Uruguay: la montée de sectes et le pouvoir du dollars (020791)
Montevideo, 2juillet(APIC) De plus en plus actives et présentes en Amérique latine, les sectes trouvent au Paraguay une terre particulièrement propice au développement de leurs activités. Sectes chrétiennes et non chrétiennent foisonnent et redoublent de zèle dans ce pays que d’aucuns - y
compris le Vatican, dit-on à Montevideo - placent parmi les cinq pays les
moins religieux du monde. L’implantation de ces sectes, favorisée en son
temps par les Etats-Unis pour contrer l’influence de la théologie de la libération, dérange aujourd’hui. L’inquiétude est d’autant plus vive qu’elles
ont souvent à disposition d’énormes moyens. Et de l’argent comme s’il en
pleuvait.
Selon le Père Julio César Elizaga, délégué du Saint-Siège pour le dialogue interreligieux en Amérique latine, plus de 200 "groupes religieux"
opèrent actuellement au Paraguay, élèvent des temples, prêchent et diffusent leurs messages par le canal de nombreux programmes de radio. Un essor
qui conduit aujourd’hui la Conférence épiscopale uruguayenne à s’interroger
pour relever le défi dans le but de reconquérir son influence historique de
plus en plus contestée. Dans un communiqué récemment publié, l’Assemblée
plénière de la Conférence épiscopale préconisait deux solutions pour freiner ce phénomène: intensifier la formation de base des agents pastoraux et
adapter le langage évangélique.
Reste que si les évêques dénoncent chez les sectes "une conception erronée de Dieu et de l’homme et une déformation de l’authenticité religieuse",
ils reconnaissent qu’à travers ces mouvements se profile "un phénomène culturel qui mérite d’être étudié avec attention". Plus de 80% des sectes qui
sévissent en Uruguay s’identifient avec le mouvement pentecôtiste venu en
droite ligne des Etats-Unis, de l’Etat du Kansas plus précisemment.
Face à cette situation, les autorités catholiques se gardent de généraliser leur condamnation vis-à-vis des sectes. Elles signalent en effet des
différences d’attitude pour certaines d’entre elles, mais alertent l’opinion sur "le chaos religieux dans lequel sont particulièrement entraînés
les secteurs les plus pauvres et les plus humbles de la population".
La faute à Rckefeller
La pénétration en Uruguay de groupes religieux comme les Mormons, les
Témoins de Jéhovah et les "Adventistes du septième jour" a commencé dans
les années 40. Vingt ans plus tard ont surgi quantité d’autres mouvements.
Un fait que le Père Eliazaga lie à la tournée entreprise alors en Amérique
latine par le gouverneur de New York, Nelson Rockefeller: "Le fameux document Rockefeller remis au président Richard Nixon mettait l’accent sur les
nouvelles conceptions de l’Eglise en Amérique latine et, surtout, informait
sur la théologie de la libération qui commençait à se développer. Le document recommandait l’envoi dans la région de sectes fondamentalistes".
A coups de dollars
Selon Ruben Cuitino, secrétaire de la Commission économique de la Conférence épiscopale urugayenne, de nombreux prédicateurs imposent des schémas
de vie et des modes de pensée éloignés des réalités de la société, aidés en
cela par de très gros moyens financiers et de grandes facilités pour parler
"le langage de la rue". Pour lui, ces sectes viennent en Uruguay avec une
mentalité d’impresario: ils achètent à coups de dollars des salles de cinéma, des stations de radio. En un mois, ils bâtissent un temple et construisent un complexe sportif.
Une réalité qui fait dire au Père Elizaga qu’il est urgent de changer le
langage évangélisateur de manière à être plus proche du pays, de ce que les
gens vivent quotidiennement, tout comme il est urgent d’inculturer la liturgie et de susciter de nouvelles vocations sacerdotales: "Nous n’avons
que 550 prêtres dans un pays qui compte 3 millions d’habitants". (apic/napr)