"Les divisionnaires du pape": Nominations épiscopales sous Jean Paul II
Vienne/Salzburg, 6janvier(APIC) Le pape Jean Paul II nomme-t-il vraiment
presque exclusivement des évêques "conservateurs" ou prônant une sorte de
"restauration" ? Telle est la question posée par Heiner Boberski, rédacteur
à l’hebdomadaire catholique autrichien "Die Furche", dans "Les divisionnaires du pape". Cette étude fouillée, qui se veut non polémique, aborde évidemment "l’affaire Haas". L’auteur ne veut certes pas classer les évêques
en "bons" et "méchants". Il s’agit plutôt pour lui d’une analyse réfléchie
sur des événements concernant l’histoire de l’Eglise.
Au lecteur, H. Boberski offre en quelque sorte un panorama "mondial" bien que partiel - des nominations épiscopales sous l’actuel pontificat.
L’auteur ne veut pas s’arrêter aux cas connus de "Coire", "Cologne" ou
"Feldkirch", mais il examine, de l’Amérique latine à l’Océanie, les critères choisis pour nommer actuellement "le personnel dirigeant" de l’Eglise
catholique.
"Suisse: un schisme vertical"?
Au chapitre: "Suisse, un schisme vertical?" , on trouve à côté de faits
connus comme le conflit ouvert autour de l’évêque de Coire, tant des suppositions que des affirmations. Heiner Boberski tire la conclusion que si Rome, malgré toutes les protestations, n’a pas cédé jusqu’à présent dans le
cas de Coire, cela aura eu du moins l’effet que le Vatican est devenu maintenant, en d’autres endroits, un petit peu plus prudent. Pour étayer cette
thèse, l’auteur le dogmaticien Magnus Löhrer, bénédictin à l’Abbaye d’Einsiedeln, qui reproche à l’évêque Haas le fait qu’il "polarise, qu’il ne
cherche aucune médiation et pousse ainsi à la radicalisation". Mgr Haas est
ainsi accusé de "créer une Eglise parallèle, en dressant une partie contre
l’autre."
Une opposition massive dans peu de cas
Au total, il en résulte une sorte de bilan l’Eglise qui va des pays où
règnent des régimes hostiles à la religion aux sociétés de consommation de
l’Ouest, dans lesquelles le lien des gens à l’Eglise est en forte régression. On voit aussi dans ce travail de recherche les conflits ecclésiaux
internes qui présentent des images d’Eglise différentes, qui insistent tour
à tour sur l’Eglise "fraternelle" ou l’Eglise "hiérarchique". Pour son enquête, l’auteur a interrogé des "insiders" au fait des rouages de l’Eglise
dans les différents pays concernés. Il cite ce qui est dit dans les médias
ou ailleurs au sujet des nominations épiscopales. Ainsi, "selon des sources
romaines", sur 4’210 évêques au plan mondial, seuls 47 auraient suscité une
opposition massive.
Le livre de Heiner Boberski contient aussi une liste exhaustive de toutes les nominations épiscopales - avancements ou déplacements - sous le
pontificat de Jean Paul II jusqu’à la fin de 1991. Un chapitre est
également consacré aux cardinaux et à la procédure de nominations épiscopales, autrefois et actuellement.
Heiner Boberski estime à la fin que le pape Jean Paul II a nommé jusqu’à
présent des évêques "à prédominance conservatrice". Cependant l’auteur
nuance cette déclaration, en arrivant à la conclusion que la tendance est
de nommer des évêques "fiables", dans le sens où l’entend Rome. Le journaliste catholique autrichien, s’occupant des motifs à la base de telles nominations, considère que les questions de pouvoir entrent en ligne de compte, mais aussi un sentiment de peur. Il décrit enfin des modèles différents
de ceux en cours pour les nominations épiscopales. Et dans un résumé de son
livre, l’auteur admet que les réponses qu’il donne ne sont pas toutes dénuées de subjectivité. (apic/gbr/be/ba)
(Heiner Boberski: Die Divisionäre des Papstes - Bischofsernennungen unter
Johannes Paulus II.", Otto Müller Verlag, Salzbourg 1992)