URSS : la restitution des lieux de culte (151189)
Moscou, 15novembre(APIC) Plus de 2’000 bâtiments de culte ont été rendus
à l’Eglise orthodoxe ces deux dernières années, a annoncé le Patriarcat de
Moscou lors d’un récent colloque scientifique consacré au 400e anniversaire
de sa fondation. Les responsables du Patriarcat de Moscou y voient certes
l’un des signes les plus significatifs du changement intervenu dans la politique officielle du régime soviétique à l’égard des croyants, mais la situation est encore loin d’être satisfaisante.
Ainsi, au-delà de ces chiffres réjouissants, se cache une réalité moins
rose : la Commission d’aide pour l’ouverture des églises fait remarquer que
les autorités locales sont loin de toutes respecter la législation actuelle. Même une partie de la presse soviétique se fait l’écho des difficultés
des fidèles à récupérer leurs lieux de culte. Si d’autres statistiques parues récemment dans la presse soviétique indiquent que 1244 associations
religieuses ont été enregistrées au cours de l’année dernière, 788 anciennes églises rendues aux croyants en 1988 et 66 communautés paroissiales ont
reçu l’autorisation de construire un nouvel édifice, il faut cependant rappeler les nombreux cas de refus dûs au non-respect de la loi. On trouve
ainsi des autorités locales qui ont la volonté de continuer à appliquer les
anciens stéréotypes idéologiques, et ces obstacles mis sur le chemin des
croyants contribue souvent à accentuer les tensions politico-sociales et
nationales.
Une des dernières livraisons de l’hebdomadaire "Ogoniok" publie ainsi
une pétition signée par 60 personnalités du monde de l’art et de la culture
réclamant la réouverture de la cathédrale Saints-Pierre-et-Paul dans la
ville de Gomel, en Biélorussie. Cette église, confisquée et transformée en
planétarium en 1960, était à l’abandon depuis plusieurs années. Récemment,
les autorités locales qui refusent de la restituer à la communauté orthodoxe ont décidé d’y installer une salle de concert pour orgue, un instrument
dont la place est qualifiée de "saugrenue" par les auteurs de la pétition.
Des cas similaires sont signalés dans différentes régions du pays, comme
Odessa, où la municipalité refuse de rouvrir deux églises, Vsevolojsk, près
de Leningrad, et Kemerovo, dans le bassin houiller de Sibérie, où les mineurs en grève en juillet dernier avaient inscrit parmi leurs revendications la construction d’une église. A Gorki, une ville de la Volga de plus
d’un million d’habitants, dotée seulement de deux lieux de culte, les autorités ont annoncé que l’immense cathédrale Saint-Alexandre, le troisième
édifice religieux du pays par la taille, ne serait pas rendue à l’Eglise
mais transformée là encore en salle de concert.
"Vexations administratives" et "vandalisme culturel"
Même les cas de vandalisme culturel, caractéristiques de l’époque des
"vexations administratives", euphémisme des autorités soviétiques pour désigner les persécutions du début des années soixante, ne semblent pas avoir
totalement disparu. Ainsi l’église Saint-Nicolas, un édifice du XVIIe siècle, situé dans la localité de Privoljsk, dans le district d’Ivanovo, à 300
kilomètres au nord-est de Moscou, s’est trouvée menacée de destruction à la
dynamite malgré l’opposition décidée de la communauté orthodoxe locale qui
souhaite la récupérer et la restaurer à ses frais.
Le secrétaire du district, Basile Novikov, qui voulait transformer
l’église en musée, avait déclaré que lui vivant, l’église ne serait jamais
rendue aux croyants. En réponse à ces menaces, les croyants entamèrent un
sit-in permanent devant l’église et une pétition rassemblant plus de 3’000
signatures fut envoyée au député local, au Conseil oecuménique des Eglises
(COE) à Genève et à l’UNESCO. Le Comité du district devait finalement décider, en juillet dernier, de restituer l’église aux croyants, tout en refusant d’enregistrer la paroisse. Prétextant du mauvais état de l’église, endommagée par la foudre, les autorités ont maintenant fait installer une palissade autour du bâtiment gardé par la milice.
La capitale n’est pas épargnée par ce phénomène, note la Commission
d’aide. Ainsi, les responsables de l’arrondissement du centre-est de Moscou
ont fait savoir cet été qu’ils refusaient l’ouverture de l’église SaintVladimir, sous prétexte que l’arrondissement avait pris à sa charge la restauration complète de ce splendide monument du XVIIe siècle et qu’"il
était hors de question d’en faire cadeau aux croyants".
Notons que le rôle de la presse dans la restitution des églises est devenu primordiale. Dans bien des cas, seule l’intervention des médias a en
effet permis d’apporter une solution aux revendications des croyants. L’affaire de l’église de la Présentation-de-la-Vierge dans la ville d’Ivanovo avec la grève de la faim d’un groupe de quatre femmes - a largement ému une
partie de l’opinion publique tant au niveau local qu’international... au
point que Mme Thatcher elle-même est intervenue. Et les autorités locales,
après bien des tergiversations, ont finalement rendu l’église.
Mais le déménagement du dépôt d’archives qui occupe les lieux risque encore de durer quelque temps. Et comme dans bien des cas, les églises sont
rendues en très mauvais état, il faut ajouter des frais de restauration
élevés à la charge de l’Eglise. Cette dernière doit même parfois littéralement racheter les lieux, sous forme de contributions aux différents fonds
gouvernementaux, sous prétexte de couvrir de soi-disant frais d’entretien
des bâtiments, ou de compensations pour le relogement de services administratifs ou des entreprises qui occupaient des églises, spoliées ces 70
dernières années... (apic/sop/be)