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    Bruxelles, 26 avril 1995 (CIP)

    Une déclaration de Pax Christi International sur la guerre en Tchétchénie =

    "Malgré les protestations internationales, les autorités fédérales russes

    continuent en Tchétchénie leur opération militaire, délibérément

    destructive et excessivement violente et inhumaine." C’est en ces termes

    que s’ouvre la déclaration publiée à Bruxelles par le mouvement

    international Pax Christi, peu après le retour d’une délégation du

    mouvement qui s’est rendue en Tchétchénie et dans la République voisine

    d’Ingouchie durant la première quinzaine d’avril.

    La délégation a fait état, à son retour, de "violations flagrantes et

    systématiques des droits de la population civile". Les violations des

    règles humanitaires élémentaires, de la Convention internationale sur les

    droits civils et politiques ainsi que de la Constitution fédérale russe,

    sont d’abord à mettre au compte "des employés et des fonctionnaires de

    certains départements de ministères russes de l’Intérieur et de la

    Défense".

    Des forces "criminelles" contre le peuple tchétchène

    Le mouvement catholique pour la paix dénonce le "comportement criminel",

    des forces spéciales dépendant du ministère russe de l’Intérieur qui, par

    leurs "bombardements aveugles" et leurs "massacres arbitraires", ont fait

    beaucoup de victimes parmi la population. De plus, ces forces spéciales

    sont utilisées "pour piller et incendier". Les opérations militaires

    fédérales ne visent pas seulement à désarmer des groupes d’opposants armés.

    Pour Pax Christi, la destruction du bétail et des petites installations

    industrielles, les bombardements fréquents d’objectifs civils (maisons,

    hôpitaux, places de marché), l’incendie systématique des maisons dans les

    villages conquis semblent indiquer que "les autorités fédérales veulent

    aussi détruire l’économie de la Tchétchénie". "Il est remarquable que les

    grands complexes industriels d’intérêt fédéral, comme les raffineries et

    les installations pétrolières près de Grozny, ne sont pas ou presque pas

    endommagées", remarque ironiquement le mouvement pour la paix.

    Ce n’est pas une simple lutte contre le régime du président Dzokhar Doudaev

    qui est engagée, mais une "campagne punitive contre la population

    tchétchène", dénonce Pax Christi. Les autorités russes ont ,dès le début

    des hostilités, "rejeté toute démarche en vue d’une solution négociée". Or,

    au fil des semaines, les massacres et pillages commis par les forces russes

    ont eu pour effet de "renforcer la détermination des combattants

    tchétchènes" et de "pousser les civils à prendre les armes". Les

    "atrocités" commises par les troupes russes ont durci l’hostilité

    tchétchène à leur égard et ceci explique en partie la relative impuissance

    des russes à désarmer leurs opposants armés, estime Pax Christi.

    Aujourd’hui, les observations recueillies sur le terrain par le mouvement

    pour la paix le portent à douter que les autorités russes ne soient pas au

    courant des atrocités commises par les militaires fédéraux. "Le

    comportement criminel des troupes russes n’est-il pas plutôt soutenu par

    les autorités russes qui semblent avoir le désir de détruire la vitalité du

    peuple tchétchène dans son ensemble ?", demande Pax Christi.

    Les opérations russes ont provoqué le déplacement de centaines de milliers

    de Tchétchènes vers les Républiques voisines. Pour ces personnes, les

    autorités locales reçoivent peu d’aide des autorités fédérales russes.

    Celles-ci entravent plutôt le travail des organisations humanitaires, dont

    les programmes sont loin de couvrir les besoins des personnes déplacées. En

    outre, parmi les Tchétchènes déplacés, il y a des combattants, actifs ou

    potentiels : devant la menace qúils représentent aux yeux des hauts

    officiers russes, Pax Christi craint que les forces armées fédérales

    "étendent le conflit jusqúen Ingouchie". Ainsi, le village ingouche

    d’Arshti, déjà bombardé deux fois et hébergeant près de 3000 personnes

    déplacées, pourrait être attaqué par les troupes russes quand celles-ci

    auront pris Bamut et Artsgoi-Martan, ce qui, ajoute Pax Christi, risque de

    provoquer "une forte réaction" en Ingouchie.

    Les appels de Pax Christi

    Le mouvement catholique pour la paix relance son appel de janvier dernier

    au gouvernement de la Fédération russe. Il lui demande de mettre fin aux

    hostilités en Tchétchénie et de retirer ses troupes, de permettre aux

    organisations humanitaires un accès illimité à la zone de conflit et de

    favoriser en priorité le retour des personnes déplacées de Tchétchénie. Pax

    Christi demande en outre au gouvernement fédéral russe de libérer tous les

    prisonniers non combattants, d’appuyer la reconstruction de l’économie

    tchétchène, d’augmenter les aides à l’Ingouchie et au Daghestan pour les

    personnes déplacées de Tchétchénie et d’Ossétie, de renoncer à toute

    opération militaire en dehors de la Tchétchénie. Pax Christi réclame aussi

    des enquêtes judiciaires sur les cas de meurtres, d’exécutions sommaires,

    de tortures, de traitements inhumains et dégradants, de viols, de pillages

    et d’incendies commis par les militaires fédéraux ou les unités policières.

    Pax Christi compte sur la générosité de la communauté internationale pour

    l’aide humanitaire en Tchétchénie et pour l’aide au retour des personnes

    déplacées, à la reconstruction des maisons et au redressement de

    l’économie.

    Le mouvement demande aussi à la communauté internationale : de nommer un

    rapporteur spécial pour examiner les violations des règles humanitaires et

    des droits de l’homme en Tchétchénie ; de soumettre toute aide économique à

    la Fédération russe à l’exigence d’un respect russe des droits de l’homme ;

    de reconnaître que la guerre en Tchétchénie n’est plus une affaire interne

    à la Fédération russe, puisque les violations des droits de l’homme et

    l’étendue du drame, qui menace d’ailleurs de s’étendre aux régions

    voisines, suscitent la préoccupation de la communauté internationale.

    Pax Christi International réitère encore son appel à l’Organisation de la

    Sécurité et la Coopération en Europe (O.S.C.E.) en vue d’un programme

    global pour la Tchétchénie, qui favorise un dialogue politique entre les

    autorités russes et les représentants tchétchènes, ainsi qúun contrôle sur

    la situation des droits de l’homme en Tchétchénie, en Ingouchie et au

    Daghestan. Le soutien de l’O.S.C.E. est également sollicité pour

    l’organisation et le contrôle des élections de décembre 1995 en

    Tchétchénie.

    Du gouvernement de Tchétchénie, Pax Christi attend qúil dépose les armes et

    libère tous les prisonniers de guerre, et qúil coopère à l’organisation des

    élections et en respecte les résultats.

    A la Commission des droits de l’homme de l’ONU, Pax Christi demande de

    nommer un expert indépendant avec mission d’examiner tous les cas de

    violations des droits de l’homme dénoncés en Tchétchénie, quelle que soit

    leur origine.

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