St-Maurice, 23septembre(APIC) Les habitants d’Agaune, avec les chanoines
de saint Maurice, les soeurs de saint Maurice et de saint Augustin ont célébré samedi et dimanche 22 et 23 septembre "la patronale" de Maurice et de
ses compagnons devenus saints par le témoignage de leur mort violente.
Point d’orgue des festivités du jubilé, la messe célébrée samedi à l’Abbaye, à laquelle ont participé les autorités de l’Eglise et du pays. Trois
Abbés de monastères et 14 évêques entouraient pour la circonstance le cardinal Albert Decourtray, archevêque de Lyon. La présence de M. Arnold Koller, président de la Confédération, du Conseil d’Etat valaisan "in corpore"
manifestait publiquement que tout le pays s’associait à ce grand anniversaire.
La fête s’est poursuivie dimanche. Le laicat organisé de Suisse romande
était l’invité du jour. Après une messe télévisée pour toute la Suisse, célébrée par Mgr Joseph Candolfi, président de la Conférence des évêques
suisses, tous les mouvements de la communauté romande de l’apostolat des
laïcs ont donné leur témoignage à travers des stands multicolores présentant leurs activités et par une célébration sur le thème évangélique "Allez-vous aussi à ma vigne."
La fête avait débuté samedi déjà à la basilique dans laquelle plus de
1200 personnes s’étaient retrouvées pour rendre grâce du témoignage de
saint Maurice et de ses compagnons de la légion thébaine. Le cardinal Albert Decourtray, archevêque de Lyon, qui avait été personnellement désigné
par le pape pour participer à ce grand rassemblement religieux et historique, a présidé l’eucharistie. L’ensemble vocal et le choeur mixte, sous la
direction du chanoine Marius Pasquier, par leurs chants, ont pour leur part
invité les participants à la prière.
Dans son homélie, Mgr Decourtray a montré le lien privilégié noué il y
15 siècles entre l’Eglise de Lyon et Saint Maurice. "C’est en effet grâce à
saint Eucher, dix-huitième évêque de Lyon, auteur de la "Passion des martyrs d’Agaune", écrite au début du 5e siècle, que nous connaissons la profession de foi qui, un peu plus d’un siècle plus tôt, valut la mort que
nous célébrons aujourd’hui". L’archevêque de Lyon tenait ainsi à montrer, à
l’exemple de saint Maurice, que nous sommes parfois placés devant un choix
radical. "Et si les ordres de chefs sont en contradiction avec les ordres
de Dieu ?" La réponse est claire: "Mieux vaut obéir à Dieu qu’aux hommes!"
Et si le risque d’obéissance à Dieu devient le risque de la mort ? Mieux
vaut la mort! Et de citer la profession de foi de Maurice devant les exigences de l’empereur.
Malgré la pluie, une grande ferveur
Beaucoup de parapluies sur la place de sport du collège dimanche matin.
Une pluie constante, parfois battante, mais qui n’a pas entamé la ferveur
des célébrants et des participants à une messe télévisée en direct sur les
trois chaînes nationales. Pluie inopportune pour les organisateurs, pas
pour tout le monde cependant. Durant la messe, un paysan dira en souriant à
son voisin: quelle bonne pluie pour la terre!". Tout mouillé, il a prié et
chanté de tout coeur!
Les gens qui ont vécu cette messe venaient de toute la Suisse romande;
ils représentaient 29 mouvements organisés de l’apostolat des laïcs. Dans
son homélie, Mgr Joseph Candolfi, président de la Conférence des évêques
suisses, entouré de ses confrères évêques de Romandie, a fait allusion à la
division qui existe au sein du catholicisme suisse: "Nous en faisons douloureusement l’expérience ces temps". Il a affirmé avec force: "L’Eglise
qui refuse la tradition, ce n’est pas l’Eglise, mais l’Eglise qui n’accepte
pas de s’incarner dans les questions actuelles de notre temps, comme nous
l’ont appris Vatican II et les synodes diocésains, ce n’est pas l’Eglise
non plus."
Un moment fort de la messe, du reste largement commenté après la cérémonie, a été le contenu des intentions de prières préparées par des laïcs
pour lesquels l’évangile doit rejoindre la vie. Et la vie d’aujourd’hui!
Dans ce sens ils n’ont pas hésité à parler des initiatives antinucléaires, ni de la guerre menaçante du Golfe pour évoquer l’écologie et la paix.
La première intention faisait allusion à saint Maurice, mais toujours en
référence au vécu actuel en Suisse: "Il y a 1700 ans, Maurice et ses compagnons, soldats chrétiens de l’empire romain, périssaient pour avoir refusé
de lever leur glaive sur leurs semblables. Ces 30 dernières années, ce sont
10’000 jeunes Suisses qui par leur fidélité à leur conscience religieuse,
politique ou morale ont préféré la prison au service militaire. Seigneur,
aide-nous à nous engager pour le respect de la conscience de chacun."
L’après-midi, autour de Mgr Gabriel Bullet, évêque auxiliaire à Lausanne,
chaque mouvement de spiritualité ou d’action catholique a dit le sens de
son engagement et comment son mouvement l’aide à être chrétien en 1990.
(apic/Jean-Paul Federneder/Bernard Bavaud)