Uni Fribourg : Colloque sur les ordres religieux de chevalerie (160290)
Fribourg, 16février(APIC) Elle est loin l’époque "de fer et de feu" des
croisades médiévales pour aller "délivrer le tombeau du Christ" à Jérusalem, mais, malgré une histoire remontant au XIe ou XIIe siècle, les ordres
religieux de chevalerie sont toujours là. Ils suscitent même de l’intérêt.
Preuve en est la présence vendredi au colloque de l’Institut de droit canon
et de droit ecclésiastique de l’Université de Fribourg, de près de 200 personnes, en majorité membres d’ordres religieux de chevalerie.
Se réjouissant du succès de cette journée consacrée aux "ordres authentiques de chevalerie" (car il y a malheureusement des "imitations"), le
recteur de l’Université, Augustin Macheret, s’est demandé dans quelle mesure ces ordres ont réussi à s’adapter aux impératifs du monde contemporain.
Il a cependant relevé certains aspects qui les rendent modernes avant
l’heure : ils représentent déjà au Moyen-Age un modèle très intéressant de
supranationalité et d’organisation pluriculturelle et plurilingue...
Des "faux ordres" comme s’il en pleuvait
Président du curatorium de l’Institut de droit canonique et ecclésiastique, Bernard de Torrenté a reconnu que ces ordres religieux de chevalerie
sont mal connus, d’une part à cause d’une discrétion appartenant à leur
tradition, d’autre part, "de faux ordres se multiplient, et créent des malentendus". Pour des raisons de temps, seuls quatre ordres ont été choisis
: l’Ordre de Malte, l’Ordre du Saint Sépulcre de Jérusalem, l’Ordre de
Saint-Jean (protestant) et l’Ordre teutonique, "mais il en existe d’autres
éminement respectables", qui partagent des caractères communs, notamment
leur vocation charitable au service de l’humanité souffrante et démunie.
Le comte Géraud Marie-Michel de Pierredon, ancien hospitalier de l’Ordre
de Malte, a rappelé qu’au début, le service des pauvres infirmes fut l’unique but de l’Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Ceux-ci se
constituèrent cependant rapidement en milice pour combattre les infidèles.
Après la chute du royaume latin de Jérusalem, les chevaliers conquirent
l’île de Rhodes, et l’ordre devint souverain.
La Suisse ne veut pas de relations diplomatiques avec l’Ordre de Malte
Rhodes ayant été conquise par les ottomans, l’ordre s’intalla plus tard,
en 1530, à Malte, mais il perdit définitivement ce territoire lors de la
conquête napoléonienne en 1798. Se définissant toujours comme "ordre souverain" - n’entretient-il pas des relations diplomatiques avec 50 pays, dont
le Saint-Siège? - l’Ordre de Malte a entrepris de nombreuses démarches pour
établir des relations diplomatiques avec la Suisse (qui ne reconnaît pas
des Etats sans territoire).
Le comte de Pierredon estime "ridicule" que l’on ne reconnaisse pas la
souveraineté de l’Ordre de Malte en Europe de l’Ouest, alors qu’il est désormais sollicité pour rétablir les relations diplomatiques rompues aprèsguerre par quatre pays de l’Est : la Pologne, la Hongrie, la Tchécoslovaquie et la Roumanie... Avec ou sans souveraineté, l’Ordre de Malte est présent dans 84 pays et les oeuvres entreprises sont diverses et vastes : hôpitaux, dispensaires, ambulances, et, ce qui la fait connaître du public
chez nous, la lutte contre la lèpre. L’Association suisse regroupe les 90
membres de l’Ordre dans notre pays. (apic/be)
Encadré
La défense de la foi emprunte aujourd’hui d’autres chemins
La défense de la foi et la sanctification personnelle, le fondement de ces
ordres religieux de chevalerie, empruntent évidemment aujourd’hui d’autres
chemins que lors de leur fondation, souligne l’organisateur du colloque, le
prof. Louis Carlen, directeur de l’Institut de droit canonique et de droit
ecclésiastique de la Faculté de droit de l’Université de Fribourg. Témoin
de l’ouverture oecuménique, parmi les quatre ordres invités à présenter
leur histoire et leur statut juridique, un ordre de chevalerie protestant,
le Baillage de Brandebourg de l’Ordre hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem (Johanniter-Orden).
Aujourd’hui, en effet, on ne cherche plus à "convertir les infidèles",
mais à témoigner de sa foi à travers des actes de charité et d’amour du
prochain. D’autre part, l’accès à ces ordres s’est démocratisé : tous ceux
- hommes et femmes - qui remplissent les conditions et sont prêts à accomplir les buts spirituels et caritatifs de l’ordre, comme venir en aide aux
chrétiens de Terre Sainte, notamment en soutenant le Patriarcat latin de
Jérusalem et ses oeuvres sociales et éducatives, peuvent devenir membres de
l’Ordre du Saint Sépulcre de Jérusalem, où la provenance sociale ne joue
aujourd’hui plus aucun rôle. En Suisse, cet ordre compte quelque 200 membres hommes et 60 membres femmes, répartis en trois sections linguistiques.
(apic/be)