Un jurassien préside la Conférence (191191)
Méandres financiers de l’Eglise
Delémont, 19novembre(APIC/Michèle Fringeli) La Conférence centrale catholique romaine suisse (CCCR) s’occupe du financement et de la gestion des
activités pastorales supradiocésaines et suisses. Elle regroupe des représentants des vingt-six Eglises cantonales. Partenaire de la Conférence des
évêques suisses, elle prend ses décisions de manière indépendante. Elle a
son siège à Zurich et se réunit quatre fois l’an. Le 20 septembre dernier,
elle a appelé à sa présidence un Romand: Joseph Boillat, des Bois (JU), administrateur de la "Collectivité ecclésiastique catholique-romaine de la
République et canton du Jura". Le nouveau président lève le voile sur
l’histoire, les structures et les projets de l’organisation dont il est désormais responsable. Le programme 1992 de la Conférence centrale prévoit
notamment une campagne d’information sur le financement des oeuvres et institutions en Suisse. Une campagne dont la réalisation concrète incombera
aux synodes et parlements des Eglises cantonales.
Le financement de l’Eglise catholique en Suisse est complexe. Il existe
autant de statuts de droit public ecclésiastique que de cantons. Dit autrement, vingt-six systèmes différents sont en vigueur en Suisse. Dans quelques cantons - c’est le cas du Jura - l’Etat subvient à certains besoins de
l’Eglise. Dans d’autres, Eglise et Etat ne forment qu’une seule et même entité. Dans d’autres encore (Genève et Neuchâtel), l’Eglise et l’Etat sont
complètement séparés.
Pour leur part, les paroisses s’autofinancent à l’aide des impôts ecclésiastiques qu’elles perçoivent. Elles rétrocèdent une part de leurs ressources à l’Eglise cantonale. Ceci selon une clé de répartition préétablie.
A son tour, l’Eglise cantonale finance ses tâches ecclésiastiques et verse
une part à la Conférence centrale et aux évêchés. Si l’on considère l’ensemble de la Suisse, 90% des impôts ecclésiastiques vont aux paroisses, 9%
aux cantons et 1% à la Conférence centrale pour les besoins pastoraux supradiocésains de l’Eglise catholique en Suisse.
Création de l’Action de Carême
Jusque vers les années soixante, les responsables directs des organismes
religieux régionaux et nationaux se chargeaient du financement de leurs
institutions. En 1960, l’Action de Carême a été créée. Pour pemettre d’une
part le financement des oeuvres nationales et, d’autre part, pour apporter
une aide au développement et à la mission dans le tiers monde. L’argent
qu’elle reçoit provient de dons et de quêtes. Jusqu’en 1970, l’Action de
Carême attribuait la moitié du résultat de la collecte à des tâches pastorales à l’intérieur de la Suisse. A partir de 1970, la contribution de
l’Action de Carême a été réduite à un tiers (un second tiers étant attribué
à la mission et le troisième à l’aide au développement). Actuellement, la
pastorale suisse n’absorbe plus que le quart des recettes de l’Action de
Carême.
Or, qu’est-ce qui a permis cette réduction? C’est l’arrivée d’autres
fonds avec la création en 1971 de la Conférence centrale. Cette dernière
gère annuellement un budget de sept millions de francs et fonctionne selon
un double financement. En premier lieu, elle reçoit une part des impôts ecclésiastiques des Eglises cantonales. Secondement, une contribution bénévole lui est versée. En Suisse allemande, c’est le "franc de solidarité" (un
franc par catholique). En Romandie, cette contribution bénévole provient de
la Fédération catholique romande.
Depuis deux ans, l’Action de Carême s’est déchargée du secteur suisse
désormais administré par la Conférence centrale. Laquelle vient de se donner les moyens d’augmenter son dynamisme. Elle a désigné à cet effet un
présidium composé du président, des deux vice-présidents, d’un membre et de
l’administrateur. Donc un comité réduit qui sera à même de prendre des décisions plus rapides.
Les institutions financées
Les institutions financées par la Conférence centrale sont liées à
l’évangélisation, à la planification pastorale, à l’éducation et à la formation, à l’information, aux aumôneries spécialisées ainsi qu’à la pastorale des jeunes et des migrants. La Conférence centrale finance ainsi la Conférence des évêques suisses et son secrétariat de Fribourg ainsi que les
organes relatifs au développement et au soutien de la foi. Dans cette catégorie se trouvent notamment les associations bibliques, les commissions de
liturgie ou de musique sacrée, la catéchèse, les centres de formation continue et de recyclage. Les médias, dont le Centre catholique de radio et de
télévision (CCRT), l’Agence de presse internationale catholique (APIC), le
Centre international de reportages et d’information culturelle (CIRIC) et
le Service audiovisuel bénéficient de leur côté d’un soutien particulier.
Sont aussi inscrits dans la liste les organisations de jeunesse, les missions linguistiques, l’Institut suisse de sociologie pastorale à Saint-Gall
et les facultés de théologie des universités de Fribourg et de Lucerne.
L’examen des dossiers
Tous les organismes susceptibles d’être financés par la Conférence centrale envoient leurs dossiers à Zurich. Une commission d’experts les examine avant de les présenter devant l’Assemblée de novembre de la Conférence
centrale pour approbation. Les requêtes parviennent ensuite au Conseil
d’Action de l’Action de Carême, qui est en fait l’instance de décision et
que préside l’évêque de Bâle, Mgr Otto Wüst. D’autres demandes plus spécifiques et ponctuelles sont adressées directement à la Conférence centrale.
Cette dernière a co-financé par exemple le lancement et la publication d’un
sondage d’opinion mené par l’Université de Genève et portant sur les valeurs fondamentales.
En plus du financement de la pastorale suisse, la Conférence centrale
intervient également lors de problèmes. Elle est intervenue en 1980 lorsqu’il s’est agi de traiter la séparation complète de l’Eglise et de l’Etat.
Elle a mis sur pied en 1985 un plan directif comptable valable pour toutes
les paroisses et Eglises cantonales catholiques suisses. Elle est également
intervenue lors du recencement de 1990 pour que la rubrique "appartenance à
une Eglise" ne soit pas biffée du questionnaire. (apic/mf/ap)