Vatican: Ouverture de la conférence internationale sur le sida (131189)
Rome, 13novembre(APIC) "Vivre, pourquoi?": cette interrogation formulée
de façon lapidaire, est posée à une pléiade de scientifiques, dont plusieurs Prix Nobel, réunis au Vatican à l’initiative du Conseil pontifical pour
la pastorale des services de santé. Une formule qui, pour le Saint-Siège,
résume bien les problèmes complexes liés à l’épidémie actuelle du sida, qui
est au centre des travaux de cette quatrième conférence internationale organisée par le dicastère romain
Parmi les nombreux experts présents - médecins, chercheurs, moralistes,
représentants des Eglises, etc, dont une trentaine prendront la parole, figurent notamment les deux scientifiques qui ont découvert le virus du sida,
les professeurs Montagnier (France) et Gallo (Etats-Unis) ainsi que le dominicain Suisse Georges Cottier, Genève et Fribourg, secrétaire général de
la commission théologique internationale. La conférence, dont Les travaux
se poursuivront durant trois jours, a été ouverte par le cardinal John
O’Connor, archevêque de New York et se clôturera par une intervention de
Jean Paul II.
Au cours de la première intervention, Mgr Fiorenzo Angelini, président
du Conseil pontifical organisateur, a souligné la relation entre la maladie
et le comportement humain, que conditionne "une sérieuse crise des valeurs
et le scandale des injustices sociales". "Tous - représentants du monde
scientifique, culturel, politique, social, religieux... - éprouvent la nécessité de partir de certains préalables de nature éthique, qui renvoient
au problème existentiel du sens de la vie humaine", a-t-il déclaré.
Selon le prélat, les efforts des scientifiques doivent dès lors aller de
pair avec le souci de la formation des consciences, spécialement auprès des
jeunes générations. Il a relevé à ce sujet que "un comportement adulte et
responsable sera toujours la protection la meilleure et la plus efficace
contre le sida".
Le signe des temps
Autre intervention durant cette journée: celle de Mgr John O’Connor. Ce
dernier a notamment souligné le devoir qui s’impose à tous de remettre en
évidence le caractère sacré de la personne, face au pragmatisme qui caractérise notre époque. "Notre responsabilité essentielle, a-t-il ajouté, est
l’honnêteté. La vérité, à laquelle le malade a droit, ne se trouve pas dans
une campagne en faveur des préservatifs, ni dans la mise à disposition des
toxicomanes de seringues".
Secrétaire de la Commission théologique internationale, le Père Georges
Cottier a pour sa part présenté le sida comme un "signe des temps". "Concevoir des politiques de santé publique en faisant abstraction du caractère
moral de la question, a-t-il indiqué, signifie céder à un mirage technocratique, et donc par là même faillir dès le départ à l’objectif prévu... Ce
qui est essentiel, c’est qu’au-delà de la réponse bio-médicale, on assiste
à la défaite de l’idéologie permissive, à la perte du sens du péché, à la
banalisation du concept de la sexualité et de tout ce qui est en lien avec
le don de la vie".
Quant à Mgr Carlo Caffara, président de l’Institut Jean Paul II pour les
études sur le mariage et la famille (Université pontificale du Latran), il
a affirmé que la vie sexuelle, dans le cadre du rapport conjugal, doit être
interrompue au cas où l’un des deux conjoints a contracté le virus. Seules
exceptions, selon Mgr Caffara: le risque de compromettre l’harmonie familiale, celui de tomber dans l’incontinence ou encore de commettre un adultère. Quant au recours aux contraceptifs, il est moralement grave, car "il
implique une volonté de contraception et/ou une condition contraire à
l’état conjugal", a-t-il conclu avant de condamner les campagnes en faveur
de la diffusion des préservatifs.
Pour sa part, Jonathan Mann, directeur du programme spécial sur le sida
de l’Organisation Mondiale de la Santé à Genève (OMS), a affirmé qu’il y
aura à la fin de l’année 600’000 personnes malades du sida au niveau mondial, cependant que les personnes porteuses du virus seront entre 6 et 8
millions. Il a relevé que ces chiffres pourraient se multiplier par 9 pour
les malades durant la prochaine décennie et doubler voire tripler pour celles atteintes du virus.
Cette première journée a encore été marquée vers midi par un incident.
Un prêtre américain a en effet interrompu brièvement les travaux de la conférence en demandant à prendre la parole et en brandissant une pancarte en
guise de protestation. Pancarte sur laquelle il avait écrit "l’Eglise a le
sida". L’intrus à très vite été maîtrisé par les hommes chargés de la sécurité au Vatican. (apic/jt/pr)