Valais: Prix de la ville de Sion à l’abbé Clovis Lugon (281188)
Fribourg, 27novembre(APIC) Le Prix de la ville de Sion sera attribué cette année à l’abbé Clovis Lugon, ainsi en a décidé le Conseil communal de
Sion lors d’une récente session. Surnommé par plus d’un l’"abbé rouge", auteur de plusieurs livres, dont "La république chrétienne communiste des
Guaranis", "Les Religions en question", et "Quand la Suisse romande
s’éveillera", l’abbé Lugon se voit récompensé pour "ses qualités d’humaniste, d’historien, d’homme de lettres, de défenseur des faibles, de la justice et de la paix". Le Prix de la ville de Sion lui sera officiellement remis le 16 décembre prochain à l’Hôtel-de-Ville de la capitale valaisanne.
L’abbé Lugon fut l’un des premiers prêtres engagés du Valais. "Au début,
mon langage choquait certains, on m’a supporté de mieux en mieux ensuite",
explique-t-il. Son engagement contre la course aux armements, en faveur des
plus démunis et des objecteurs de conscience - un problème humiliant, la
Suisse est le seul pays au monde avec la Grèce et la Turquie à refuser un
statut aux objecteurs, relève-t-il, - a fait grincer des dents. A plus
forte raison après la parution de "Quand la Suisse romande s’éveillera", un
livre qui dénonce la germanisation de la Romandie.
Contesté par les uns, soutenu par les autres, l’abbé Lugon voit à travers ce prix la reconnaissance, par le Conseil communal de Sion, du bienfondé des ses diverses luttes, dont certaines menées avec d’autres mouvements comme l’Action catholique ouvrière ou la JOC. "Ces mouvements et moimême considérons que la ville de Sion à voulu tout de même faire un geste
dans la direction des citoyens engagés en faveur de la justice, de la paix
et de la non-violence", dit-il en ajoutant: "Cela veut dire qu’on ne refuse
plus cette ouverture et cette direction". Pour l’abbé Lugon, qui se déclare
surpris et reconnaissant de se voir attribuer ce prix, ce geste peut signifier "une évolution et un progrès de la mentalité de l’état d’esprit
général à Sion".
"J’écrirais aujourd’hui le même livre"
On a souvent repproché à l’ex-vicaire de la cathédrale de Sion de faire
de la politique. Sa réponse est simple. Pour lui, un chrétien ne peut se
contenter de faire de la pratique religieuse ni se borner à vivre l’Evangile individuellement. Au sujet du contenu de son livre lié au problème de la
germanisation de la Romandie, l’abbé Lugon a déclaré à l’agence APIC qu’il
considérait ne pas s’être distrait dans un domaine complètement étranger.
"S’il y a un problème véritable, et il existe, si les gens qui s’en occupent et réagissent sont trop rares, c’est assez normal, juste et légitime,
que même un prêtre s’en occupe, par suppléance, si on peut dire", soulignet-il. Et de préciser: "S’il y avait eu assez de militants, de citoyens et
citoyennes conscients du phénomène de germanisation, j’aurais pu me dispenser de m’en occuper". Selon l’abbé Lugon, le "phénomène de germanissation
continue de se manifester et de s’étendre, ce qui fait qu’aujourd’hui, je
n’écrirais pas ce livre d’une manière différente".
Autre livre écrit par l’abbé Lugon, et qui lui tient à coeur: "La vie de
saint Guérin, évêque de Sion". Son sous-titre: "Romandie-Savoie au 12e
siècle". Pour l’abbé Lugon, c’était déjà là un regard du côté de la francophonie. Dans cet ouvrage, précise ce dernier, les "religieux en question,
qui sont nés justement de la vie de saint Guérin, signalent, à cause de
l’enrichissement et du pouvoir, un phénomène de dégénéréscence et de décadence des maisons religieuses". Ce phénomène, dit-il, n’"est toujours pas
perçu comme un danger direct pour la ferveur religieuse des couvents. On
peut du reste dire la même chose pour le clergé séculier et diocésain. Si
j’avais 30 ans de moins, conclut-il, se sont là des causes pour lesquelles
je recommencerais à travailler, à me dépenser".
Le Prix de la ville de Sion est attribué chaque deux ans, matériellement, il se monte à 5.000 francs. Ceux-ci n’iront pas remplir le gousset de
l’abbé Lugon. "Je tiendrai éventuellement compte du désir de ces messieurs,
si par hasard ils ont une idée à me suggérer pour une ou l’autre affectation de ce montant", a-t-il confié. (apic/pr)