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    Un colloque du Centre Vincent Lebbe à Louvain-la-Neuve : "Sud : Chemin de

    libération" =

    Louvain-la-Neuve, 31 mars 1995 (CIP)

    Sous le titre "Sud : chemins de libération", un colloque organisé le 25

    mars, à Louvain-la-Neuve, par le Centre Vincent Lebbe attaché à la Faculté

    de Théologie de l’U.C.L., a mis en évidence les initiatives prises par les

    gens simples dans plusieurs pays du Tiers-Monde.

    Une rencontre antérieure du Centre Vincent Lebbe s’était intéressée, en

    novembre dernier, aux communautés chrétiennes du continent noir et à leurs

    efforts "pour une Eglise participative en Afrique". A cette occasion était

    apparu le désir de regarder les réalités "d’en bas", non seulement dans

    l’Eglise, mais aussi dans les questions de société. D’où l’optique adoptée

    pour ce nouveau colloque : faire connaître le dynamisme des populations

    locales d’Afrique et d’Amérique latine et valoriser ce qui suscite la prise

    en charge des personnes et des groupes par eux-mêmes.

    Dans son mot d’accueil, le professeur Maurice Cheza rappelle qúun des

    objectifs du Centre Lebbe (1) est de favoriser la rencontre et la libre

    expression des ressortissants des Eglises du Tiers-Monde durant leur séjour

    à l’université. La période de formation est justement propice, dit-il, à

    certaines initiatives et à des prises de parole qui ne seront plus aussi

    faciles après la fin des études.

    Du logement aux "tontines"

    Au cours de la journée, les intervenants abordent successivement plusieurs

    situations : la résistance des Noirs, des indigènes et des métis au Brésil

    ; le problème de l’habitat urbain à Fortalezza (Brésil) ; l’action du

    Comité de lutte pour "la fin de la faim" en Casamance (Sénégal) ; le rôle

    des organisations paysannes au Guatemala ; les "tontines", formule

    traditionnelle d’épargne et de solidarité pratiquée chez les Bamileke du

    Cameroun ; les mouvements de base en Haïti.

    Des différents exposés et des échanges auxquels ils donnent lieu se dégage

    une forte impression de dynamisme. Celui-ci passe par de multiples formes

    de combat pour la survie et pour le respect de la dignité humaine. En

    beaucoup d’endroits, les femmes apparaissent "plus courageuses et plus

    obstinées que leurs compagnons" ; elles font preuve d’une "détermination

    incroyable", a-t-on relevé durant la journée.

    Autre constat : un peu partout, les petites gens ressentent durement le

    fruit des politiques économiques qualifiées de "néolibérales". Et beaucoup

    ont approuvé ce jugement d’un participant : "seuls les mouvements

    populaires peuvent contrer efficacement le néolibéralisme".

    Un obstacle fréquemment rencontré dans l’effort de développement solidaire

    réside dans la difficile collaboration entre les jeunes et les anciens. Le

    Sénégalais Demba Mansare raconte, de manière fort imagée, comment l’usage

    de proverbes et de contes lui a permis d’apaiser la méfiance des anciens

    d’un village à l’égard des initiatives prises par la jeune génération. La

    solidarité est, sous cet angle également, une des clés du développement,

    comme le dit au Cameroun un proverbe bamileke, cité par Michel Taguiafing :

    "Une seule main ne peut pas ficeler un paquet".

    Avec et par le peuple

    Au terme du colloque, trois orateurs qui ont participé à l’ensemble des

    travaux tentent d’en dégager les grandes lignes. Jean-Marc Ela, prêtre et

    théologien camerounais, professeur à l’Université de Yaounde, souligne

    l’intérêt des "récits de libération". Ils peuvent beaucoup pour susciter un

    autre regard sur les pays du sud et faire percevoir de nombreuses

    "alternatives de société". Encore faut-il "privilégier l’approche par

    en-bas" : "les vraies questions du Sud sont posées par les gens du peuple".

    Aux Africains, J.-M. Ela suggère aussi de retrouver la mémoire des

    anciennes luttes et faire l’histoire des résistances. "Nos dieux d’Afrique,

    associés aux résistants, sont des dieux de lutte", dit-il. "Les chemins de

    libération passent par l’insoumission et l’indocilité, qui font partie de

    notre mémoire." Le théologien camerounais évoque ainsi le refus de l’impôt,

    des travaux forcés, des corvées imposées par le colonisateur. Parfois,

    rappelle-t-il, la conversion au christianisme était une ruse pour capter la

    force du Blanc. Dans l’Afrique post- coloniale, la résistance du peuple se

    poursuit, notamment à travers toute une "culture de la clandestinité" ainsi

    que dans la pratique de l’humour et du rire qui n’est pas sans résonance

    politique. Face à "la dictature du marché et de l’argent", l’Afrique survit

    grâce à la "débrouille". "La débrouille met en oeuvre la ruse de

    l’imaginaire africain, là où les choses venant de l’extérieur ont échoué."

    Aux yeux de Jean-Marc Ela, le capitalisme qui a cherché à s’imposer de

    l’extérieur, a rencontré un refus des gens en Afrique.

    Les "nouveaux pauvres" et l’Eglise

    Ricardo Salas Astrain, professeur à l’Université catholique du Chili, donne

    ensuite le point de vue d’un "intellectuel travaillant sur le terrain",

    engagé qúil est auprès des populations Mapuche. Il invite à s’interroger,

    en particulier, sur la multiplication de "nouveaux pauvres", non seulement

    dans le Premier Monde, mais aussi dans le Tiers-Monde. A ses yeux, "c’est

    une interpellation pour l’Eglise : gérée d’en haut et non d’en bas,

    n’est-elle pas l’alliée du pouvoir dominant ?"

    Et "l’inculturation" ? Ce souhait d’un lien interactif entre le

    catholicisme et les cultures ne se réalise guère dans les faits, estime

    encore le professeur chilien. "L’Eglise romaine est trop centrée sur

    l’Europe ; elle a peur du Nouveau Monde et, par conséquent, ne peut voir ce

    qui émerge comme Eglises d’Afrique et d’Amérique latine."

    L’inflation ou le changement ?

    "Comment ça va ?" - "Au taux du jour !", répond-on au Zaïre, où l’inflation

    s’aggrave quotidiennement. Jean-Pierre Badidike, prêtre zaïrois étudiant à

    l’U.C.L., rapporte cette réplique pour montrer combien "il est temps d’en

    finir avec l’arbitraire et la déshumanisation".

    Mais, "le peuple ne pourra se libérer que par lui-même", ajoute ce prêtre

    du Zaïre, où l’on sait que l’évangélisation a aussi été "complice de

    l’exploitation". Dès lors, souligne J.-P. Badidike, "les changements

    individuels ne suffisent pas ; il faut changer les structures". A cette

    fin, l’Eglise doit être "complice du peuple" et engager davantage de forces

    dans "la formation des gens de la base". L’expérience zaïroise montre que

    cette formation a, en tout cas, un triple enjeu : "l’éveil de la

    conscience, la formation à la non- violence et au partage des

    responsabilités".

    (1) Centre V. Lebbe, Faculté de théologie, Grand-Place, 45 - 1348

    Louvain-la-Neuve (tél. 010/47.36. 04).

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