Vatican: Pas de progrès oecuménique sans rencontre (110593)
Une certaine lassitude oecuménique, déplore le cardinal Cassidy
Rome, 11mai(APIC) Il faut diffuser davantage l’esprit oecuménique, dont
le rôle dans la formation sacerdotale a été sous-estimé par le Synode des
évêques de 1990, a indiqué le cardinal Edward Idris Cassidy, président du
Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens. Ouvrant lundi soir la 5e réunion des représentants des Commissions épiscopales nationales pour l’oecuménisme et des Synodes des Eglises orientales catholiques,
Mgr Cassidy a déploré une certaine lassitude au plan oecuménique.
Au programme de cette rencontre organisée par le Conseil pontifical pour
l’unité des chrétiens - dont la précédente édition remonte à 1985 - et qui
réunit cette année une centaine de délégués, figure notamment un examen de
l’activité des commissions oecuméniques et de la formation oecuménique dans
les séminaires et Facultés de théologie. Une session est prévue pour les
relations avec le judaïsme, tandis qu’une journée sera consacrée à la façon
de réagir aux situations de conflits dans le domaine oecuménique. C’est
également à cette occasion que sera présenté le nouveau Directoire oecuménique, déjà approuvé par le pape et dont la publication est imminente. Il
s’agit d’une refonte de l’ancien Directoire, publié en deux étapes, en 1967
et 1970.
Le cardinal Cassidy a constaté une certaine lassitude qui encourage "la
tendance à s’accommoder de quelque chose de moins que la pleine unité visible" et à se contenter d’une entente s’exprimant uniquement dans l’action
commune, surtout dans des domaines comme les droits de l’homme, la recherche de la paix et de la justice et la sauvegarde de l’environnement. Il a
relevé que le Catéchisme de l’Eglise catholique récemment publié considère
lui aussi l’oecuménisme comme un élément essentiel de la formation de base
de tous les fidèles catholiques.
L’importance de la "réception"
Notamment en ce qui concerne l’attitude catholique, le cardinal a indiqué qu’il est "extrêmement important que l’on voie que nous prenons très au
sérieux le degré de communion que nous partageons déjà avec d’autres chrétiens et que notre attitude corresponde à cette réalité théologique".
Reprenant les idées maîtresses du discours prononcé par le pape devant
l’assemblée plénière du Conseil pour l’unité des chrétiens en 1991, le cardinal Cassidy est revenu sur l’importance des dialogues théologiques, "même
au niveau local", et sur le problème de la "réception" des accords, qui est
"l’un des défis majeurs auxquels le mouvement oecuménique doit faire face".
Car, "sans réception, le dialogue manque de substance et risque de rester
un simple exercice intellectuel", a-t-il indiqué, avant de rappeler que le
dialogue catholique-luthérien a préparé un document sur la stratégie de
réception.
Visibilité
Toujours dans la foulée de Jean Paul II, le cardinal a relevé l’importance des contacts et des relations fraternelles. "Je voudrais simplement
souligner le fait que, sans cette base, on n’avancera pas beaucoup dans le
dialogue théologique, ni à vrai dire dans le mouvement oecuménique lui-même. Ces relations constituent le fondement sur lequel se construit tout le
reste... La célébration de la communion que nous partageons déjà et les efforts pour approfondir cette communion devraient être des aspects visibles
distinctifs de notre engagement oecuménique. Une manière de rendre cette
communion plus visible est de faire participer des délégués d’autres Eglises et communautés ecclésiales à des activités catholiques d’une certaine
importance".
Le cardinal Cassidy a évoqué ici les observateurs du Concile Vatican II
et les délégués fraternels aux synodes des évêques (et au synode diocésain
de Rome). Un autre moyen de "rendre plus visible" la communion qui existe
déjà est la participation de l’Eglise catholique aux conseils nationaux
d’Eglises et autres organismes analogues, même si "la question exige du
discernement, il faut tenir compte des situations locales".
Le cardinal a déploré que dans trop de pays la pratique de la prière en
commun se limite à la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens. "Là
aussi, a-t-il déclaré, il faut suivre l’exemple du pape, avec ses deux rencontres d’Assise et les célébrations de prière à St-Pierre avec les luthériens suédois et finlandais, en 1991, et lors du synode sur l’Europe". Dans
ce contexte, il a loué l’activité exemplaire de la Société oecuménique de
la Bienheureuse Vierge Marie, un groupe anglicano-catholique né en GrandeBretagne, ouvert aujourd’hui à des membres d’autres confessions et présent
désormais un peu partout dans le monde anglo-saxon.
A propos du dialogue interreligieux et avec les sectes
Mgr Cassidy est revenu ensuite sur l’importance de la formation: "Le
travail de formation est tellement important qu’une grande partie du nouveau Directoire oecuménique lui est consacrée". Le cardinal a souhaité que
l’on distingue plus nettement, au plan local, oecuménisme et dialogue interreligieux. La même distinction est de rigueur entre oecuménisme et dialogue avec les juifs, auxquels une journée de la rencontre sera consacrée.
A propos du dialogue interreligieux et avec les sectes, le cardinal a
également invité au discernement: "Dans certaines régions du monde, a-t-il
observé, l’action oecuménique de l’Eglise est contrecarrée par l’activité
de ces groupes sectaires qui ne veulent pas entendre parler d’oecuménisme.
Nous devons cependant prendre garde de ne pas créer de confusion en mettant
dans une même catégorie, sous l’étiquette de "sectes", des groupes qui ne
méritent pas cette appellation". Il ne suffit pas qu’un groupe soit intolérant ou agressif pour qu’on le qualifie de "secte". Il vaut mieux voir s’il
modifie ses sources doctrinales, a-t-il ajouté, en visant par exemple "ceux
qui ajoutent à la Bible d’autres livres révélés, d’autres messages prophétiues, ou qui retranchent de la Bible certains de ses livres proto-canoniques ou en altèrent radicalement le contenu". (apic/sv/cip/be)