Accueil chaleureux pour le "père de la théologie de la libération"
Fribourg, 16novembre(APIC) Le péruvien Gustavo Gutierrez, le "père de la
théologie de la libération" en Amérique latine, a tout de même eu sa fête.
A quelques heures de recevoir le titre de docteur honoris causa de la Faculté de théologie de Fribourg-en-Brisgau, distinction qu’il n’a pu recevoir à Fribourg en Suisse, le curé de la paroisse de Rimac, à Lima, a donné
vendredi une conférence sur "L’Eglise des pauvres, Eglise persécutée".
L’Université avait dédié cette manifestation très fréquentée aux six jésuites et à leurs deux employées de l’Université catholique de San Salvador
(UCA), assassinés il y a un an, le 16 novembre 1989, par une unité d’élite
de l’armée salvadorienne.
Le Père dominicain Servais Pinckaers, doyen de la Faculté de théologie,
le Maître général des dominicains, le P. Damian Byrne, ainsi que le vicerecteur Ruedi Imbach, ont tous trois chaleureusement salué ce théologien de
renommée internationale. Gutierrez a beaucoup contribué, a déclaré S.
Pinckaers, à rendre à la théologie le service de lui restituer une dimension qu’elle avait un peu perdue au cours de l’histoire : sa relation à
l’expérience humaine, à la vie sociale, à l’action politique. "Et cela, at-il poursuivi, à partir de réflexions reliés à la Parole de Dieu, comme
source première, ainsi qu’aux besoins du peuple de Dieu à qui la Parole est
adressée, nécessités auxquelles vous êtes si sensibles."
Damian Byrne, grand chancelier de la Faculté de théologie, a salué en
Gutierrez un prêtre qui a engagé toute sa vie au service des pauvres et qui
pour cela a subi de nombreuses persécutions "sous une forme ou sous une autre". Il a relevé que le curé péruvien aime et comprend encore mieux Bartolomeo de las Casas, le célèbre dominicain défenseur des Indiens, que les
dominicains eux-mêmes.
La théologie de la libération aussi mourra un jour
Si quelque chose doit rester de la théologie de la libération (TDL), a
déclaré Gutierrez, c’est un aspect très important et quelque peu oublié
dans l’histoire de l’Eglise : "l’option préférentielle pour les pauvres".
Cette intuition de "l’Eglise des pauvres" vient d’ailleurs du pape Jean
XXIII, qui a utilisé cette expression peu avant l’ouverture du Concile Vatican II. Cette théologie a le mérite de rappeler aujourd’hui la place qu’a
le pauvre dans la Révélation divine.
La TDL, a-t-il poursuivi, est comme les autres théologies, elle est née
pour mourir un jour, car c’est finalement une interprétation de la foi qui
dépend d’un contexte à un moment donné. Cela reste important, mais il faudra aussi chercher d’autres voies, car la théologie de la libération n’est
pas un nouvel article de foi, elle aide seulement à comprendre la foi à
partir de la réalité concrète.
Les pauvres meurent avant l’âge
Et en Amérique latine, cette réalité s’appelle la pauvreté, et dans ce
continent "en voie de sous-développement", la pauvreté signifie la mort :
non seulement la mort physique, faute d’aliments ou de médicaments, mais
aussi la mort culturelle. Chez nous, conclut-il, "les pauvres meurent avant
l’âge", et la théologie de la libération cherche les moyens d’affirmer la
Résurrection, l’amour de Dieu, dans cette société injuste. (apic/be)