URSS: nouvelle invitation au cardinal Lustiger (100589)
Rome, 10mai(APIC/CIP) Les responsables du Département des Affaires
étrangères d’Union Soviétique ont adressé au cardinal Jean-Marie Lustiger
une nouvelle invitation à se rendre en URSS, de façon à lui permettre de se
rendre à Kiev, a révélé l’archevêque de Paris dans une interview accordée
mercredi 10 mai à Radio Vatican.
Arrivé en Union Soviétique le 30 juin dernier, à l’invitation du patriarcat de Moscou, le cardinal Lustiger est rentré prématurément à Paris le 7
mai, alors que sa visite devait se terminer le 11 mai. Il entendait ainsi
protester, apprenait-on alors, contre l’interdiction qui lui avait été
signifiée de se rendre à Kiev, qui figurait pourtant au programme de sa visite. A son retour à Paris, le cardinal Lustiger avait déclaré que les autorités soviétiques ne lui avaient fourni aucune explication à cette interdiction de se rendre à Kiev, le berceau de l’évangélisation de la "Rus".
Les commentateurs soulignaient de leur côté que les contacts entre Rome et
les chrétiens d’Ukraine contrariaient Moscou. Nombreux sont en effet les
catholiques ukrainiens qui refusent leur intégration forcée dans l’Eglise
orthodoxe russe, réalisée sur ordre de Staline en 1946. L’Eglise catholique
ukrainienne de rite oriental (uniate) est depuis interdite en Ukraine, ou
elle subsiste dans la clandestinité.
Dans l’interview diffusée par Radio Vatican, le cardinal Lustiger explique que c’est par un télégramme qu’il a été informé de l’impossibilité de
se rendre à Kiev. L’explication donnée, précise-t-il, est que le métropolite Philarète de Kiev, exarque pour l’Ukraine, se trouvait en visite pastorale et ne pouvait dès lors le recevoir. L’archevêque de Paris a jugé opportun d’abréger sa visite, en annulant également l’étape de Rostov. A contre-coeur, dit-il, en raison de son amitié avec le métropolite de Rostov,
qu’il a rencontré à diverses reprises à Paris. La délégation qui accompagnait le cardinal Lustiger a poursuivi le voyage et s’est rendue à Rostov. Son retour à Paris est prévu pour le jeudi 11 mai dans la soirée.
Difficultés internes au sein du patriarcat de Moscou?
Après avoir fait état de la nouvelle invitation qui lui a été adressée à
se rendre en URSS, le prélat français affirme qu’il ne croit pas que sa
décision d’écourter sa visite nuira aux relations entre l’Eglise catholique
et le patriarcat de Moscou. Il parle de "circonstances fortuites" et insiste sur la cordialité qui marque les rapports entre les deux Eglises, leur
volonté de collaboration, "la vigueur avec laquelle nous avons partagé
notre foi avec les pasteurs et les fidèles". Son voyage a été l’occasion
d’un "échange approfondi" sur la situation de l’Eglise en URSS, ainsi que
sur le respect de l’Eglise catholique pour l’Eglise orthodoxe, en indiquant
que "des sentiments de respect analogues ont été exprimés par l’Eglise orthodoxe à l’égard du Saint-Père".
"En abrégeant mon voyage, conclut le cardinal Lustiger, j’ai voulu souligner mon désir de me rendre à Kiev, qui est le berceau du baptême de la
Rus’."
Certains observateurs n’excluent pas que le retour précipité de l’archevêque de Paris soit dû en fait à des difficultés internes au sein du patriarcat de Moscou. Outre que le patriarche Pimen n’est plus à même de diriger l’Eglise - on parle déjà de sa succession -, le métropolite Philarète
de Kiev, numéro deux du patriarcat, est sensible à la situation des catholiques uniates d’Ukraine, une communauté "clandestine" de quatre à cinq
millions de fidèles qui compterait une dizaine d’évêque, plus d’un millier
de prêtres et environ 1.200 religieux et religieuses. Selon certains observateurs, il n’est pas à exclure que ce soit en raison de tensions dues à la
restitution de lieux de culte aux uniates que le métropolite Philarète effectuerait actuellement une visite pastorale dans les régions de l’Ukraine
occidentale. (apic/cip/jt/pr)