est l’"oeuvre" des forces turques, dénonce l’ADO
Un peuple en voie d’extinction réclame le droit de vivre
Ankara/Bruxelles, 21janvier(APIC) L’attentat récemment perpétré dans le
sud-est de la Turquie qui a tué cinq Assyriens et en a blessé douze autres
a été commis par les forces de l’ordre turques, accuse l’Organisation démocratique Assyrienne (ADO). Et non par le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) à qui les agences de presse officielles et semi-officielles travaillant en Turquie ont attribué ce carnage. "Il s’agit d’un attentat délibéré, car il était connu que les minibus appartenaient à des Assyriens et
qu’ils circulaient entre des villages chrétiens", dénonce l’ADO au correspondant de l’agence APIC à Bruxelles.
Ces derniers temps, les Assyriens du sud-est de la Turquie et du Tur Abdin en particulier sont régulièrement impliqués dans le conflit qui oppose
les unités militaires turques et les combattants kurdes.
Selon l’ADO, "les forces à l’origine de l’attentat et d’autres exactions
sont constituées de ’gardiens de village’ que l’Etat soutient logistiquement en les équipant tout à fait officiellement en armement lourd". Ces
derniers mois, les habitants de nombreux villages assyriens ont été contraints, sous la menace, de quitter le pays. Toujours selon l’ADO, le
Hezbollah est également responsable de divers assassinats de journalistes
commis en 1992. "Bien que la Turquie nie officiellement entretenir des relations avec ces forces, ce dernier est soutenu par les forces de sécurité
turques".
L’an dernier, les Assyriens ont été la cible d’une douzaine d’attaques
délibérées de ces différents forces et du PKK. Le but poursuivi, affirme
l’ADO, est de semer l’angoisse et la panique chez les Assyriens du Tur Abdin afin de les chasser du pays. Le Tur Abdin (Montagne des serviteurs de
Dieu), ancien centre du monachisme et peuplé uniquement de chrétiens, est
l’objet d’une "purification ethnico-religieuse", dénonce l’organisation.
"Des personnes âgées, des femmes, des enfants et des hommes innocents sont
assassinés sans scrupule.
Requêtes assyriennes
Pris entre le marteau turc et l’enclume kurde, les Assyriens de Turquie
lancent un appel à la communauté internationale, et en particulier au Parlement européen et au Conseil de l’Europe, afin qu’ils relaient auprès des
autorités turques plusieurs requêtes restées sans réponse à ce jour: la garantie de la sécurité de leur vie et de leurs biens, afin de stopper le
mouvement d’émigration de leur communauté; la poursuite en justice des responsables de toute forme de violence à l’égard des Assyriens; la possibilité de créer des associations culturelles, de parler publiquement et d’enseigner leur langue; d’entretenir leur patrimoine artistique, de restaurer
et d’agrandir leurs églises et leurs monastères; le respect de leur style
vie et de leurs convictions religieuses.
Le sort des Assyriens vient de faire l’objet d’un dossier publié conjointement par "Droits de l’homme sans frontières" et le "Centre culturel
de Mésopotamie à Bruxelles, sous le titre "Assyriens, un peuple en voie
d’extinction".
Chef d’oeuvre en péril
Les Assyriens appartiennent à un peuple vieux de plusieurs millénaires,
qui a été évangélisé dès le premier siècle par saint Thomas. Ils seraient
encore aujourd’hui deux millions, dont plus de la moitié vivent en diaspora. En Turquie, ils ne sont plus guère que 25’000. Ils portent en eux l’histoire d’une civilisation prestigieuse dont le berceau fut la Mésopotamie.
Hammurabi et son code, Babel-Babylone, Ur, en Chaldée, d’où partit Abraham,
sont autant de noms qui font partie de son héritage. Les Assyriens s’expriment en araméen, la langue du Christ.
Le sort de cette minorité assyrienne reste très peu connu. D’où l’intérêt de "Droits de l’homme sans frontières" d’ouvrir un large dossier sur
les Assyriens de Turquie, mais aussi sur ceux qui vivent en Irak, en Syrie
et en Iran. "Si la priorité a été donnée à la Turquie, explique-t-on du côté des responsables de cette organisation de défense des droits de l’homme,
c’est que ce peuple est pariculièrement menacé dans ce pays, si rien n’est
entrepris pour éviter que ne s’éteigne la flamme de cette communauté, pourtant encore si vivante au début de ce siècle. (apic/cip/pr)