"Je ne suis pas un dangereux dissident"
Rome, 26 octobre (APIC/CIP) Après trente ans d’exil intérieur, Mgr Julijonas Stepanovicius, administrateur apostolique de Vilnius pour le territoire
lituanien, a pu quitter l’Union soviétique et se rendre à Rome pour y rencontrer le pape. Mais il est toujours empêché par les autorités de son pays
d’exercer son ministère. Il vient de confier ses espoirs et ses aspirations
d’évêque au journal catholique italien "Avvenire".
Depuis 27 ans, Mgr Stepanovicius est assigné à résidence à Zagare, à
quelque 300 km de son siège épiscopal de Vilnius. Le fait d’avoir pu
récemment rencontrer le pape au Vatican lui a permis, dit-il, non seulement
de réaliser un vieux rêve mais de s’accrocher à un signe d’ouverture de la
part du régime soviétique.
Des signes d’ouverture, il y en a d’autres. Dernièrement, Mgr Steponavicius a pu célébrer la messe avec son collègue, Mgr Vincentas Sladkevicius
sur le parvis de la cathédrale de Vilnius. Et bientôt, si l’on en croit les
promesses du nouveau président de la république lituanienne, deux Eglises,
dont la cathédrale de Vilnius, seront restituées à l’Eglise catholique. Mgr
Steponavicius partage donc les propos tenus par Jean Paul II à l’épiscopat
lituanien, lors de sa visite à Rome le 18 avril dernier : un souffle de renouveau souffle bel et bien en Lituanie.
"Ma situation est anormale"
Mais Mgr Steponavicius reste préoccupé. D’abord parce que la mesure qui
l’a relégué en exil sans autre forme de procès l’a contraint de laisser son
diocèse à l’abandon. On a beau dire qu’il avait refusé d’obéir à des injonctions du gouvernement, qui lui interdisait de proposer aux enfants des
leçons de catéchèse, une participation à la liturgie dans telle ou telle
fonction, notamment comme enfants de choeur. "Ma situation est anormale.
Les fidèles attendent mon retour", s’exclame l’évêque, qui signalent que 15
pour cent des prêtres du pays sont également empêchés d’exercer leur ministère et que sur 86 paroisses catholiques, 14 sont sans prêtre depuis plusieurs années.
En 1975, l’administrateur apostolique de Vilnius avait écrit au
président du Conseil des ministres de Lituanie pour lui demander de pouvoir
reprendre ses activités épiscopales et pour se plaindre également d’abus
administratifs. Mais cette lettre est toujours restée sans réponse.
Les fidèles eux-mêmes considèrent l’exil de leur évêque comme un abus
flagrant. Nombre d’entre eux ont d’ailleurs signé, ces dernières années,
différentes pétitions en faveur d’une réelle liberté pour la vie
ecclésiale. Et par liberté, ils entendent le refus de toute ingérence du
gouvernement dans la nomination des prêtres, dans la sélection des
séminaristes, dans les communications avec le Saint-Siège.
Mgr Steponavicius ne voit-il pas du changement depuis l’arrivée au
pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev ? "Le nouveau régime a promis de nouvelles
dispositions juridiques en ce qui concerne les rapports entre l’Etat et
l’Eglise. Mais la situation n’a pas encore changé. Nous verrons bien si,
une fois que les nouvelles normes entreront en application, la vie de
l’Eglise s’améliorera."
En tout cas, l’administrateur apostolique de Vilnius ne se considère pas
comme un "dangereux dissident". "La vérité, dit-il, c’est que le gouvernement s’est trompé sur mon compte et sur le compte de l’Eglise. Il n’a pas
encore eu le courage de reconnaître ses erreurs."
Les espoirs de Mgr Steponavicius pour les prochaines années ? D’une
part, que le pape puisse effectuer une visite pastorale en Lituanie : "ce
serait un vrai don de Dieu". D’autre part, que les différents problèmes de
l’Eglise locale puissent trouver des solutions satisfaisantes. "Mais je
sais bien que ces solutions passent d’abord par les canaux diplomatiques",
conclut l’administrateur apostolique de Vilnius. (apic/jt/bd)