Université de Fribourg: La restructuration (230292)
La crise de Coire en filigrane
Fribourg, 23 février(APIC) Une cinquantaine de professeurs, de canonistes,
d’ecclésiastiques et de collaborateurs de l’Eglise ont planché vendredi, à
l’invitation de l’Institut de droit canonique et de droit ecclésiastique de
la Faculté de droit de l’Université de Fribourg, sur un thème d’abord austère: les nouvelles circonscriptions des diocèses. Un sujet d’actualité
pourtant, où se profilait, en filigrane, la crise qui secoue le diocèse de
Coire. Mais des invités de haut niveau, venus d’Allemagne, de Pologne et
d’Italie, ont montré que les problèmes créés par une nouvelle configuration
des diocèses ne sont pas une "spécialité" suisse.
L’Institut de droit canonique et de droit ecclésiastique organise tous
les deux ans une session d’étude, et cette année, comme l’a rappelé son directeur, le Professeur Louis Carlen, c’est l’affaire de Coire qui a motivé
le choix du thème. Toutefois, pour ne pas isoler le cas de la Suisse, mais
le placer dans le cadre de l’Eglise universelle, plusieurs professeurs ont
été invités pour présenter différentes réalités des pays voisins.
Vives critiques contre l’"Ostpolitik" de Paul VI
Ainsi, le Prof. Joseph Listel, d’Augsbourg, a évoqué le défi de la restructuration des circonscriptions ecclésiastiques de l’ancienne RDA après
la réunification allemande. A cette occasion, le professeur allemand a vivement critiqué l’"Ostpolitik" de Paul VI et du cardinal secrétaire d’Etat
Agostino Casaroli, qui étaient prêts à céder aux demandes de Berlin-Est de
créer des diocèses est-allemands à part entière avec les territoires des
diocèses d’Allemagne occidentale situés au-delà du "Rideau de fer". Pour le
Prof. Listel, le pape Paul VI était timoré et son analyse et celle de ses
conseillers au sujet de l’Europe de l’Est était erronée: ils pensaient que
le communisme allait se consolider au niveau mondial et qu’il fallait donc
faire des compromis. A la mort de Paul VI en 1978, "Jean Paul II a rejeté
cette ’Ostpolitik’ et a tout stoppé!"
Venu d’Opole, en Pologne, le Prof. Jan Kopiec a présenté l’organisation
des diocèses polonais au cours de l’histoire et les vicissitudes provoquées
par les guerres, les différents partages du pays et les corrections de
frontières. Le Prof. Giorgio Feliciano, de Milan, a fait de même pour
l’Italie, un pays où il n’a pas été facile de faire passer le nombre de
diocèses de 325 à 228, une restructuration considérable, mais qui n’est pas
définitive au regard des nécessités pastorales. En Italie, il y a plus d’un
siècle qu’on s’attelle à réduire le nombre excessif de diocèses !
La situation française - où la carte religieuse, en bonne partie héritée
de la Révolution française, est plus homogène que dans les pays voisins - a
été longuement détaillée par Yves Le Roy, professeur à la Faculté de droit
de Fribourg. Le juge cantonal saint-gallois Urs J. Cavelti a évoqué de son
côté les problèmes posés et les réserves suscitées par les modèles de nouvelle répartition des diocèses en Suisse proposés en 1980 par une Commission de la Conférence des évêques suisses. Il a rappelé que la question de
la répartition des diocèses n’est pas, en Suisse, la seule affaire de
l’Eglise, mais que c’est également une question politique.
Ainsi, l’article 50, alinéa 4 de la Constitution fédérale ("Il ne peut
être érigé d’évêchés sur le territoire suisse sans l’approbation de la Confédération") limite la liberté de l’Eglise catholique de s’organiser comme
elle l’entend. Le juge Cavelti estime que la Confédération n’utiliserait
plus à l’heure actuelle cet article hérité du "Kukturkampf" de façon sévère
et extensive et que ce n’est désormais plus un grand obstacle. Des voix se
sont élevées parmi les participants pour demander l’abolition de cet article constitutionnel d’un autre âge.
Invité à conclure le colloque, le Conseiller d’Etat fribourgeois Augustin Macheret, ancien recteur de l’Université, a souligné que les rapports
entre l’Eglise et l’Etat sont l’un des domaines les plus sensibles politiquement, "et cela même dans des pays apparemment laïcisés". Faisant entre
autres allusion à la crise de Coire, le chef de l’Instruction publique a
estimé que "les démons du ’Kulturkampf’ ont le sommeil léger" et que la polarisation actuelle et la radicalisation de certains fronts risquent de
nous ramener des décennies en arrière... (apic/be)