Une première en Suisse: Publication d’un document commun de la (030492)
"L’antisémitisme: un péché contre Dieu et contre l’humanité"
Berne, 3avril(APIC) Alors que le climat économique morose crée un sentiment d’insécurité dans la population suisse, des tendances xénophobes et
racistes s’y expriment plus ouvertement et cherchent dans "l’étranger" le
facile bouc émissaire. Face à ce "très grave danger", selon l’expression de
Mgr Candolfi, évêque auxiliaire de Bâle, la Conférence des évêques suisses
(CES) et la Fédération suisse des communautés israélites ont lancé un clair
signal d’alarme vendredi à Berne. Ils présentaient un document commun
intitulé "L’antisémitisme: un péché contre Dieu et contre l’humanité".
C’est la première fois dans l’histoire suisse que les responsables de
l’Eglise catholique et de la communauté juive rédigent une déclaration
d’une telle importance, publiée à l’occasion du cinquième centenaire de
l’édit, daté du 31 mars 1492, par lequel les "rois catholiques" Ferdinand
et Isabelle chassaient les juifs d’Espagne, "sous peine de mort" et sans
espoir de retour. Ce document de onze pages a été réalisé par la Commission
de dialogue judéo-catholique, co-présidée du côté juif par le professeur
Ernst L. Ehrlich, de Riehen, et du côté catholique par le professeur Clemens Thoma, de Lucerne, tous deux présents à la conférence de presse de
vendredi. La déclaration était présentée par Michael Kohn, président de la
Fédération des communautés israélites, et par Mgr Joseph Candolfi, chargé
du dicastère de l’oecuménisme de la CES et des rapports avec les Juifs.
Les cinq membres juifs de la Commission de dialogue judéo-catholique romaine ne souhaitaient pas trop que l’antisémitisme soit au coeur du débat,
car ce n’est pas tellement l’antisémitisme qui fait actuellement la une des
journaux en Suisse, mais bien plutôt la montée de l’hostilité envers les
étrangers, les "Tamouls, les Turcs, les Africains, etc.". La minorité juive
en Suisse (18’000 personnes environ, soit 0,35 % de la population) est certes pleinement intégrée, mais quand l’hostilité contre les étrangers monte,
elle finit souvent en haine des juifs. Les profanations de cimetières et
les slogans peints sur les synagogues en sont un premier signal, tout comme
l’audience croissante des "négateurs d’Auschwitz". De plus les experts catholiques y tenaient, notamment pour des raisons de crédibilité. C’est que
dans l’histoire, les rapports entre juifs et chrétiens ont été souvent marqués du sceau de l’incompréhension, voire de l’hostilité.
Se souvenir de l’explusion en 1492 des juifs d’Espagne - qui y avaient
vécu 1500 ans durant -, relève la déclaration, "est important parce que les
clichés et les prétextes antijuifs d’alors (...) continuent d’être colportés aujourd’hui". Mentionnant la "Shoa", l’extermination de millions de
juifs par les nazis, la déclaration affirme que c’est "le monument le plus
en vue pour notre génération et pour toutes celles qui nous suivront". "Cela fait partie des obligations les plus importantes pour les Eglises chrétiennes de se purifier de l’hostilité contre les juifs et d’aider à déceler
les causes et l’arrière-fond de ce mal de tous les siècles". En Suisse,
cette tâche a déjà été entreprise à plusieurs reprises, mais de façon sporadique, comme à l’occasion du "Synode 72", où, s’appuyant sur la Déclaration "Nostra Aetate" du Concile Vatican II, l’on s’est prononcé clairement
contre l’antisémitisme. Le Mémorandum des trois Eglises de Suisse contre le
racisme et la xénophobie de mai dernier y faisait également allusion.
L’Eglise reconnaît sa responsabilité
Si le christianisme est né et s’est nourri spirituellement de sa source
juive, note le document, d’autre part, "par sa prédication, sa catéchèse et
sa politique religieuse", il fut lui-même porteur et générateur d’hostilité
contre les juifs : "L’Eglise, en tant qu’institution, elle aussi, a péché
au cours des siècles par propagande antisémite et par manque de vigilance".
La Commission de dialogue judéo-catholique romaine aurait dû être non pas
la dernière en date (elle a été fondée en 1990) mais la première et la plus
ancienne Commission de dialogue de la CES, a déclaré Mgr Candolfi, remarquant que d’infinies souffrances et injustices auraient été épargnées à
l’humanité, si les juifs et les chrétiens avaient pu s’entendre dès les débuts du christianisme.
Michael Kohn a d’ailleurs remarqué qu’une base de confiance s’est créée
avec l’Eglise, qui permettra d’aborder les questions actuelles et futures,
notamment les actions communes en vue de la législation anti-raciste qui
devrait prochainement voir le jour en Suisse. Notons encore que ce mémorandum, après avoir souligné les besoins de sécurité de l’Etat d’Israël, exprime l’espoir que "les Palestiniens pourront exister et se développer comme peuple à côté d’Israël et en paix avec Israël". (apic/be)