Genève, 2décembre(APIC) Rentrée précipitemment hier de Haïti, la mission
d’observation du COE (Conseil Oecuménique des Eglises) tenait ce matin conférence de presse au siège de l’organisation. Trois de ses membres, Jacques
Maury, Rudolf Renfer et Gisele Fuligno, ont pris tour à tour la parole pour
témoigner des événements terribles qui ont précédé l’annulation des élections.
Rudolf Renfer a décrit le climat d’intimidation qui règnait à Les Cayes
(3ème ville du pays) dans la nuit de samedi à dimanche dernier: "Vers 4 h
du matin, les Macoutes ont commencé à tirer en l’air devant les locaux de
l’Eglise méthodiste. L’action d’intimidation était évidente. Certes, la population a eu peur, mais cela n’a pas entamé sa volonté de se rendre aux
urnes. Elle était prête à payer de sa vie. Après l’annulation des votations, lors de mon retour à Port-au-Prince, la ville était déserte. Seule
présence: les amnbulances". Gisele Fuligno s’est par contre rendu dans un
village ou les choses se sont passées de manière relativement calme.
La délégation des Eglises comprenait au total une vingtaine de personnes. Les autres se sont rendues dans d’autres régions.
Macoutes-armée, même combat ?
Il est clair pour tout le monde que les Macoutes ont pour le moins profité d’un soutien passif de l’armée, dont d’importants secteurs restent favorables à l’ancien dictateur Duvalier. "Quand les Macoutes rencontraient
les voitures de l’armée, ils n’avaient pas besoin de se saluer..." a
déclaré Jacques Maury. D’ailleurs, ils ont repris une grande influence depuis février 86. "Les complicités, dont Duvalier jouit en Europe et aux
USA, facilitent la besogne des Macoutes" devait ajouté Jacques Maury.
Les Eglises de Haïti, catholique et protestante, n’ont pas encore réagi
officiellement aux derniers événements. Selon la délégation, elles restent
un canal privilégié pour favoriser l’avénement de la démocratie. D’ailleurs, elles sont en butte à la repression. Ainsi, le P. Aristide, membre
du Conseil électoral provisoire a dû rentrer dans la clandestinité.
Selon la délégation et d’après les témoignages récoltés sur place, le
gouvernement a tout fait pour renvoyer les élections. De plus, "Il est
presque sûr que les armes des Macoutes proviennent des forces armées haïtiennes", a affirmé Jacques Maury. Une preuve de plus des complicités existantes... (apic/pp/bd)