Moscou, 27décembre(APIC) "Soyons vigilants, attentifs, mais pas dupes. Et
surtout poursuivons notre tâche qui, loin d’être achevée, est, au contraire, en mesure de se développer. Ne laissons pas passer cette chance", peuton lire dans le dernier bulletin "L’Aide aux croyants de l’URSS", édité à
Paris, un organisme dont le comité de haut patronage est composé du cardinal Decourtray, président de la Conférence épiscopale française, de Mgr
Jérémie, président du comité interépiscopal orthodoxe, et du pasteur Stewart, président de la Fédération protestante de France.
Dans un éditorial intitulé "La perestroïka arrivera-t-elle jusqu’à notre
Eglise?", le bulletin énumère toute une série de mesures prises en cette
année du Millénaire du baptême de la Russie. Mesures qui, selon l’auteur,
témoignent de la volonté du pouvoir de faire envers les croyants des
"avancées significatives" Et de citerles exemples suivants: restitution à
l’Eglise de hauts lieux de la spiritualité russe, ouverture de séminaires,
fin de l’enregistrement des baptêmes, levée partielle des interdits douaniers pour la littérature religieuse, ouverture des médias à des thèmes
chrétiens, retransmission à la télévision - pour la première fois depuis 70
ans - de la veillée pascale, de la dernière Messe de Minuit et de la
bénédiction urbi et orbi depuis le Vatican, etc.
Tous ces événements pourraient donner à penser que l’existence des services d’aide aux chrétiens de l’URSS est désormais superflue. C’est aller
vite en besogne, estime l’Aide aux croyants de l’URSS, qui ajoute que "s’il
faut se réjouir des conséquences de la perestroïka, il serait abusif de
croire à l’instauration en URSS d’une démocratie, même socialiste".
L’organisation s’en tient à quelques exemples. Tout d’abord, le projet
de loi en préparation garantit toujours le droit à la propagande antireligieuse, "mais ne fait que partiellement allusion au droit à la catéchèse et
à la mission. La pratique ouverte de la catéchèse, des réunions d’études
bibliques et théologique n’est pas clairement évoquée et reste interdite".
En outre, l’édition de livres religieux, pour lesquels la demande est de
plus en plus forte, n’a pas droit de cité; le tirage de la revue du patriarcat reste confidentiel; la bible commentée en trois volumes est vendue
par le patriarcat au prix de 180-220 roubles (le salaire moyen est actuellement de 170 roubles). Le fait encore que la demande d’ouverture de nouvelles églises "se heurte toujours au refus des autorités locales, à Moscou
comme en province".
Le silence sur la persécution de l’Eglise
Pour l’Aide aux croyants de l’URSS, il y a enfin un domaine ou les limites de la perestroïka sont encore plus sensibles: celui de l’histoire de
l’Eglise. Car si la vérité commence à se faire jour sur la terreur stalinienne, les horreurs de la collectivisation, les erreurs criminelles dans
la conduite de la guerre, rien de tel ne s’est produit dans le domaine religieux, écrit l’éditorialiste. Pour ce dernier, "rien n’a été dit sur les
martyrs de l’Eglise russe, clercs ou laïcs, victimes de la plus sauvage des
persécutions". Le rétablissement de la vérité, poursuit l’éditorialiste,
"doit, pour pouvoir assainir valablement une situation engluée dans le mensonge et la tromperie, porter sur tous les aspects d’un passé douloureux et
tragique. Le silence sur la persécution subie par l’Eglise, sur la compromission avec le pouvoir qu’elle a dû supporter pour survivre, n’est pas de
bon augure". (apic/cip/pr)