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    Un ancien missionnaire belge analyse les événements au Rwanda (240494)

    "Les événements du Rwanda sont un test pour l’Eglise"

    Louvain, 24avril(APIC) "Après le Burundi et le Zaïre, c’est le Rwanda qui

    met aujourd’hui le point final à tout ce que les Belges ont représenté depuis un siècle. Le Rwanda - y compris l’Eglise rwandaise - poursuit sa route seul. Cela n’exclut pas des liens d’amitié. Mais, comme au Zaïre et au

    Burundi, le chapitre belge est clos. Définitivement clos. On n’ajoutera pas

    un épisode de plus à notre présence en Afrique centrale." C’est ce qu’affirme le Père Walter Aelvoet, ancien missionnaire belge au Rwanda, dans une

    interview accordée à l’agence CIP. Il considère les événements actuels comme une "épreuve décisive" pour l’Eglise: "Avec le recul du temps - et avec

    plus d’objectivité - on va voir si ce que nous avons semé a bien pris racine dans le sol africain."

    Walter Aelvoet est aujourd’hui très connu en Flandre comme "journaliste

    missionnaire". Rédacteur en chef du magazine "Nieuw Afrika", puis de

    "Wereldwijd", fondateur du "Bulletin d’Information Africaine", il a visité

    de nombreux pays d’Afrique. Le Rwanda lui est le plus cher. "Jusqu’il y a

    peu, dit-il, c’était aussi le chou-chou de la Belgique et, à bien des

    égards, notre meilleur partenaire en Afrique. Le pays, ces trois dernières

    décennies, a beaucoup progressé. Ceux qui avaient connu le Rwanda dans les

    années cinquante peuvent témoigner du changement qu’ils ont perçu par la

    suite. Le changement ne s’est pas produit seulement sur le plan matériel,

    mais aussi dans la force d’un peuple qui, en 1959, a pu finalement secouer

    le joug de l’esclavage des Tutsis."

    Walter Aelvoet était encore missionnaire au Rwanda lorsqu’a éclaté la

    "révolution Hutu" en 1959. Il a suivi de très près les événements et relève

    aujourd’hui leur "importance historique pour la toute grande majorité de la

    population, car elle a marqué réellement l’avènement de temps meilleurs."

    Le missionnaire flamand n’ignore pas que "tout était loin d’être beau". Il

    évoque donc les affrontements ethniques du passé, précisant que "la violence venait des deux camps". Il ajoute toutefois: "Il faut avoir connu le

    Rwanda d’avant la révolution pour comprendre combien le premier président

    du pays, Grégoire Kayibanda, est resté dur et méfiant à l’égard des Tutsis.

    C’est seulement son successeur Habyarimana qui, après 1973, a mis un peu

    d’eau dans son vin en confiant des responsabilités ministérielles à des

    Tutsis. Mais la révolution rwandaise était inévitable et indispensable pour

    faire cesser un état d’injustice insupportable. C’est un point de vue que

    je continuerai toujours à défendre."

    Enchaînements tragiques

    Mais, dans le contexte des massacres et du chaos actuels, comment peuton laisser entendre que des "temps meilleurs" étaient arrivés? Walter Aelvoet répond: "Il y a eu, à la fin des années 80, un enchaînement de circonstances défavorables qui ont mis en difficulté le modèle rwandais. L’effondrement des cours du café, une sécheresse persistante, une explosion démographique fâcheuse (dans un pays où 90% des gens vivent encore directement de l’agriculture), l’usure du pouvoir (Habyarimana est resté trop

    longtemps au pouvoir), et la corruption, la reprise de vieilles querelles

    comme l’opposition entre le président Habyrarimana et son ancien collaborateur Alexis Kanyarangwe..."

    "Mais il y a eu surtout, fin septembre 1990, l’attaque du Front Patriotique Rwandais (FPR), qui a poussé à fuir un million de Rwandais et précipité la déstabilisation chronique du pays. Il fallait bien qu’on parvienne

    aux Accords d’Arusha, mais il fallait aussi s’attendre à un nouveau durcissement des tensions entre Hutus et Tutsis."

