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    Vatican: lettre apostolique "Euntes in mundum" de Jean Paul II (220388)

    à l’occasion du Millénaire du Baptême de la Rus’ de Kiev

    Rome, 22 mars (APIC/CIP) Le Millénaire du Baptême de la Rus’ de Kiev "n’est

    pas seulement un rappel historique et l’occasion de préparer des études

    scientifiques ou des bilans, mais il nous stimule aussi, et surtout, à orienter notre sensibilité pastorale et oecuménique du passé vers l’avenir, à

    approfondir notre nostalgie de l’unité et à intensifier notre prière".

    C’est ce qu’écrit Jean Paul II dans une lettre apostolique publiée mardi 22

    mars à l’occasion du Millénaire du Baptême de la Rus’ de Kiev.

    Ce bref document - une petite quarantaine de pages, réparties en six

    chapitres - est intitulé "Euntes in mundum": "Allez dans le monde entier",

    enseignez toutes les nations, baptisez-les...: les paroles d’envoi en mission adressées aux apôtres par le Christ ressuscité. Le pape, en effet, y

    rend grâce à Dieu pour l’appel à la foi des fils "de nombreux peuples et

    nations qui ont accueilli l’héritage chrétien du baptême administré à

    Kiev", avant tout les nations russe, ukrainienne et biélorusse. Un héritage qui "a rejoint, au-delà de l’Oural, de nombreux peuples de l’Asie septentrionale, jusqu’aux côtes du Pacifique, et même plus loin..., jusqu’aux

    extrémités du monde".

    Par ce baptême, la Rus’ de Kiev est entrée dans le domaine du salut, elle est elle-même devenue ce domaine, souligne le pape : "son baptême a été

    le point de départ d’une vague nouvelle de sainteté. Il est devenu, dans

    l’effort missionnaire de l’Eglise, un moment significatif, une étape nouvelle et importante dans le développement du christianisme."

    L’inculturation slave - une contribution originale

    Dans le deuxième chapitre de sa lettre, le pape constate que si la nouvelle Eglise reçut de Constantinople l’ensemble du patrimoine de l’Orient

    chrétien, avec ses richesses propres, le caractère byzantin de cet héritage

    prit aussi une dimension nouvelle: c’est "l’inculturation slave" de l’Evangile et du christianisme, oeuvre des deux frères et apôtres du monde slave

    que furent Cyrille et Méthode. Bien que conscients de la supériorité culturelle et théologique de l’héritage gréco-byzantin, ceux-ci eurent le courage de se servir, pour l’annonce de la foi, de la langue et de la culture

    slaves.

    La langue slave, poursuit le pape, a été un instrument important non

    seulement pour l’évangélisation, mais aussi pour le développement du patrimoine culturel de ces peuples, "devenu dans beaucoup de domaines une richesse pour la vie et la culture de tout le genre humain". "Il convient en

    effet, poursuit Jean Paul II, de souligner très nettement, par fidélité à

    la vérité historique, que selon la conception des deux Saints frères de

    Thessalonique, on introduisait dans la Rus’, avec la langue slave, le style

    de l’Eglise byzantine qui était encore en pleine communion avec Rome. Et

    cette tradition a été développée par la suite d’une manière originale et

    peut-être unique, à partir de la culture locale, et aussi grâce aux relations avec les peuples occidentaux voisins."

    Le pape insiste ici sur le fait que le Baptême de la Rus’ a eu lieu

    alors que l’Eglise était indivise - "un signe et un motif d’espérance". Il

    souligne la conscience chez Vladimir de l’unité de l’Eglise et de l’Europe:

    il entretient des rapports non seulement avec Constantinople, mais avec

    l’Occident et avec Rome, dont l’évêque était reconnu comme celui qui présidait à la communion de toute l’Eglise. Le pape signale ici l’attribution

    par le Pape Grégoire VII du titre royal aux Princes de Kiev, une reconnaissance de la souveraineté acquise par la Principauté de Vladimir. Celui-ci,

    "grâce au Baptême de 988, avait aussi consolidé politiquement son Etat...

    son entrée dans l’Eglise et l’introduction de sa Principauté dans l’orbite

    des nations chrétiennes fut un geste prophétique qui lui valut le titre de

    Saint et de Père des Nations qui trouverent leur origine dans cette Principauté".

