Université de Fribourg: Fin du colloque sur l’éthique en économie(040493)
Fribourg, 4avril(APIC) Un siècle après l’encyclique "Rerum novarum", dans
l’émergence de laquelle l’alma mater friburgensis a joué un rôle important,
l’Université de Fribourg, en collaboration avec l’Institut Jacques Maritain
à Rome, poursuit son travail de popularisation de la doctrine sociale de
l’Eglise. Un effort salué samedi par le cardinal Roger Etchegaray, président du Conseil pontifical "Justice et Paix", en clôture du colloque sur
les exigences éthiques en économie vues par les évêques des cinq continents, qui s’est tenu du 1er au 3 avril à Fribourg.
Ce colloque de caractère scientifique, qui a rassemblé durant trois
jours à l’Université près de 200 spécialistes de la pensée sociale chrétienne, des responsables de l’Eglise, du monde de l’économie et du travail,
venus du monde entier, a permis de fructueux échanges de vues. Malgré
l’esprit d’ouverture et la cordialité qui a emprégné les débats, les discussions ont tout de même montré que les responsables économiques - pour ne
pas parler des simples laïcs - ne sont pas toujours sur la même longueur
d’onde que les évêques qui interviennent dans le débat économique au nom du
respect de la dignité humaine et de la justice.
Encore trop de clichés simplificateurs
Même si l’on reconnaît que le discours épiscopal sur l’économie s’est
affiné - et le long débat public et ouvert qu’a mené l’épiscopat des EtatsUnis pour rédiger son importante lettre pastorale "Justice économique pour
tous" montre le sérieux de leur démarche - les décideurs économiques, qui
prônent le libéralisme, estiment que les évêques sont souvent victimes de
"clichés" simplificateurs, car à leur avis, "on n’est plus aux temps du libéralisme manchestérien et du laisser-faire total".
Klaus Schnyder, directeur général adjoint de Nestlé SA, à Vevey, a certes reconnu que les entreprises "ne sont pas des anges", pas plus parfaites
que les autres institutions humaines. D’où la nécessité de fixer par la loi
les règles du jeu de l’activité économique, de manière à corriger certaines
insuffisances de l’économie de marché, notamment dans le domaine social, de
la protection de l’environnement et des consommateurs.
S’il se déclare en faveur de l’économie sociale de marché - pas de
"troisième voie" entre marché et collectivisme - le responsable de Nestlé
souhaite que l’on n’abuse pas de l’argument éthique, déplorant la tendance
à perdre de vue la mission économique primaire de l’entreprise. K. Schnyder
déclare apprécier ceux qui recherchent la morale, mais se méfier "de ceux
qui prétendent avoir trouvé l’unique morale dans les situations concrètes".
Evoquant les différents rapports présentés au colloque, il a regretté la
répétition constante de la devise "option préférentielle pour les pauvres"
et souligné ne pas avoir trouvé beaucoup d’éléments constructifs qui pourraient encourager le dialogue entre les Eglises et les entreprises.
Directeur général du GATT, Arthur Dunkel a également plaidé pour la libéralisation des échanges et dénoncé l’exigence de "clauses sociales" pour
certains produits du tiers-monde ou des pays de l’Est qui ne seraient que
des prétextes camouflant le protectionnisme des pays les plus industrialisés. Mais il a reconnu que la chute du communisme en Europe de l’Est était
loin de signifier le triomphe de l’économie libérale.
"L’Eglise n’a pas un modèle économique à proposer au monde, mais il y a
des exigences chrétiennes en économie, c’est-à-dire des exigences de respect de la personne humaine et de justice élémentaire qui doivent se trouver dans n’importe quel système économique", a rappelé samedi le professeur
Ramon Sugranyes de Franch, président de l’Institut Jacques Maritain, et
cheville ouvrière de cette rencontre. Il a souligné que ce sont les
encycliques sociales des papes qui ont été à partir de "Rerum novarum" le
moteur de la doctrine sociale de l’Eglise. Mais, surtout à partir du
Concile Vatican II, on note l’intervention croissante des évêques au niveau
national, régional ou continental. Dans une recherche documentaire sur
l’enseignement des évêques du monde entier en matière d’éthique économique,
menée par une équipe internationale, on a découvert, répertorié et mis en
fiches près de 1’400 documents épiscopaux.
Soutenue par le Fonds national suisse de la recherche scientifique, cette étude de l’Institut de théologie morale de l’Université de Fribourg et
de l’Institut Jacques Maritain, aboutira à un répertoire bibliographique
qui sera édité l’an prochain, peut-être par les Editions Universitaires de
Fribourg. Lucrezia Meier-Schatz, qui présentait samedi cette importante
contribution, a relevé que le lecteur des documents épiscopaux en matière
économique sera souvent frappé par la pauvreté des concepts économiques
utilisés au cours de ce siècle: "le discours des Eglises locales repose en
général sur des critères de valeur, mais ne s’appuie que très rarement sur
des informations scientifiques permettant d’étayer le raisonnement".
Une invitation donc aux évêques à peaufiner leurs interventions en matière économique, d’autant plus que l’indispensable appel à la conscience
lancé par les évêques à l’ensemble de l’humanité "laisse apparaître un catholicisme divisé", les solutions proposées étant souvent critiquées voire
combattues. Concluant le colloque, dont il a souligné l’originalité, le
cardinal Etchegaray a souligné que demain l’on s’émerveillera de la richesse de l’enseignement des évêques des cinq continents et du fait qu’ils
n’ont jamais failli à leur propre et inaliénable mission d’enseignement
jusqu’en matière de développement et d’économie, et qu’ils ont su parler "à
temps et à contretemps", élevant leur voix souvent avec beaucoup de lucidité et de courage. (apic/be)