    "Les autorités belges n’ont pas vu, à l’époque (en octobre 1990), poursuit W. Aelvoet, que le FPR n’était pas un parti d’opposition comme un autre. Malgré la présence de Hutus comme Kanyarangwe et Bizimungu, qui avaient de vieux comptes à régler avec le président décédé Habyarimana. il

    s’agit d’un Front Tutsi qui a cherché non seulement à renverser le gouvernement mais à provoquer la chute du régime et à réduire à néant la révolution de 1959. Mal à l’aise, Bruxelles a poussé alors le gouvernement de Kigali à entrer en pourparlers avec ses adversaires bien armés et même à signer les Accords d’Arusha, en août 1993. Le gouvernement alors en place a

    offert aux rebelles, la mort dans l’âme, ce qu’aucun Etat occidental n’offrirait sur son propre territoire: une parité de fait à ses adversaires

    dans un nouveau gouvernement. Et voilà qui explique les hésitations du président Habyuarimana comme le durcissement de Hutus radicaux, qui n’ont jamais accepté les Accords d’Arusha."

    Les acquis et la menace

    Pour l’ancien missionnaire, "le FPR ne pourra jamais gagner cette guerre" et "35 ans après la révolution Hutu, il n’est plus possible d’en contester les acquis". "Même si les gens du Front Patriotique arrivent à se

    rendre maîtres de Kigali, il est exclu qu’ils puissent jamais contrôler

    tout le pays. Non pas parce que chaque phase de cette guerre conduirait à

    de nouvelles effusions de sang sous les Tutsis, mais peut-être encore plus

    parce que, ces dernières années, il est devenu par trop évident que le

    Front Patriotique, qui reçoit principalement ses armes de l’Ouganda, n’a

    pas de base au Rwanda, pas même parmi les Tutsis. C’est ce qu’a montré également l’arrivée en décembre 1993 de 600 combattants du Front à Kigali, où

    ils n’ont pas été précisément accueillis comme des libérateurs."

    "Personne ne peut prédire ce qui va arriver au Rwanda. La seule vérité

    qui tienne est que c’est aux Rwandais, désormais, de trouver une solution à

    leurs problèmes et que nous pouvons à l’avenir ranger l’idée d’une intervention occidentale pour aller y mettre de l’ordre. Nous ne pouvons donc

    qu’espérer que les Rwandais triompheront d’un double radicalisme: celui des

    Hutus et celui des Tutsis. Car aujourd’hui, au Rwanda, tel est le mal dont

    il faut guérir. Le radicalisme ethnique constitue d’ailleurs pour l’Afrique

    la plus grande des menaces."

    Au creuset de l’épreuve

    Et l’espoir? "Il est dans la force de l’Eglise rwandaise", souligne le

    Père Aelvoet. "C’est d’ailleurs - et ceci ne vaut pas seulement pour le

    Rwanda - la seule instance qui ne soit pas fondamentalement gagnée par le

    radicalisme ethnique et qui propose une ouverture et une solidarité qui dépassent les frontières. L’Eglise rwandaise en offre déjà un bel exemple: à

    quelque niveau que ce soit, tant parmi les évêques que parmi les prêtres et

    les chrétiens ordinaires, il y a des Hutus et des Tutsis qui travaillent à

    la mise en oeuvre d’une vie en société sans oppositions ethniques insurmontables."

    "C’est pourquoi, conclut l’ancien missionnaire, la crise actuelle soumet

    l’Eglise rwandaise à l’épreuve décisive. C’est maintenant qu’on va voir, et

    plus que jamais, si ce que nous avons semé porte également des fruits sans

    nous. C’est maintenant que l’on va voir si l’Eglise rwandaise résiste quand

    il lui arrive une épreuve sérieuse. L’épreuve a l’air d’être surhumaine.

    Mais quand j’apprends comment des évêques, des prêtres et des religieuses

    du Rwanda, continuent sans nous, et dans les circonstances effroyables, à

    offrir leur protection aux Hutus et aux Tutsis, et continuent d’oeuvrer

    pour la paix et la réconciliation, je ne peux pas désespérer. Bien sûr,

    nous les missionnaires, nous avions rêvé de prendre congé du Rwanda d’une

    autre manière. Mais peut-être est-ce une manière dont Dieu veut nous faire

    voir sa présence active dans son Eglise."

    Pour rappel, le général Habyarimana qui prit le pouvoir en 1973 à Kigali

    était originaire de Gisenyi, dans le nord-ouest du pays. Or, historiquement, c’est du sud que la domination des Tutsis s’était étendue au reste du

    pays. (apic/cip/pr)

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