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    Les oubliés de l’histoire de l’Amérique latine se battent

    Un représentant de l’Organisation des Indiens colombiens témoigne (110391)

    pour la survie physique et culturelle des indigènes

    Fribourg, 11mars(APIC) Le 500e anniversaire de la colonisation de l’Amérique latine n’a pas fini de faire couler de l’encre. Les célébrations prévues en 1992 seront pour les uns l’occasion de réaffirmer une présence,

    pour les autres, une humiliation de plus. L’Organisation nationale des Indiens de Colombie (ONIC) entend faire de l’événement une tribune pour dénoncer au niveau mondial le massacre de millions d’Indiens durant cinq siècles. Permanent de l’ONIC, le Colombien Julio César Estrada était récemment

    de passage en Suisse pour témoigner et dire que pour les groupes ethniques

    de son pays, comme pour ceux de l’Amérique latine du reste, le problème

    fondamental demeure aujourd’hui la survie. La survie physique et culturelle.

    Au nom de la civilisation, entre 70 et 90 millions d’Indiens ont été

    massacrés en 500 ans, affirme Estrada. "Et l’Eglise, qui a failli dans son

    rôle de conscientisation et d’aide mutuelle, s’est placée aux côtés des colonisateurs pour jouer un rôle de dominateur", accuse-t-il. Le ton est donné. Il est à l’image du débat engagé au sein même de l’Eglise en Amérique

    latine, passablement divisée sur la question.

    Avant qu’arrivent les Espagnols, nos ancêtres avaient un modèle de vie

    organisé: tribus, clans et même, en ce qui concerne les Incas, par exemple,

    une société civilisée. Le travail communautaire qui était et reste la forme

    sociale de cultiver et d’assurer la subsistance des indigènes est une des

    caractéristiques qui nous différencient des colonisateurs, puisque ces derniers concevaient et conçoivent encore la terre et ses ressources comme une

    marchandise et non comme source de vie, explique le permanent de l’ONIC.

    Nous avions nos coutumes, nous existions alors...

    César Estrada sait de qui il parle lorsqu’il se pose en défenseur des

    Indiens, lui qui vit en Amazonie colombienne, dans la province la plus

    abandonnée du pays, difficile d’accès même au moyen d’un avion: "Nous

    avions nos coutumes, nos rites, nos croyances et nos fêtes en reconnaissance aux dieux pour les bienfaits qu’ils nous offraient, en même temps que

    notre croyance nous portait à rendre grâce à un dieu supérieur. Il y avait

    par exemple la fête du maïs, en l’honneur du dieu soleil, celle du dieu

    tonnerre, pour la naissance des enfants, ou celles qui se célébraient pour

    invoquer un équilibre climatique. Tous ces actes, qui survivent d’une certaine manière, nous devons les récupérer comme une forme de lutte pour fortifier notre autonomie".

    C’est pour cela que nous avons été massacrés. Mais c’est aussi la raison

    qui nous a un jour poussé à nous organiser, relève César Estrada. "Et la

    hiérarchie de l’Eglise colombienne ne voit pas cela d’un bon oeil", affirme-t-il: "Pour elle, l’ONIC est une organisation communiste, marxiste. Elle

    pense que nous menons les indigènes à la perdition alors que nous revendiquons notre droit à la différence, à la liberté, notre droit de penser et

    de vivre différemment".

    La nature comme mère...

    Un droit qu’avait fait sien le prêtre colombien Alvaro Ulcué, assassiné

    le 10 novembre 1984 en raison de ses idées pro-indigénistes. "L’indigène se

    familiarise avec la nature. Et la nature, comme mère, n’a pas de secrets

    pour lui", aimait-il à dire.

    Une phrase qui a inspiré l’ONIC lors de sa fondation en 1982. Une organisation qui regroupe aujourd’hui 90% des indigène de Colombie, sur un total supposé de 600’000, dont 300’000 vivent en Amazonie ou dans les plaines. Quelque 14 Commissions - notamment pour les enfants, les femmes, la

    santé, l’éducation, les traditions - travaillent actuellement à faire en

    sorte que l’Assemblée constituante chargée de revoir la Constitution colombienne et en qui l’ONIC place de gros espoirs, accepte d’inscrire en toutes

    lettres la reconnaissance du peuple indien, lui donne des garanties de survie. En ce sens, l’ONIC demande que soit déclaré le caractère multiethnique

    et pluriculturel du peuple colombien; que soient garantis la conservation

    et le développement de la culture indigéniste, y compris la médecine traditionnelle et l’accès à un programme propre d’éducation; que soient reconnues les différentes langues comme officielles, au même titre que la langue

    espagnole. Tout un débat. Pour la Colombie certes, mais aussi pour le reste

    de l’Amérique latine. (apic/pr)

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