    Kiev devint ainsi "un carrefour privilégié de cultures différentes, un

    terrain de pénétration religieuse de l’Occident aussi, comme l’atteste le

    culte de certains Saints vénérés dans l’Eglise latine", un centre important

    de vie ecclésiale et de rayonnement missionnaire.

    Dans un troisième chapitre consacré à "la foi et la culture", le pape

    montre que le Baptême de la Rus’ de Kiev a marqué le commencement d’un long

    processus historique ou s’est développée "la figure originale, byzantinoslave, du christianisme, dans la vie de l’Eglise comme dans la vie de la

    société des nations qui y trouvent, au cours des siècles et aujourd’hui encore, le fondement de leur identité spirituelle".

    Jean Paul II fait allusion à un patrimoine commun, né de la rencontre

    entre l’Orient et l’Occident, rencontre facilitée par l’héritage de Cyrille

    et Méthode, mais qui est aussi le fruit d’une contribution originale apportée par les Slaves orientaux, spécialement dans les domaines de la vie

    spirituelle et de la dévotion. A cette contribution, dit le pape, l’Eglise

    accorde "le même respect et le même amour qu’elle nourrit pour le riche patrimoine de tout l’Orient chrétien".

    Unité de l’Eglise et unité de l’Europe

    C’est dans le quatrième chapitre, intitulé "vers la pleine communion",

    que le pape invite à saisir l’occasion de ce Millénaire pour "approfondir

    notre nostalgie de l’unité".

    L’Eglise catholique et l’Eglise orthodoxe, écrit-il, "toutes deux décidées aujourd’hui plus que jamais à retrouver la communion autour de la table

    eucharistique, malgré les difficultés nées de malentendus séculaires, tournent leurs regards, avec une attention et une espérance particulières, en

    ce Millénaire, vers tous les fils et filles spirituels de Saint Vladimir".

    Jean Paul II note ici que "le retour progressif de l’harmonie entre Rome et

    Constantinople, de même qu’entre les Eglises qui demeurent en pleine communion avec ces centres ne pourra qu’exercer une influence positive sur les

    héritiers orthodoxes et catholiques du Baptême de Kiev". "Et comment ne pas

    évoquer les nombreuses rencontres bilatérales si riches de promesses par la

    densité de l’échange des dons spirituels de chacun, nourris par des traditions si diverses et si fécondes ?"

    Jean Paul II met le doigt sur l’enjeu de cette communion retrouvée:

    "Quel bienfait ce serait pour tout le Peuple de Dieu, si les héritiers orthodoxes et catholiques du Baptême de Kiev, émus par une nouvelle prise de

    conscience de la communion initiale, savaient en relever le défi et redire

    aux chrétiens de notre temps le message oecuménique qui en émane, les appelant à presser leur marche vers le but de l’unité plénière voulue par le

    Christ. En outre, cela exercerait une influence bienveillante également sur

    le processus de détente dans le domaine civil, qui suscite tant d’espérance

    parmi ceux qui travaillent pour la convivialité pacifique dans le monde."

    Jean Paul II revient sur ce dernier aspect dans un cinquième chapitre

    consacré à "l’unité de l’Eglise et l’unité du continent européen". Il parle

    à ce propos du "prophétisme oecuménique" particulier qui caractérise la

    mission des Saints Cyrille et Méthode. Bien qu’ils aient agi à une période

    ou la chrétienté était indivise: ils ont pressenti que les nouvelles Eglises, face aux divergences toujours plus marquées, devaient sauver et renforcer la communion totale et visible de l’unique Eglise du Christ. Naissant sur un terrain marqué par l’originalite des divers peuples et cultures, elles devaient garder entre elles l’unité essentielle.

