Vatican : le pape salue l’Accord de Washington (100188)
Rome, 10janvier(APIC/CIP) Jean Paul II a reçu en audience, le samedi 9
janvier, le corps diplomatique accredité auprès du Saint-Siège, à l’occasion du Nouvel An.
Après avoir entendu l’adresse d’hommage prononcée par le doyen du corps
diplomatique, M. Joseph Amichia, ambassadeur de Côte d’Ivoire, le pape a
prononcé - en français - un long discours dans lequel il a évoqué les
événements marquants de la vie internationale au cours de l’année écoulée.
Subsistance de nombreux conflits
Avant d’en venir aux "points saillants" de l’Accord de Washington sur le
désarmement et le 40e anniversaire de la Déclaration universelle des Droits
de l’Homme, qui sera célébré en 1988, le pape a relevé qu’on ne peut
oublier "les durs conflits qui déchirent encore des peuples ou des régions
entières". Il a fait ainsi allusion à la guerre entre l’Iran et l’Irak, "ou
il apparaît urgent de mettre un terme à un combat inhumain, terriblement
destructeur, et disons absurde".
De même, l’Afghanistan "mérite de retenir tout autant l’attention, a-til poursuivi. (...) Depuis huit ans, nous assistons au drame de cette population dont la vie, autrefois paisible, subit des mutations incroyables et
des pertes humaines considérables".
A propos de l’Amérique Centrale, "ou les oppositions sanglantes perdurent et troublent gravement la paix dans plusieurs pays", le pape a dit son
souhait que les efforts en vue de rétablir la paix puissent trouver chez
tous les partenaires "une adhésion loyale et une application effective qui
ne néglige aucun des éléments, y compris le droit des populations à vivre
dans un régime librement choisi".
"Nous ne pouvons pas davantage oublier, a poursuivi le pape, tout le
Proche-Orient : les populations qui vivent sur la terre de Palestine, dans
un contexte politique et social toujours précaire; le Liban, ou la débacle
économique vient s’ajouter aux divisions et à l’insécurité."
Le pape a cité enfin les situations de conflit interne qui ensanglantent
tant de pays, comme l’Ethiopie, l’Angola, le Mozambique, le Sri Lanka, et
"qui vont parfois jusqu’à empêcher de secourir les populations qui meurent
de faim ou manquent des soins les plus élémentaires".
D’autres pays continuent de souffrir en silence "d’une situation injuste
qui lèse les aspirations d’une majorité des citoyens, comme au Cambodge, ou
même, bien souvent, d’une minorité... Le Saint-Siège, a déclaré le pape,
reste convaincu qu’il est possible, dans tous ces cas, de parvenir à une
solution sans que les belligérants s’en trouvent pour autant humiliés...
Puissent-ils, a souhaité Jean Paul II, avec l’appui pacifique des acteurs
de la vie internationale, faire preuve de courage pour trouver les chemins
qui mènent sans tarder à une paix véritable".
L’Accord de Washington : un point de départ, un point de non-retour
L’une des conditions pour parvenir à cette paix est, pour le pape, "la
volonté de mettre un terme à la course aux armements ou, mieux encore, le
désarmement effectif". A cet égard, l’Accord de Washington en vue de l’élimination des forces nucléaires de portée intermédiaire représente, aux yeux
du pape, "l’aboutissement d’efforts persévérants, en même temps qu’il
ouvre, pour la consolidation du processus du désarmement et l’avenir de la
paix, des perspectives encourageantes".
"Le désengagement nucléaire peut maintenant être poursuivi, a dit le pape, sans que les équilibres militaires globaux soient remis en cause, jusqu’à atteindre le niveau le plus bas compatible avec la sécurité des uns et
des autres... L’Accord est un point de départ plus encore qu’un point d’arrivée. Il a été l’occasion pour les deux signataires d’affirmer leur détermination à accélérer des négociations en cours sur les armes nucléaires balistiques, les plus menaçantes de toutes... Il importe non seulement
d’atténuer, mais d’écarter définitivement la menace de la catastrophe
nucléaire."
Il n’est pas moins urgent de procéder à l’élimination des armes chimiques, dans lesquelles le pape voit "des armes particulièrement cruelles et
indignes de l’humanité". Plus ardue encore "sera probablement la discussion
au sujet de la réduction de l’armement conventionnel et des armes nucléaires dites tactiques qui y sont liées".
Le pape a dit son espoir que "tous les pays, et spécialement les grandes
puissances, percevront que la crainte de la "destruction mutuelle assurée",
qui est au coeur de la doctrine de la dissuasion nucléaire, ne peut durablement constituer une base fiable pour la sécurité et pour la paix."
Jean Paul II a ici rappelé que "le Saint-Siège a toujours affirmé qu’une
dissuasion fondée sur l’équilibre de la terreur ne peut être envisagée comme une fin en soi, mais seulement comme une étape vers le désarmement progressif".
