capitalisme et communisme renvoyés dos à dos
Cette nouvelle encyclique renvoie dos à dos capitalisme et collectivisme, en dénonçant notamment "l’étouffement du droit à l’initiative économique", un droit important pour l’individu. Sous prétexte d’égalité, les
systèmes collectivistes détruisent "la personnalité créative du citoyen" et
il en résulte au lieu de la justice sociale souhaitée un "nivellement par
le bas", "la soumission à l’appareil bureaucratique". Ainsi, tout le monde
se retrouve "dans une position de sujétion quasi absolue, semblable à la
dépendance traditionnelle de l’ouvrier-prolétaire par rapport au capitalisme". Le document rappelle que la doctrine sociale de l’Eglise adopte une
attitude critique vis-à-vis du capitalisme libéral aussi bien que du
collectivisme marxiste.
En effet, se demande l’encyclique, "du point de vue du développement, on
se demande spontanément de quelle manière ou dans quelle mesure ces deux
systèmes sont capables de transformation ou d’adaptation propres à favoriser ou à promouvoir un développement vrai et intégral de l’homme et des
peuples dans la société contemporaine". Et d’affirmer que "chacun des deux
blocs cache au fond de lui, à sa manière, la tendance à l’impérialisme...
ou à des formes de néo-colonialisme". Cette "situation anormale", cette division actuelle du monde est un "obstacle direct" à la véritable transformation des conditions de sous-développement dans les pays en voie de développement ou moins avancés.
Mais le pape souligne des aspects positifs de la situation actuelle, notamment la prise de conscience et la préoccupation de la défense des droits
de l’homme qui mobilisent de si nombreuses associations, mais qui n’est pas
seulement le fait des individus, mais aussi des nations et des peuples. On
voit se développer simultanément - malgré les divisions et les conflits qui
bouleversent le monde - la conviction d’une "interdépendance radicale" et
par conséquent "la nécessité d’une solidarité qui l’assume et la traduise
sur le plan moral". Aujourd’hui, plus peut-être que par le passé, souligne
le pape, les hommes se rendent compte qu’ils sont liés par un destin commun
qu’il faut construire ensemble si l’on veut éviter la catastrophe pour
tous". Le pape salue également le souci de l’écologie qui se développe actuellement dans le monde. Le document affirme encore clairement que le
"vrai développement" doit prendre en compte la "nature transcendante de
l’homme".
Si l’Eglise n’a pas de "solutions techniques" à offrir face au problème
du sous-développement, et si elle n’offre pas de systèmes ou de programmes
économiques ou politiques, elle s’affirme cependant "experte en humanité"
et c’est cela qui la pousse nécessairement à étendre sa mission religieuse
aux divers domaines ou les hommes et les femmes déploient leur activité à
la recherche du bonheur, conformément é leur dignité de personnes. La
doctrine sociale de l’Eglise, précise l’encyclique, n’est pas une "troisième voie" entre le capitalisme libéral et le collectivisme marxiste, mais
elle a pour but d’orienter le comportement chrétien. C’est pourquoi elle
n’entre pas dans le domaine de l’idéologie, mais de la théologie et particulièrement de la théologie morale et l’enseignement et la diffusion de
cette doctrine font partie de la mission d’évangélisation de l’Eglise.
Le pape mentionne cependant les réformes nécessaires dans le domaine du
système commercial et du système monétaire et financier international,
"dont on s’accorde à reconnaître aujourd’hui l’insuffisance". Pour réformer
le système actuel, le pape fait appel à des "mesures inspirées par la solidarité et l’amour préférentiel des pauvres qu’exigent les circonstances et
que requiert surtout la dignité de la personne humaine, image
indestructible de Dieu créateur, image identique en chacun de nous".
(apic/be)