    "L’Europe est chrétienne dans ses racines mêmes, ajoute le pape. Les

    deux formes de la grande tradition de l’Eglise, occidentale et orientale,

    les deux formes de culture s’intègrent mutuellement comme les deux "poumons" d’un seul organisme. Tel est l’éloquence du passé. Tel est l’héritage

    des peuples qui vivent sur notre continent." Cet héritage est, en cette fin

    du XXe siècle, un défi particulièrement pressant à l’unité des chrétiens,

    insiste Jean Paul II, invitant ceux-ci à être conscients des sources religieuses et morales de ce défi.

    Après avoir souligné que "le désir de l’unité et de la paix, le désir de

    surmonter les différentes barrières et de résoudre les conflits (...) deviennent un signe stimulant en notre temps", le pape dit sa conviction

    qu’"il n’existe de paix véritable que fondée sur un processus d’unification

    tel que chaque peuple puisse choisir, dans la liberté et la vérité, les

    voies de son développement". Un tel processus est impossible sans "un accord sur l’unité primitive et fondamentale qui se manifeste dans des formes

    diverses, non pas antagonistes, mais complémentaires". "La voie vers la

    paix véritable peut être aplanie de manière incomparable dans les esprits,

    les consciences et les coeurs humains, grâce à la présence et au service de

    ce signe de paix qu’est - par sa nature - l’Eglise obéissant au Christ et

    fidèle à sa vocation".

    Et, pour Jean Paul II, "c’est la vocation de l’Europe, née sur des fondations chrétiennes, d’avoir une sollicitude particulière pour la paix dans

    le monde entier" et c’est donc pour elle une nécessité de "coopérer avec

    constance et dans l’unanimité avec toutes les nations en vue de la paix et

    du bien auxquels chacun des hommes et chacune des communautés humaines ont

    un droit sacré".

    Une joie partagée

    En concluant sa lettre, Jean Paul II associe l’Eglise catholique à la

    joie du Millénaire. "Notre participation spirituelle à la solennité du

    Millénaire, écrit-il, concerne le Peuple de Dieu tout entier, fidèles et

    pasteurs, qui vivent sur ces terres sanctifiées voici mille ans..."

    Le pape s’unit à "tous les héritiers de ce Baptême, sans tenir compte de

    leur confession religieuse, de leur nationalité ou du lieu ou ils habitent": catholiques et orthodoxes, fidèles des nations russe, ukrainienne et

    biélorusse, ceux qui vivent dans leur patrie comme aussi ceux qui résident

    dans d’autres parties du monde. Mais il ajoute: "C’est là assurément et

    d’une manière spéciale la fête de l’Eglise orthodoxe russe, qui a son

    centre à Moscou et que nous appelons avec joie "Eglise soeur". C’est elle

    qui a assumé en grande partie l’héritage de l’antique Rus’ chrétienne, en

    se liant à l’Eglise de Constantinople et en lui restant fidèle. Cette Eglise, comme les autres Eglises orthodoxes, a de vrais sacrements, et particulièrement - en vertu de la succession apostolique - l’eucharistie et le sacerdoce grâce auxquels elle reste unie à l’Eglise catholique par des liens

    très étroits."

    Jean Paul II voit dans l’Année Mariale une expression particulière de la

    participation de l’Eglise catholique au Millénaire de la Rus’ et de son

    désir ardent d’arriver à la communion pleine et parfaite avec les Eglises

    soeurs orientales. Soulignant dans un sixième et dernier chapitre le rôle

    de Marie, il reprend la suggestion faite dans son encyclique "Redemptoris

    Mater"(1987) : "Pourquoi, alors, ne pas la considérer tous ensemble comme

    notre Mère commune qui prie pour l’unité de la famille de Dieu, et qui nous

    "précède" tous à la tête du long cortège des témoins de la foi en l’unique

    Seigneur, le Fils de Dieu, conçu dans son sein virginal par l’Esprit

    Saint?" (apic/cip/bd)

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