L’auteur, un prêtre flamand, reste en dialogue avec son évêque
Bruxelles, 19octobre(APIC) L’abbé Rick Devillé, curé de Buizingen dans le
Brabant flamand (Belgique), est l’auteur d’un livre controversé, intitulé
"De laatste dictatuur. Pleidooi voor een parochie zonder paus". "La dernière dictature. Plaidoyer pour une paroisse sans pape". L’équipe paroissiale
de Buizingen et 22 prêtres de l’archidiocèse de Malines-Bruxelles se disent
heureux de la parution de l’ouvrage. Quant à l’archevêque, le cardinal Godfried Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles, sans mettre en cause la
personnalité de l’abbé Devillé, ni porter un jugement d’ensemble sur son
livre, il s’est contenté dans un premier temps de faire connaître son désaccord, d’un point de vue théologique et ecclésial, avec un ouvrage qui
souffre de plusieurs "carences graves" dans la présentation de l’Eglise.
L’archevêque s’était toutefois refusé à en dire davantage, tant qu’il
n’aurait pas rencontré l’auteur pour lui poser la question: "Cet ouvrage
est-il votre dernier mot?". Après une double entrevue entre le cardinal
Danneels et l’abbé Devillé, l’archevêché de Malines-Bruxelles a publié au
début du mois un communiqué à propos de l’ouvrage, dans lequel on y lit
notamment: "Abstraction faite des intentions de l’auteur - sur lesquelles
aucun jugement n’est porté ici - le livre contient un certain nombre d’inexactitudes historiques, une sélection unilatérale de la matière et une série d’affirmations théologiques inacceptables, entre autres sur la primauté
du pape, la naissance virginale, le baptême des enfants, la présence réelle
et le caractère sacrificiel de l’eucharistie..."
"L’auteur a donné l’assurance que les carences de son livre n’auraient
pas d’influence sur l’exercice de son ministère de curé. Il entend, dans sa
prédication, dans l’administration des sacrements et dans la pastorale,
être entièrement fidèle à l’enseignement et à la pratique de l’Eglise
catholique romaine, en communion avec son évêque", relève encore le communiqué.
Le même jour, Rick Devillé précisait de son côté son point de vue personnel: "Je considère mon livre comme une contribution à la discussion,
dans le cadre du droit à la liberté d’expression du croyant dans l’Eglise
(canon 212, par.3). Ce n’est certainement pas un point final. Cette discussion et tous les dialogues ultérieurs à ce propos, avec des frères croyants
et avec l’autorité, ne n’empêchent nullement de continuer à exercer mes
fonctions de pasteur avec coeur et âme, en parfait accord avec les orientations et le gouvernement de mon évêque diocésain et dans la fidélité à
l’enseignement et à la pratique de l’Eglise".
Appui de laïcs et de prêtres
Les membres de l’équipe paroissiale de Buizingen sont reconnaissants à
l’abbé Devillé pour "sa manière ouverte d’envisager sa collaboration ainsi
que son dialogue avec le cardinal Danneels. Ils assurent que la parution de
l’ouvrage n’a pas eu d’effets négatifs sur la paroisse. De leur côté, 22
prêtres de l’archidiocèse affirment leur soutien à l’abbé Devillé. "Ce
qu’il écrit dans son livre ne vaut pas que pour Buizingen, mais pour bien
d’autres paroisses et diocèses. Ils souhaitent donc que les propositions de
leur confrère soient prises au sérieux par les autorités ecclésiales et que
ces propositions s’insèrent dans un courant international pour plus de démocratie et plus de respect des droits de l’homme dans l’Eglise".
L’abbé Devillé ne veut pas jouer au grand réformateur. Il précise encore: "Mon livre représente une opinion personnelle. Je ne crois pas avoir
inventé la poudre, dit-il. Je ne prétends pas non plus annoncer une nouvelle doctrine. Ma première préoccupation, alors que l’entreprise ecclésiale
est menacée de banqueroute, a été de retourner à l’Evangile. Mon souhait
est que la lecture de l’un ou l’autre chapitre de ce livre puisse rendre
aux gens un nouvel élan. Le lecteur est donc averti: "Sans doute, y a-t-il
encore d’autres angles d’approche possibles, qui peuvent relativiser mon
option voire la corriger".
Au fil des pages
La première partie de l’ouvrage plaide pour une autonomie plus grande
des communautés locales que l’auteur juge trop dépendantes "du bon vouloir
des papes et des évêques". Les paroisses devraient pouvoir avoir le droit
d’instituer leurs propres ministres, hommes et femmes, mariés ou célibataires.
L’abbé Devillé estime aussi, dans une autre partie de son ouvrage, que
la papauté se soucie trop de son propre pouvoir, au détriment de la promotion concrète d’une solidarité accrue avec les plus pauvres. Il s’en prend
aussi à la politique du Vatican auquel il reproche notamment de brimer les
nouveaux courants théologiques, entre autres par des nominations d’évêques
de même tendance et par son ouverture, jugée excessive, à l’Opus Dei. Il
invite les fidèles à s’unir pour résister à cette forme d’oppression et à
opter résolument pour un modèle d’Eglise plus évangélique. (apic/cip/ba)