Une étude sur la nomination controversée de l’évêque de Namur (191191)
Bruxelles, 19novembre(APIC) Le Centre de Recherche et d’Information Socio-Politiques (CRISP) vient de publier à Bruxelles dans le "Courrier hebdomadaire" une étude consacrée à la nomination controversée de Mgr MutienMarie Léonard, évêque de Namur. Cette étude, faite conjointement par Etienne Arcq et Pierre Blaise, analyse les conséquences de la nomination de cet
évêque sur l’Eglise de Belgique et sur la société belge.
La nomination de Mgr Léonard comme évêque de Namur en février dernier et
les faits qui ont marqués le renouvellement de "l’équipe dirigeante" de ce
diocèse ont fourni aux chercheurs du CRISP "l’occasion d’analyser non seulement le processus interne de décision de l’Eglise catholique, mais également les rapports que celle-ci entretient avec les autres composantes de la
société".
Le premier chapitre de l’étude décrit l’organisation des diocèses en
Belgique, avec une attention particulière au statut de l’évêque, aux procédures de nomination et à la gestion des institutions diocésaines et interdiocésaines.
Dans un deuxième chapitre, les auteurs présentent le diocèse de Namur,
ses principaux organes de consultation et ses institutions ainsi que l’état
de la pratique religieuse et les principales composantes du monde catholique. Ils rappellent aussi comment l’Assemblée diocésaine de Nassogne a débouché en 1985 sur des priorités diocésaines.
La nomination de Mgr Léonard comme évêque de Namur fait l’objet d’un
court chapitre. En ressortent les inquiétudes manifestées durant "le temps
anormalement long" de la phase de consultation, ainsi que les réactions défavorables exprimées "par de nombreux groupes" après la nomination de Mgr
Léonard.
Le dernier chapitre, consacré aux suites de la nomination de Mgr Léonard, décrit les changements intervenus ou annoncés depuis sa prise de
fonction à la tête du diocèse de Namur. D’importantes divergences sont relevées entre les prises de position du nouvel évêque et celles de prêtres
et de laïcs engagés dans l’Eglise à propos de la formation des prêtres,
mais aussi des orientations pastorales et de la catéchèse.
Deux enjeux
Au terme de leur dossier descriptif, Etienne Arcq et Pierre Blaise soulignent "deux enjeux fondamentaux". Le premier concerne les modalités de
l’exercice du pouvoir au sein de l’Eglise catholique. "L’évêque y apparaît,
observent les auteurs, comme cumulant le droit des pouvoirs législatif,
exécutif, et judiciaire, sans que ces pouvoirs ne soient contrôlés par un
quelconque mode de représentation des personnes concernées par ses décisions. Si des modes de fonctionnement d’aspect plus démocratique sont introduits à certains moments dans la vie d’un diocèse, ils dépendent en réalité uniquement des conceptions que l’évêque se fait de sa charge, des
rapports qu’il souhaite entretenir avec ses diocésains ou du degré d’adhésion qu’il souhaite obtenir."
Un second enjeu concerne la relation entre l’Eglise et la société. "Les
courants plus traditionalistes qui ont toujours existé dans l’Eglise sont
aujourd’hui mis en avant, estiment notamment les auteurs, tandis que la génération des théologiens qui avaient puisé dans le concile Vatican II une
doctrine davantage à l’écoute de la modernité est entravée dans ses moyens
d’expression".
Les chercheurs du CRISP relèvent enfin que les enjeux qui sous-tendent
les prises de position ne sont guère perçus par la plupart des fidéles. "En
témoigne, écrivent-ils, le type d’accueil que le nouvel évêque reçoit dans
ses contacts avec ses diocésains lors de ses déplacements et par exemple,
lors des rencontres avec les jeunes. Seul le clergé dans sa majorité et
certains groupes de laïcs font une lecture différente des événements. Mais
ils se heurtent aux habitudes consensuelles de l’Eglise qui répugne à considérer ouvertement les conflits et les tensions comme des moments potentiellement créateurs et qui les vit souvent comme en contradiction avec
l’enseignement de base de la doctrine chrétienne". (apic/cip/ba)