Valais: Conférence de Madeleine Ramaholimihaso (070393)
Saint-Maurice, 7mars(APIC) Mieux connaître la situation politique et économique de Madagascar et prendre conscience du rôle de l’Eglise dans cette
île de l’Océan Indien, c’est ce qui était proposé la semaine passée à
Saint-Maurice, dans le cadre de l’Action de Carême, dont le thème de cette
année a pour nom l’Afrique. L’occasion, pour le public valaisan, d’écouter
Madeleine Ramaholimihaso, invitée comme d’autres personnalités afrcaines,
venue en Valais pour évoquer les difficultés et les espoirs de ce pays en
cette période de transition vers la troisième République malgache.
C’est une histoire de libération progressive et de prise de conscience
par les citoyens de leurs droits politiques qu’à racontée la conférencière.
Une histoire jalonnée, depuis l’indépendance en 1960 - Madagascar était une
colonie française -, de manifestations rurales et estudiantines, de grèves,
de prises de position dénonçant une industrialisation au profit de l’ancienne métropole. En rappelant aussi la lettre des évêques malgaches sur
l’Eglise et le développement selon les régions, la domination économique du
pays par les puissances étrangères occidentales, le problème foncier et la
lente amélioration des conditions de vie...
En décembre 1975, l’accession au pouvoir de Didier Ratsiraka, le candidat désigné par le directoire militaire, accélère la marche du pays vers la
pauvreté: "Monopole de l’Etat dans le domaine agricole qui provoque la démobilisation des paysans, investissements improductifs, dévaluation du
franc malgache, croissance de la dette extérieure". Pour la conférencière,
le dénuement grandit, les soins de santé et l’éducation ne sont plus assurés à tous.
Contestation du pouvoir en place
Les élections législatives et présidentielles de 1989 voient, en réaction à la dégradation de la situation politique et économique de Madagascar, la création du Comité national d’observation des élections et d’éducation des citoyens (CNOE), dont Madeleine Ramaholimihaso est aujourd’hui secrétaire générale. Le CNOE n’a aucun statut ecclésial, rassemblant en son
sein des militants d’Action catholique, des protestants et des membres de
syndicats libres. Il représentait alors, selon la conférencière, "le premier acte concret de contestation du pouvoir". Même si Ratsiraka a obtenu
le renouvellement de son mandat présidentiel, le CNOE a permis une prise de
conscience parmi la population: désormais "on peut changer quelque chose".
En même temps naît le Conseil chrétien des Eglises, qui rassemble les
confessions les plus importantes du pays: "L’Eglise catholique, l’Eglise de
Jésus-Christ, l’Eglise luthérienne et l’Eglise anglicane. Il organise deux
concertations nationales: la première est "boudée par le pouvoir en place";
la seconde voit se créer le Conseil national des forces vives, avec à sa
tête Albert Zafy, aujourd’hui président de la Haute Autorité de l’Etat
(HAE), créée en 1991. L’agitation gagne alors le pays, avec sept mois de
grève notamment. La marche de la liberté, qui a conduit près de 600’000 manifestants du centre de la capitale Antananarivo jusqu’au palais présidentiel, s’est terminée dans le sang en août 1991.
Une convention est signée en décembre de la même année entre le Premier
ministre de Ratsiraka, Guy Razanamasy, et le représentant du Conseil national des forces vives de l’opposition, Hary Velona. Le pays entre ainsi dans
une période de transition vers la troisième République. Un forum national
s’est tenu fin 1992 pour élaborer une nouvelle Constitution; des élections
législatives et présidentielles vont suivre en février 1993. Les résultats
ne sont pas encore connus, mais, a affirmé la conférencière, "on peut espérer beaucoup. Même si les acquis sont fragiles et que les dirigeants ne
sont pas nécessairement à la hauteur du peuple".
La situation économique ne s’est pas améliorée durant la dernière décennie, a-t-elle expliqué: les programmes d’ajustement structurel imposés par
le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale (BM) ont
asphyxié l’économie malgache, aux prises aujourd’hui avec une dette extérieure de 4’500 millions de dollars. Dans ce contexte, le pays compte beaucoup sur les programmes compensatoires des organisations non gouvernementales (ONG).
Le rôle du CNOE
Dans ce contexte d’instabilité, le CNOE joue un rôle considérable auprès
de la population, a soutenu sa secrétaire générale: par des séminaires, des
affiches, des émissions de radio et la diffusion de brochures illustrées
accessibles à tous, il développe la conscience politique des citoyens.
L’Eglise catholique dans le flou
L’Eglise catholique "a toujours joué un rôle important à Madagascar",
devait encore déclarer Madeleine Ramaholimihaso. "Elle a fait entendre sa
voix en 1953 déjà pour réclamer l’indépendance du pays et en 1972 pour dénoncer un développement au mépris de la dignité de l’homme". Les Synodes
diocésains qui se sont tenus entre 1973 et 1975 et le Synode national ont
réaffirmé sa solidarité envers le peuple malgache. L’Eglise catholique a
aussi beaucoup insisté sur le rôle des laïcs et leur engagement dans les
réalités politiques et économiques.
Aujourd’hui, membre à part entière du Conseil chrétien des Eglises, elle
hésite à le suivre lorsqu’il "quitte son rôle de médiateur pour participer
aux structures politiques". Un malaise existe, en cette période de transition, entre Eglise et politique. Il se traduit par "un manque de clarté
dans les déclarations des évêques". (apic/id/pr)
ENCADRE
Madeleine Ramaholimihaso est née à Antananarivo, la capitale du pays.
Elle a étudié à Paris et à Madagascar. Elle dirige aujourd’hui une fiduciaire. Présidente de la Commission épiscopale pour le développement et responsable d’un centre de recherche pour des projets de développement, elle
est également secrétaire générale du CNOE depuis 1989. Mère de famille, elle est engagée en Eglise. (apic/id/pr)