Un témoignage belge sur l’Ethiopie (020792)
Anvers, 2juillet(APIC) Trois membres de l’association belge "Broederlijk
Delen", le pendant flamand de l’Action de Carême en Suisse , viennent de
rentrer d’Ethiopie en fin juin. Ils se sont rendus trois semaines dans ce
pays africain pour évaluer des projets en cours et discuter sur place
d’éventuels nouveaux projets de développement à soutenir. Ils rendent compte de ce qu’ils ont perçu de la réalité de ce pays de 55 millions d’habitants.
"Le problème des réfugiés en Ethiopie est bien plus complexe que nous le
pensions", précisent les membres - deux hommes, une femme - de la délégation. Il ne s’agit pas seulement de réfugiés de pays voisins qui ont fui la
guerre au Soudan ou en Somalie. Des Ethiopiens rentrent aussi au pays natal, après leur fuite au Soudan ou en Somalie, fuyant cette fois la pauvreté et la sécheresse.
La délégation belge veut aussi parler des millions de personnes déplacées à l’intérieur de l’Ethiopie et qui en vertu de vieilles traditions nomades, viennent encore gonfler les vagues continuelles de réfugiés. D’où des
dizaines de camps que l’on trouve dans ce pays, chacun comptant 60’000 à
100’000 réfugiés ou personnes déplacées, qui ne doivent leur survie qu’à la
solidarité internationale.
Les trois Anversois composant la délégation se sont surtout rendus à Jijiga, une ville de l’est du pays, à la frontière avec la Somalie; au nord,
à Makalle et Adrigat (province du Tigré); dans la capitale Addis-Abeba; enfin au sud, dans les provinces de Gamu Gofa et Sidamo. Le voyage s’est passé juste un an après la chute du régime communiste de Mengistu et la fin de
la longue guerre civile (1974)-1991) qui a précipité le pays dans le gouffre de la misère.
Contrastes et tensions
Les régions visitées par la délégation constituent autant de "mondes
différents". "La région de Jijiga est noyée dans le problème des réfugiés
qui continuellement passent d’Ethiopie en Somalie, ou inversement. La province du Tigré, celle qui compte le plus de chrétiens, a constitué le centre nerveux de la révolte contre Mengistu. Et c’est principalement le Front
de libération du Tigré qui s’est emparé, l’an dernier, d’Addis-Abeba.
Mais le "territoire libéré" a soudain grandi jusqu’à embrasser toute
l’Ethiopie, explique la délégation de "Broederlijk Delen". On se l’est donc
disputé. Des tensions ont surgi entre les gens de la Province du Tigré, qui
se sentent quelque peu trahis par le Front de libération qui a pris le pouvoir à Addis-Abeba, et d’autres groupes de population qui estiment que tout
le pouvoir est désormais entre les mains des gens du Tigré.
Addis-Abeba est aussi un monde à part. A maints égards, cela reste une
ville occupée, bien qu’on ait fait de sérieux efforts pour démocratiser le
régime et notamment les élections.
Quant aux provinces du sud, on n’y est pas encore vraiment en sécurité.
Hier des centaines de milliers de soldats luttaient pour Mengistu. A présent qu’ils sont "mobolisés", le banditisme est une tentation facile pour
échapper au désoeuvrement. D’autre part de nouvelles tensions ont surgi entre mouvements de libération rivaux, et avec une partie de la population
Oromo, généralement de tradition islamique, qui accepte moins bien qu’auparavant la suprématie historique du nord chrétien.
Nouvelle Ethiopie
La délégation flamande a pourtant ramené une impression fort positive de
la "nouvelle Ethiopie". A bien des points de vue, la situation a évolué de
façon bien meilleure qu’au Zaïre, affirme la délégation. Dans les provinces
du nord surtout, ainsi qu’à Addis-Abeba, les autorités ont les choses bien
en main. Il y a une infrastructure routière minimale et des transports publics. Militaires et policiers réagissent de manière amicale et correcte.
Dans la capitale, le premier anniversaire de la révolution a été fêté par
des centaines de milliers de personnes sans désordres et débordements.
55 millions d’habitants
Le principal problème de l’Ethiopie n’est plus de nature politique, mais
économique, estime la délégation de "Broerderlijk Delen". "C’est encore un
pays sans industrie. Quant à l’agriculture, encore très peu mécanisée, elle
utilise des moyens archaïques. Or il faut nourrir une population de 55 millions d’habitants. Sa population augmente de 3% chaque année. Après quelque
vingt années de guerre civile, il est impossible aujourd’hui, sans aide extérieure, de nourrir tant de monde", ajoute la délégation.
L’association flamande, dans son aide à l’Ethiopie, veut privilégier
"les petits projets à effets rapides. Il s’agit de projets qui peuvent être
mis sur pied avec relativement peu de moyens, spécialement dans l’amélioration de méthodes agricoles. Un effort particulier sera fait à l’avenir pour
des projets d’éducation et d’enseignement pour les réfugiés.
Le rôle des chrétiens
A l’échelle du pays, le rôle que peut jouer l’Eglise catholique reste
très modeste. Le nombre de ses fidèles est estimé à 100’000 catholiques,
surtout présents dans le diocède d’Addis-Abeba et dans les diocèses d’Adigrat (Tigré) et d’Asmara (Erythrée). Il est bon de rappeler que l’Ethiopie
est un pays dont la moitié de la population est chrétienne, de tradition
copte. L’Eglise copte a été fortement mise à mal par la révolution de 1974.
Désormais c’est une Eglise très pauvre et un peu désorientée, Mengistu ayant aboli tous ses priviléges d’autrefois.
La délégation flamande termine son aperçu de son voyage en disant:
"L’Ethiopie est aujourd’hui à un carrefour historique. Le pays peut retomber dans la guerre, voire en revenir à un style d’ancien régime, comme celui qu’avait pratiqué Haïlé Sélassié. Mais il peut aussi se ressaisir et
trouver les chemins de l’avenir. C’est à cet avenir que l’oeuvre d’entraide
"Broederlijk Delen", avec ses moyens limités, mais utiles, entend contribuer". (apic/cip/ba)