Fribourg, 18avril(APIC/CIP) C’est par l’Uruguay que Jean Paul II entame
son périple latino-américain. En 1987, le pape avait passé 14 heures à
Montevideo, dans le cadre de sa visite en Argentine et au Chili. C’est la
médiation diplomatique du Saint-Siège qui avait permis la solution du vieux
conflit de frontière opposant les deux pays dans la région de la Terre de
Feu (Canal de Beagle). L’Uruguay avait également joué un rôle dans les
tractations : l’accord de Montevideo (1979) marquait l’ouverture officielle
des négociations qui aboutirent au Traité de paix et d’amitié signé en
1984.
D’une superficie de 176’215 km2 et d’une population de 3 millions
d’habitants, la pays conaît un taux élevé d’urbanisation (85%) et
d’alphabétisation (95%). La seule ville de Montevideo compte, avec son
agglomération, 1’664’000 habitants, soit 57% de la population totale. Cela
crée une première grande césure : Montevideo et le reste du pays. Il y en a
une autre : une grande partie des 43% restant vit aussi dans des villes
(dans des agglomérations de 2’000 habitants et plus). Reste une population
rurale de 450’000 personnes extrêmement dispersée (un ou deux habitants au
km2 et parfois moins), ce qui rend la vie sociale et parfois ecclésiale
bien difficile.
L’Uruguay occupe une position particulière sur le continent. Etat tampon
entre le Brésil et l’Argentine, le pays est devenu indépendant en 1828. Sa
colonisation par les Espagnols avait été relativement tardive (17e siècle)
et avait abouti à l’anéantissement des tribus indiennes des Charruas et des
Chanas. La population actuelle provient presque exclusivement d’Europe
(Espagne, Italie, France, Suisse). On estime à 5% la population noire,
principalement établie dans la capitale. Considéré au début du siècle comme
le paradis des migrants, l’Uruguay a sombré depuis dans de graves
difficultés et nombre d’Uruguayens ont quitté le pays à la recherche de
meilleurs moyens d’existence.
L’influence européenne non-ibérique (notamment française) est nettement
plus marquée que dans les autres pays latino-américains. Elle perdura
longtemps aux plans économique, politique et culturel, mais, aux cours des
dernières décennies, le pays s’est rapproché de plus en plus de la réalité
sud-américaine, pour le meilleur et pour le pire.
La situation économique actuelle n’est guère brillante. Le pays produit
essentiellement de la viande, de la laine et du cuir. L’élevage se fait sur
de vastes domaines de plusieurs milliers d’hectares. Les grands
propriétaires terriens habitent pour la plupart dans la capitale, d’ou ils
dirigent leurs affaires. Ils ont partie liée avec les militaires et les
hommes politiques.
Bien que le pays soit producteur de denrées alimentaires, un tiers de sa
population est sous-alimentée. En 1987, le taux d’inflation était supérieur
à 70%; 40% du budget de l’Etat est destiné à l’armée; la dette extérieure
s’élève à 5 milliards de dollars. Les derniers indices économiques font
heureusement état d’une légère amélioration, que les observateurs
attribuent à la coopération du pays avec ses deux grands voisins. Cela
n’empêche pas la situations sociale d’être très préoccupante. Mgr
Mendiharat, évêque de Salto, décrit ainsi la situation : "Nous constatons
l’appauvrissement croissant de notre peuple; il y a des appauvris, parce
qu’il y a des appauvrisseurs. Nos problèmes de base sont : l’alimentation,
les salaires, les logements, la santé, l’éducation, le chômage, la
mendicité, la prostitution, le manque d’équipements de santé, l’exode
rural, la dette extérieure, les taux d’intérêt bancaire, la mauvaise
répartition du sol et des richesses, la spéculation financière et l’absence
d’investissements".
En 1973,par un coup d’Etat, la pays passa sous le contrôle complet des
militaires qui, sous prétexte de sécurité nationale, exercèrent durant
douze années une dictature implacable : plusieurs dizaines de milliers de
personnes ont été troturées. Ce régime inhumain a même recouru aux services
de médecins et de psychologues pour pratiquer une torture efficace et la
plus discrète possible. A l’époque, plusieurs observateurs étrangers se
demandèrent comment le pays, qui avait été un petit paradis, avait pu
déboucher sur une telle catastrophe politique.
En 1985, l’Uruguay est revenu à une situation plus démocratique, mais
les blessusres causées par la dictature sont loin d’être cicatrisées. Le 22
décembre 1986, le gouvernement a fait voter une loi interrompant les
poursuites judiciaires contre les forces armées et policières. Cette "loi
de caducité de la revendication punitive de l’Etat" passa tout simplement
l’éponge sur les exactions commises à l’époque de la dictature militaire.
Mais les défenseurs des droits de l’homme ne se sont pas tenus pour battus
et ils ont introduit un recours contre cette loi. La Constitution permet en
effet aux citoyens de demander qu’une loi soit soumise au suffrage
universel à deux conditions : que 25% des électeurs inscrits signent une
demande de référendum et que celle-ci soit introduite dans le courant de
l’année suivant la promulgation de la loi litigieuse. Ces deux conditions
ont été remplies : le 17 décembre 1987, une demande signée par 634’000
électeurs (500’000 suffisaient) était déposée devant la Cour électorale.
Cette dernière en est actuellement au stade de la vérification des
signatures. Le référendum pourrait avoir lieu à la fin de cette année.
Et l’Eglise ?
Le pays est marqué depuis longtemps par un esprit positiviste et
anticlérical qui laisse à l’Eglise une influence relativement marginale. Le
peuple uruguayen a, dans une large mesure, perdu le contact avec l’Eglise.
Celle-ci est traversée par des courants opposés : elle a ses progressistes
dans la ligne de Medellin et de Puebla et ses conservateurs, notamment les
gens qui, dans les milieux aisés, ont toujours soutenu la "cause de
l’Eglise" contre le laïcisme.
Pendant le régime militaire, l’Eglise hiérarchique a été, dans
l’ensemble, extrêmement discrète dans sa défense des droits de l’homme. Mgr
Mendiharat, le seul évêque a avoir protesté contre les exactions des forces
de l’ordre, a dû quitter le pays. Aujourd’hui, il a regagné son diocèse et
a mis en route un plan pastoral qui a pour but de "créer des communautés
ecclésiales de base dans le contexte de l’évangélisation nouvelle, pour que
le diocèse soit une communion de communautés, engagées dans une pastorale
sociale libératrice".
Au sujet de l’amnisitie, il faut noter que l’archevêque de Montevideo et
la commission de pastorale sociale de son diocèse ont pris position contre
"l’oubli et l’impunité". (apic/cip/ym)