Revenant à l’Accord de Washington, le pape a souligné que celui-ci constitue "un point de non-retour". "Un retour à la course aux armements, a-til fait valoir, serait sans doute fatal pour tous."
Le droit et la justice, fondements de la paix
Jean Paul II a observé aussi que "le désarmement n’est pas toute la
paix, une fin en soi". La paix est aussi "la résolution pacifique des
différends entre les nations et la dynamique d’un ordre social et international fondé sur le droit et la justice".
"Il faut, a expliqué le pape, assurer les fondations de la paix en les
appuyant sur la sauvegarde des Droits de l’Homme, ainsi que des Droits des
Peuples... Il y a encore des peuples, a-t-il observé, qui ne voient pas reconnu leur droit à l’indépendance..., qui souffrent d’une tutelle, voire
d’une occupation".
"En deça de ces cas extrêmes, il faut encore, a dit le pape, tenir compte du souhait de plus en plus répandu et légitime que chaque nation, même
la moins puissante, soit responsable de ses propres affaires, sujet de son
devenir... A l’Est comme à l’Ouest, le Droit des Peuples à disposer de leur
destin et à coopérer librement avec les autres au bien commun international, ne peut que favoriser la paix..."
"Le même principe, a enchaîné Jean Paul II, vaut pour les relations
Nord-Sud... L’inégalité dans l’accès au progrès économique et social a également des causes profondes qui demandent à être éxaminées avec soin...
Toute l’humanité doit reconnaître en conscience ses responsabilités devant
le grave problème de la faim, qu’elle n’a pas réussi à résoudre... C’est
là, s’est exclamé le pape, l’urgence des urgences."
Les efforts pour le développement doivent, selon le pape, être recentrés
sur "leur finalité première : permettre aux pays démunis de se prendre toujours davantage en charge, de mettre en valeur leurs ressources, d’échanger
leurs matières premières à un prix équitable, d’avoir accès à la technologie et aux marchés mondiaux, de se libérer raisonnablement de leur dette...
L’une des conditions de la paix à long terme est le développement conçu
comme le passage d’un "moins être" à un "plus être", englobant tout l’homme, dans sa dimension économique, certes, mais aussi culturelle, morale et
spirituelle... on ne dira jamais assez, a repété le pape en citant Paul VI,
que le développement est le nouveau nom de la paix."
"La paix, a poursuivi le pape, est aussi paix sociale, ordre fondé sur
la justice à l’intérieur des Etats souverains... Il me semble qu’aujourd’hui ce que l’enseignement de l’Eglise appelle "l’ordre naturel" de la
convivialité trouve en partie son expression dans la culture des Droits de
l’Homme... La personne est en effet le fondement et la fin de l’ordre social. Elle est le sujet de droits inaliénables et de devoirs de conscience,
garantis par le Créateur."
Dans ce contexte, le pape a évoqué la célébration cette année du 40e anniversaire de la "Déclaration universelle des Droits de l’Homme" (le 10
décembre 1948), un document qui, selon le pape, peut être considéré comme
"une pierre milliaire placée sur la route longue et difficile du genre humain". Les Droits de l’Homme, a-t-il rappellé, "sont aussi bien les droits
individuels que les droits sociaux, comme ceux qui assurent une participation active à la vie publique". Dans le contexte de violence actuel, le pape a estimé qu’il était de son devoir de rappeler "le droit au respect absolu de la vie humaine, à tous ses stades et quel que soit l’état de santé,
depuis la conception jusqu’au dernier moment". Il a dénoncé aussi toutes
les formes de terrorismes qui menacent la vie de personnes innocentes, comme aussi "le terrorisme d’Etat qui étouffe les libertés fondamentales".
Le pape a attiré spécialement l’attention sur la liberté de conscience,
à laquelle il a consacré son dernier message pour la Journée mondiale de la
Paix : "Le droit à la liberté religieuse constitue comme la raison d’être
des autres libertés fondamentales de l’homme... Dans la mesure ou la profession d’une conviction touche au plus intime de la conscience, elle ne
peut qu’influencer les choix et les engagements de l’homme."
Avant de conclure son discours, Jean Paul II a affirmé que "l’Eglise reconnait sa responsabilité dans la construction de la paix" : non seulement
elle rappelle les principes puisés dans l’Evangile, mais elle cherche à
former des personnes capables d’être, à leur place, d’authentiques artisans
de paix.
En terminant, il a rappelé que le dessein de Dieu est un dessein de paix
pour l’humanité entière : "Dieu est le Créateur, la Source de la Vie, le
garant de la Justice, le défenseur des opprimés." Avant de prendre congé
des 85 ambassadeurs présents, il leur a souhaité que ce Dieu de la paix
"puisse inspirer votre mission et combler de sa bénédiction chacun d’entre
vous, chacune de vos familles, chacune de vos patries". (apic/cip/bd)