UCIP: Le credo fédéraliste de l’ancien président Kurt Furgler (290991)
Fribourg, 29septembre(APIC) Les Etats d’Europe centrale et orientale, qui
se trouvent actuellement en pleine réformes, perçoivent maintenant que la
liberté signifie plus que l’absence de répression, a estimé vendredi à Fribourg l’ancien président de la Confédération Kurt Furgler. S’exprimant devant les quelque 180 journalistes, éditeurs, professeurs et chercheurs en
communication sociale participant au premier Symposium de la région Europe
de l’UCIP, l’Union catholique internationale de la presse, Kurt Furgler a
fait part de son credo fédéraliste et esquissé les défis de la construction
d’un Etat de droit libéral et démocratique sur les ruines du communisme.
Traitant le thème de "L’Europe vue d’un Etat fédéral", l’ancien président de la Confédération a redit sa conviction européenne ("La rencontre
avec l’Europe est un stimulant", a-t-il lancé) et évoqué le rôle actif que
la Suisse doit jouer dans le concert européen. Il a qualifié d’insupportable l’idée que la Suisse n’aurait rien d’autre à offrir à l’Europe que le
rôle d’un outsider sceptique, d’un critique non-engagé. La Suisse a besoin
d’élaborer un concept pour sa politique européenne future. "Pragmatisme
oui, mais jamais sans conception", a-t-il souligné en citant E. Faure.
Kurt Furgler affirme cependant que l’ouverture de la Suisse à l’Europe
(il s’est dit favorable à l’Espace Economique Européen, l’EEE) ne signifie
pas qu’elle va perdre son identité. Et de rappeler que le même problème
s’est posé autrefois quand les cantons sont entrés dans la Confédération.
Au contraire, estime-t-il, "nous pouvons apporter à la nouvelle Europe
l’expérience d’un Etat de droit libéral et démocratique, d’une intégration
pacifique des minorités et d’un fédéralisme vécu depuis 700 ans".
Abordant la construction d’institutions basées sur le droit dans les
nouvelles démocraties, il a relevé quelques facteurs qui rendent cette tâche plus difficile, comme le maintien dans l’appareil d’Etat et les forces
de sécurité de nombreux cadres de l’ancien régime. Aussi la confiance dans
les nouveaux dirigeants doit-elle être établie, car on n’a pas partout la
chance d’avoir à la tête du pays des Havel, des Walesa ou des Antall, ditil en pensant notamment à la Roumanie.
D’autre part, le problème des minorités et l’explosion des nationalismes, les tendances à la sécession et à l’autonomie rendent difficile l’élaboration de nouvelles constitutions ou conduisent à un effondrement de
l’autorité de l’Etat et à la guerre civile comme c’est par exemple le cas
en Yougoslavie. A propos de ce dernier pays - "déjà mort", comme l’a affirmé vendredi matin le premier ministre slovène Alojz Peterle - Kurt Furgler
aurait souhaité de la part de la Communauté européenne une réaction plus
ferme. La présence physique permanente à Belgrade d’une délégation européenne par exemple aurait certainement fait sentir aux autorités de Belgrade
la détermination de la Communauté. Et d’évoquer des moyens efficaces comme
la reconnaissance de l’indépendance de la Slovénie et de la Croatie ainsi
que des sanctions économiques et l’isolement diplomatique de ceux qui, comme Slobodan Milosevic, rêvent de la Grande-Serbie.
Le cas de la Yougoslavie montre bien comment des principes de droit international comme le droit à l’autodétermination et la défense des droits
de l’homme entrent en collision avec des notions comme la souveraineté et
la non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats. Même s’il envisage de façon réaliste la dissolution de la Fédération yougoslave, Kurt Furgler se déclare cependant partisan, au nom de l’interdépendance, d’un certain niveau de collaboration des pays devenus indépendants, notamment dans
le domaine économique. Dans sa conclusion, l’ancien président de la Confédération a déclaré que l’Europe, c’est toute l’Europe, ou rien : les 320
millions de personnes vivant dans la Communauté européenne, les 32 millions
dans l’AELE et les 400 millions en Europe de l’Est. (apic/be)